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Bâtir une « idéologie de l’éthique » pour gagner la guerre des idéologies

Cercle de réflexion G2S - n°23
Histoire & stratégie
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En 1957, en plein conflit algérien, le général Pierre BILLOTTE23  publia dans Ouest France un article qui ne passa pas inaperçu et dans lequel il déclarait :

« … Dans les conflits à caractère idéologique des guerres modernes, la victoire doit aller à l’idéologie la plus élevée. L’un des moyens de vaincre les plus efficaces réside justement dans le plus grand respect des valeurs morales et humaines car il va droit au cœur des hommes qui vous sont temporairement hostiles. »

 

 

 


L’impérieuse pertinence de cette déclaration prend tout son sens à la lueur des évènements qui secouèrent la ville d’Alger dans les mois qui suivirent et qui questionnèrent directement la question de l’éthique et de l’honneur.

Mais ne nous y trompons pas, la guerre des idéologies dont parlait le général BILLOTTE n’est pas révolue. Elle bat aujourd’hui son plein dans notre quotidien de 2018. Certes, cette guerre n’a pas le visage de celle de l’Algérie, mais l’enjeu qui s’y joue n’en est pas moins crucial car, sans dramatiser, il touche à la santé morale de notre civilisation.

Parlons d’abord de la guerre violente et ouverte contre le terrorisme islamique. Pourquoi une partie de notre jeunesse est-elle partie s’engager dans les rangs de l’état islamique ? Pourquoi, de très jeunes adultes dont certains (mais pas tous) étaient en rupture avec les valeurs de notre société ont-t-ils été séduits par les valeurs d’une idéologie qui, pourtant, a érigé la violence en étendard ? Parce qu’on ne leur offre pas – ou bien ils ne trouvent pas – les perspectives et les valeurs qui les font rêver dans leur quotidien immédiat. Cette jeunesse a eu tôt fait d’épuiser les ressorts du consumérisme, de l’individualisme et a trouvé dans ceux du communautarisme exacerbé, certaines perspectives – certes dévoyées – mais qui la dépassaient et donnaient une certaine consistance à sa vie.

Quel constat d’échec pour notre société ! Une société dont des pans entiers n’osent plus parler d’idéal, d’altruisme, de sacrifice, de respect, d’amour du pays, de patriotisme. Une société qui a oublié que lorsqu’on a 20 ans, on a envie de dévorer le monde et de faire mieux que les aînés. Nos enfants n’attendent pas du laxisme, de la mollesse et de l’individualisme poussé à l’extrême. Ils ne rêvent pas d’auto flagellation et de regrets mais ils aspirent à des valeurs fortes, des héroïsmes qui les touchent, qui les portent et qui les font rêver.

Lorsqu’on interroge nos jeunes concitoyens sur les raisons qui les poussent à s’engager dans les rangs de nos armées et tout particulièrement dans l’armée de Terre, les réponses tournent précisément autour des valeurs, de l’aventure et de quelque chose de plus grand qui donne du sens à leur chemin professionnel et personnel.

Sans en avoir l’exclusivité, nos armées ont à cœur de cultiver cet environnement qui les rend attractives. Elles s’attachent à le transmettre dans nos écoles de formation qui forgent la qualité reconnue de nos soldats.

Au sein de ces valeurs résident celles qui traitent du comportement et de l’éthique  du soldat.  Elles  sont  essentielles  car  elles  sont  ontologiques. Elles touchent à la nature même de l’être humain lorsqu’il doit effectuer des choix et prendre des décisions. Elles sont premières car elles consistent à rejeter le relativisme et à affirmer que non, tout n’est pas égal, et que oui, il y a des références meilleures que d’autres. Elles affirment que dans les critères de choix, la dignité des populations, l’exemplarité, le respect de l’adversaire et la défense des plus faibles sont au-dessus de la haine de l’autre, de l’exclusion et de la violence. Ce discours est certes porté en interne à nos armées, ainsi que dans le domaine public – et il est entendu - mais il manque encore de résonnance.

 

Ne craignons donc pas d’aller plus loin et de parler davantage de cette éthique qui nous fait agir et dont les grands chefs militaires n’hésitent plus à parler ouvertement. Ne craignons pas d’ériger ces choix de valeurs en idéologie revendiquée. Il ne s’agit pas, bien sûr, de devenir dogmatique, car l’éthique doit absolument rester une question dans la conscience de l’homme. Mais une question n’est pas une hésitation. L’hésitation peut être aussi dangereuse que le dogmatisme. C’est là que réside toute la difficulté. L’éthique doit être un questionnement permanent, une remise en question personnelle, mais en même temps, elle doit aussi être une évidence. Et c’est bien cette évidence qu’il s’agit de porter plus haut, plus fort et sans complexe.

Cette évidence a été portée par le lieutenant-colonel BELTRAME, officier de gendarmerie, devenu un héros français pour avoir choisi en toute liberté de se mettre en danger pour sauver une femme prise en otage par un terroriste islamiste. Mais ne nous y trompons pas: il ne s’agissait pas là d’une soudaine inspiration sacrificielle. Le choix émouvant d’Arnaud BELTRAME est le fruit d’un engagement récurrent et réfléchi pour des valeurs éthiques et morales sur lesquelles il avait fondé son mode de vie depuis de nombreuses années. Cet officier, à travers son action professionnelle mais aussi personnelle, avait donné un sens à sa vie… qui l’a conduit à cet acte, dont le dénouement a ému la France entière. Preuve que les valeurs éthiques résonnent fortement au cœur de nos concitoyens. Nos soldats, lorsqu’ils risquent leur vie sur nos théâtres d’opération, ne portent pas moins les mêmes valeurs.

Dans son dernier ouvrage24, Régis DEBRAY déclarait à propos de ce combat idéologique face au terrorisme islamique : « Nous avons la morale pour nous. Il n’est pas exclu que le moral soit de l’autre côté ». La culture des valeurs éthiques comme moteur central de notre action quotidienne, portée sans complexe haut et fort, et offerte comme modèle peut être un moyen de reprendre aussi cet ascendant moral sur l’adversaire.

Si les armées et leurs chefs sont tous convaincus de ce besoin, il manque encore dans nos institutions françaises, une véritable organisation dédiée à cet objectif. À l’instar de ce qui existe au sein des armées canadienne, allemande et britannique, particulièrement en pointe dans ce domaine, nous pouvons aller plus loin et mieux structurer l’organisation de la formation éthique et morale dans les états-majors centraux25.

Gardons-nous, bien-sûr, d’une affirmation excessive de la spécificité de l'institution militaire, qui serait fâcheuse car elle pourrait s'inscrire en rupture par rapport à la communauté nationale dont elle est l’émanation. Il existe ainsi une sorte de schizophrénie du métier : lutter contre la banalisation, mais ne pas se poser en exception. Ceci ne doit pas nous empêcher de faire rayonner la primeur de nos valeurs humaines et éthiques, en appelant ouvertement à leur imitation et leur appropriation par les autres espaces sociétaux, car nos concitoyens reconnaissent aux armées « la capacité à transmettre certaines valeurs et certains savoir-faire de base, ne serait-ce que ceux relevant du comportement citoyen26. »

 

Ces valeurs luttent contre la fracture culturelle de nos sociétés car elles portent des émotions qui réunissent au-delà des idéologies. Il faut y croire car « le monde appartient d’abord aux optimistes et les pessimistes ne sont que des spectateurs27». Elles défendent l’amour des siens, l’universalité de l’amitié, le respect de la dignité d’autrui et l’exemplarité face aux idéologies mortifères de la haine, du mensonge et de la violence, ou plus insidieusement du communautarisme, du relativisme et de l’égoïsme. Elles décrivent une certaine manière du « vivre ensemble » prôné par Ernest RENAN à laquelle adhéreront naturellement nos concitoyens car ces valeurs les touchent droit au cœur. Ne craignons pas d’en faire un flambeau en les érigeant en mode de vie pour notre jeunesse qui rêve de beauté et de grandeur.

 

 

  1. Pierre BILLOTTE (1906-1992) : général et homme politique français. Chef d’état-major du général de GAULLE et secrétaire du Comité de défense nationale à LONDRES ; il débarque en Normandie à la tête d’un des trois groupements tactiques de la division Leclerc. Compagnon de la Libération, il a été ministre de la Défense nationale dans le gouvernement Edgar FAURE en 1955.
  1. L’Angle mort, édition du Cerf, 2018.
  2. Il n’existe pas en France « d’officier éthique » au sein de l’EMA, ni de l’EMAT en charge de coordonner les actions dans ce domaine, et d’en fixer les grandes politiques. Dans l’armée de Terre, cette formation dévolue aux écoles (et trop souvent cantonnée à celles-ci), reste peu contrôlée, et dépend beaucoup de la volonté des commandants de ces écoles.
  1. Alain BARLUET, Le Figaro du 27 novembre 2018, page 3.
  2. François Pierre Guillaume GUIZOT (1787-1874).



 

 

 

 

 

 

 

 

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Titre : Bâtir une « idéologie de l’éthique » pour gagner la guerre des idéologies
Auteur(s) : GBR (2S) Benoît ROYAL
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