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Fiches de lecture

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Vauban, l'inventeur de la France moderne

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De Dominique Le Brun

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Un héros inattendu, ce Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban ! Pas commode, péremptoire, d'une lucidité redoutable, mais brave cœur, fidèle à son roi, infatigable, précis, parfois cassant, toujours partant pour de nouvelles aventures... pour tout dire : époustouflant.

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Modeste nobliau de province, il voit le jour en 1633 au sein d'une famille plutôt fauchée dans le rude Morvan qui en fera un excellent cavalier et lui procurera une santé de fer entre hivers polaires et étés torrides. On sait fort peu de choses de son enfance à la fois austère et campagnarde, de son adolescence anonyme. Bénéficiant tout de même de quelques protections huppées sous ce règne tumultueux de Louis XIII, pour lui la seule voie d'ascension sociale est l'armée : la chance l'accompagne car à 17 ans, Condé l'accepte comme cadet dans son régiment. Le voilà militaire, définitivement... en route, sans qu'il le prévoie, pour bien d'autres choses.
En fait, ce soldat présent à plus de 50 sièges de places fortes et de villes, plusieurs fois blessé, se mêlera de tout et de n'importe quoi, commencera par donner des leçons et des blâmes à ses supérieurs leur démontrant leur mauvaise conduite de la guerre et les inutiles pertes humaines générées par leur précipitation (pour ne pas dire stupidité).
Sous-officier en deux ans, il passe au service de Mazarin en 1653, lequel a remarqué ses «mémoires» sur l'art de conduire un siège, concevoir le dispositif d'attente, son sens de l'observation et de l'établissement de fortifications. Le voilà introduit auprès de Colbert et du jeune Louis XIV. Son destin est scellé. Il prend le temps de se marier à 27 ans, puis retourne aux affaires à la tête d'une compagnie dans le régiment de Picardie. À partir de 1665, commence son «grand œuvre» : démolir les mauvaises fortifications (Nancy), en concevoir de nouvelles d'abord au nord-est (son chef d'œuvre est Besançon), puis au sud (Pignerol, Antibes en 1669).
Au passage, il inspecte les routes, les canaux, les rivières, inonde Louis XIV de rapports sur l'inertie des intendants de province, le mauvais état des routes, l'entretien des voies fluviales, développe sa théorie sur l'indispensable nécessité d'un bon réseau de transports à la prospérité du royaume. Il invente son propre moyen de transport : une basterne, chaise à deux places tirée par des mules, dans laquelle il peut travailler avec son secrétaire.
Les historiens spécialistes du bouillant Vauban ont calculé (sur la base de ses journaux de bord) qu'en 57 années au service du roi, il a parcouru près de 190.000 kilomètres, soit une moyenne annuelle de 3.200 par an, à raison d'environ quatre mois de route accomplis par tous les temps. Son épouse le verra peu et mourra en 1705 alors qu'il inspecte la côte Atlantique. Père de deux filles, il n'aura pas d'héritier légitime, mais dotera cinq bâtards dispersés, dont un à Paris où il est obligé de résider souvent afin d'être auprès de la Cour qu'il déteste, et surtout de son roi. Tel un marin terrestre : «une femme dans chaque port»…
Nommé Maréchal de France, reçu à l'Académie des sciences après avoir produit différents mémoires sur l'expansion des colonies d'Amérique, la réforme nécessaire des impôts, la gestion des crises économiques... en somme un homme embarrassant, qui décède à Paris le 30 mars 1706 d'une embolie pulmonaire. Ses obsèques sont modestes, au contraire de celles de Turenne ou Louvois, comme il sied à un serviteur dévoué qui ne fut jamais courtisan.

L'ouvrage de Dominique Le Brun est brillant, écrit avec talent, souvent amusant, fourmillant d'anecdotes, sans oublier de savants développements sur l'art des fortifications. L'extraordinaire patrimoine que nous a laissé Vauban, que l'on peut souvent qualifier «d'œuvre d'art architecturale», donne une grande originalité à de nombreux sites et doit être apprécié à sa juste valeur. L'homme en lui-même était «original» et sa pensée d'une modernité tonique. Son cœur a été transféré sous le dôme des Invalides en 1808 par un Napoléon sans doute reconnaissant.

Par Madame le Professeur Françoise THIBAUT



[i] La librairie Vuibert. 235 pages

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