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✅ France et Belgique : vers une doctrine commune

Revue de doctrine des forces terrestres
Relations internationales
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« On ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne. Face à la Russie qui est à nos frontières et qui a montré qu’elle pouvait être menaçante  (...) on doit avoir une Europe qui se défend davantage seule, sans dépendre seulement des Etats-Unis et de manière plus souveraine »20

« Le partenariat européen est très développé dans le cadre du matériel roulant (NB : terrestre),  (…). Ce matériel roulant extrêmement performant (NB : Griffon et Jaguar) sera le point de départ d’une industrie européenne qui aura un impact majeur pour l’Europe de la Défense »21.


Le projet d’armée européenne supranationale divise les pays de l’Union depuis des décennies. Cependant, tous reconnaissent qu’il est aujourd’hui impossible de s’engager seul dans une opération majeure. L’interopérabilité n’est plus une option, c’est une nécessité. Pour preuve, depuis des décennies, l’OTAN s’efforce de standardiser ses procédures, sa doctrine et ses équipements afin que les forces de ses membres soient, selon la définition de l’Alliance, « aptes à opérer en synergie dans l’exécution de tâches assignées ». En d’autres termes, qu’elles soient capables de travailler « ensemble ». Si ces coalitions semblent inévitables, il faut avouer que les résultats, en particulier pour les forces terrestres européennes, sont rarement à la hauteur. De nombreuses  causes peuvent expliquer ces difficultés. Citons, entre autres, les préoccupations liées à une perte possible de souveraineté, des intérêts nationaux parfois divergents, un soutien des industries de défense locales, ou encore le partage de renseignement difficilement spontané. Néanmoins, la Belgique et la France ont réussi à surmonter ces défis et ont franchi ensemble une étape supplémentaire. Il s’agit maintenant de travailler « comme » !

 

Projet Scorpion et CaMo

Le 25 octobre 2018, le gouvernement belge a décidé de conclure un partenariat stratégique avec la France pour le renouvellement d’une partie importante de sa Capacité Motorisée  (CaMo) et de s’associer au projet Scorpion. Plus qu’un simple achat de matériel à un pays allié, il s’agit d’une collaboration approfondie dans laquelle chaque ligne de développement (doctrine, structure organisationnelle, entraînement, matériel,  leadership,  personnel et infrastructure) est étudiée afin de pousser l’interopérabilité à son paroxysme.  Ce partenariat vise à atteindre un effet final recherché ambitieux : générer des GTIA et des SGTIA, belges  et français, nativement interopérables. La Belgique et la France créent donc un modèle de coopération européenne en matière de défense qui peut servir d’exemple. Les unités belges et françaises seront parfaitement interchangeables avec, évidemment, un déploiement opérationnel qui demeure une décision nationale souveraine.

 

Une doctrine identique

Cet article vise à décrire la manière dont les deux partenaires s’attachent à limiter et au besoin à réduire au fil du temps les écarts concernant leur doctrine. Par doctrine, il faut comprendre l’ensemble du processus se traduisant par la publication des documents relatifs à la mise en œuvre des systèmes d’armes et l’emploi opérationnel des unités (guides techniques, manuels d’emploi, documents de réflexion doctrinale). Concrètement, la Belgique a défini une série d’éléments qu’elle souhaite « identiques » à son partenaire tels que la doctrine ou une partie de son équipement alors que d’autres seront « semblables » à savoir, le cycle d’entraînement ou les capacités de soutien. À l’horizon 2025, les doctrines d’emploi de la capacité motorisée seront donc identiques, pour autant qu’elles n’entrent pas en conflit avec une spécificité nationale. Pour atteindre cet objectif, deux lignes d’opérations sont suivies. La première tend à réduire les écarts entre les doctrines actuelles (axe « cohérence ») et la seconde vise à développer conjointement la doctrine Scorpion (axe « conception »).

 

Cohérence : facteur de succès

La mise en cohérence des doctrines actuelles vise à faciliter la transition en 2025 vers une doctrine Scorpion. En effet, même si l’apparition des nouveaux manuels d’emploi ne sera probablement pas une rupture totale ou une transformation radicale de la doctrine française actuelle, cela reste toujours un défi de s’adapter au changement. Et ces difficultés risquent d’être démultipliées pour une armée qui n’a pas nativement la même façon de travailler.

 

Bien que, déjà aujourd’hui, les différences doctrinales semblent minimes, l’intention est d’éviter un changement trop « brusque » avec l’arrivée des nouveaux équipements. Pour ce faire, le centre de compétence de la composante Terre belge (équivalent du COME2CIA22) étudie  la doctrine de l’armée de Terre française et identifie les écarts qui nécessitent une action telle qu’une modification de structure organisationnelle, des changements de procédure ou des besoins en ressources de toute nature (notamment humaines et équipement).  Ce travail rigoureux est essentiel afin de préparer la transition à terme vers une doctrine Scorpion.

Dans quelques semaines, les experts nationaux des différentes armes vont se rencontrer et collaborer afin de consolider les savoir-faire communs et œuvrer à une mise en cohérence des manuels d’emploi. Comme le faisait remarquer le général de division Watler Piatt, ancien commandant adjoint de l’armée de Terre des États-Unis en Europe (USAREUR) : « ce ne sont pas les pays, mais les hommes, qui entretiennent des relations »23. La réussite de cette mise à niveau repose donc sur une communauté d’acteurs volontaires fonctionnant en réseau. Ce volontarisme est une condition sine qua non pour réussir.

 

En plus de l’aspect interpersonnel et humain, le temps est également un facteur déterminant. Pour réussir, il faut des délais réalistes. Le projet CaMo et le déploiement des premières unités belges est décalé dans le temps d’environ cinq années par rapport au projet Scorpion. Ce déphasage   permettra d’harmoniser en profondeur et d’intégrer progressivement les nouveaux manuels d’emploi Scorpion.

 

Conception : réflexion commune

En parallèle de cet axe « mise en cohérence », la Belgique poursuit également une ligne d’opération « conception ». Dès à présent, un officier belge est inséré au sein du centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC) et plus précisément au sein du laboratoire de combat Scorpion (LCS). Il y poursuit, avec ses collègues français, les réflexions doctrinales tout en définissant les premiers manuels d’emploi à l’usage des forces pour les GTIA Scorpion.  Cet inséré participe pleinement aux travaux du laboratoire et est donc bien plus qu’un officier de liaison. Pour preuve, il a été désigné comme officier de marque pour plusieurs travaux tels que le pilotage de la rédaction d’une réflexion doctrinale sur le combat infovalorisé des unités de niveau 5 et 6 ainsi que pour la préparation d’exercices Scorpion.

 

Outre sa participation à l’élaboration de la doctrine, cet officier sera le premier Belge à assimiler les manuels d’emploi Scorpion et son rôle sera de faciliter une appropriation plus globale de celle-ci au sein des forces terrestres belges. Il interviendra donc aussi dans l’axe « mise en cohérence » via une dissémination régulière des nouveaux manuels d’emploi.

 

À terme, en suivant ces deux lignes d’opérations (« cohérence » et « conception »), les doctrines d’emploi belge et française seront identiques, acceptées et pleinement exploitées par les unités.

 

Un partenariat global

Il est évident que, en plus de la doctrine, d’autres aspects font l’objet d’une réflexion avec comme main courante l’interopérabilité. Un exemple parmi d’autres est la méthode d’élaboration d’une décision opérationnelle (MEDO) qui diffère des techniques utilisées en Belgique24. Une analyse doit être menée et au besoin des mesures devront être prises pour atténuer, si nécessaire, ces différences.  De façon intuitive, il semble clair que si la formation de nos cadres devient identique dans le futur, ces dissemblances s’estomperont naturellement.  Si des solutions semblent limpides sur papier, elles sont beaucoup plus complexes lorsqu’elles affrontent les frictions de la réalité (impositions budgétaires, ressources humaines limitées, contraintes politiques,...). Ces réflexions sont menées en Belgique ainsi que par deux autres insérés déjà déployés dans l’organisation française (au sein du CFT25   et de l’EMAT26).  Ces derniers exercent des responsabilités dans l’exécution du projet (adjoint du chef de projet) et dans le déploiement du projet dans les unités (adjoint du chef de projet). Dans un avenir proche, d’autres officiers belges viendront rejoindre cette première vague d’insérés avec comme objectif d’augmenter l’interopérabilité des deux armées dans toutes les lignes de développement.

 

CONCLUSION

En s’appropriant à l’identique ou en cherchant à fournir des effets semblables, les armées de Terre française et belge ont donc basculé du « travailler  ensemble » vers un « travailler  comme ». Depuis plus de cinquante ans, les pays européens ont développé une capacité à agir ensemble, s’appuyant sur des procédures communes définies par l’OTAN. Cependant, cette coopération restait limitée au plus petit dénominateur commun avec une doctrine de compromis comme résultat. Aujourd’hui, le partenariat franco-belge donne une nouvelle dimension à l’interopérabilité en profitant de chaque opportunité pour développer des synergies entre les deux armées et ce, dans tous les domaines.

 

Le but n’est pas de créer une unité binationale sur  le modèle de la brigade franco-allemande mais bien de créer de la valeur ajoutée par l’harmonisation de chaque ligne de développement. Cependant, il ne faut pas confondre interopérabilité et uniformité. C’est la complémentarité des partenaires et la maîtrise des différences qui rendra l’ensemble plus fort. En d’autres termes, la devise de la Belgique, « l’union fait la force », prend tout son sens dans ce partenariat.


 

20 Emmanuel Macron, président de la république française, Europe 1, 06 novembre 2018.

21 Charles Michel, premier ministre du royaume de Belgique,  RTBF, 25 octobre 2018.

22 Commandement de l’Entraînement et des Écoles du Combat InterArmes.

23 Accroitre l’interopérabilité fondement de l’efficacité des opérations de l’OTAN, Général Jean-Paul Paloméros, commandant suprême allié Transformation, 25 septembre 2013. https://www.nato.int/docu/review/2015/also-in-2015/enhancing-interoperability-the- foundation-for-effective-nato-operations/FR/index.htm

24 En fonction du niveau, ces techniques se basent sur une analyse croisée des facteurs d’appréciation (mission, ennemi, milieu et moyens) avec les éléments de manœuvre (attitude, objectif, rythme, délais, axe, dispositif) ou sur la méthode OTAN du Military Decison Making Process (MDMP).

25  Commandement des forces terrestres.

26  État-major de l’armée de Terre.


 

 


 

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Titre : ✅ France et Belgique : vers une doctrine commune
Auteur(s) : Le Commandant Frédéric Thiry
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