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ESQUISSE DE LA MANOEUVRE FUTURE

2/2 - BRENNUS 4.0
Histoire & stratégie
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Pour le général Hubin, le changement fondamental réside dans la densité des moyens capables de contrôler un espace donné[39]. La dispersion répond à une double contrainte, les coûts des unités (chaque nouvelle génération de matériel se révèle de 2 à 8 fois plus chère que la précédente[40]), d’une part, et la précision des feux indirects, d’autre part. La première phase de la manoeuvre globale conduit à une bataille pour l’information, là aussi, en raison d’une double contrainte.


 Si elle est nécessaire à la conservation de la liberté d’action, elle est aussi le fait d’une temporalité logistique. Les moyens nécessaires à la ba-taille électronique/cyber sont moins lourds que ceux constituant le coeur des forces (chars, infanterie mécanisée, artillerie). S’ils nécessitent évidemment une protection, elle peut être plus légère et mobile. Cette acquisition du renseignement n’est pas sans poser question. Comment, par exemple, pénétrer des milieux bâtis, ou souterrains ? Comment étendre les capacités de captation de renseignement sans, dans le même temps, trop alourdir physiquement les matériels ? Il en est de même pour l’action sur les réseaux adverses. Comment brouiller les systèmes adverses sans troubler les siens, ou comment garantir l’anonymat numérique des unités ?

 

Si cette bataille pour le contrôle de l’information ne trouve pas de réelle issue, les moyens qui la conduisent deviennent des objectifs décisifs de l’action tactique. Il convient alors de déterminer comment associer au mieux l’action sur les réseaux à la manœuvre cinétique. Les contres mesures, actives et passives, prennent une importance fondamentale pour la survie. Les moyens aéromobiles deviennent prépondérants pour réaliser, localement, les bascules d’efforts et assurer la supériorité des armes de mêlée[41]. Ainsi, la coordination dans la 3ème dimension fait partie, à la suite des expérimentations du combat SCORPION, des fonctionnalités les plus sensibles identifiées pour la mise en œuvre du SICS[42]. De même, ATF souligne les capacités de l’aérocombat et de l’aviation légère de l’armée de Terre (ALAT), à même de s’affranchir des obstacles, tout en s’approchant au plus près du sol, en termes de réactivité et de mobilité[43]. Il s’agit, ainsi, de rester soi-même sous un certain seuil de concentration, tout en poussant l’adversaire à la réaliser, pour le neutraliser et le détruire à partir de positions dispersées (artillerie, aviation, missiles sol/sol). Les forces terrestres ont, à l’inverse, bien identifié la problématique de la défense surface-air, notamment basse couche et, spécifiquement, pour les petits échelons. La réponse aux milieux cloisonnés demeure une source de préoccupation. Des exemples comme la bataille de Mossoul interrogent également la place et les moyens alloués à l’appui-mobilité, la continuité entre combat embarqué et débarqué ou encore, la capacité de régénération face à l’attrition.

 

Ces éventuels succès tactiques n’auront d’intérêt qu’une fois exploités vigoureusement. Le général Hubin identifie un dénominateur commun, permettant de faire le lien entre tactique et opératif : la logistique. Celle-ci conditionne l’action tactique, en termes de direction, d’élongation et de flux. Elle répond à trois contraintes principales : la fourniture de carburant, d’eau et de nourriture, le tonnage de matériel (munitions, pièces de rechanges) et l’évacuation des blessés. Le vecteur tactique, qui cherche à atteindre l’adversaire, est relié à un centre d’opérations par un vecteur logistique. Ce dernier est vulnérable, car il relie les deux, suivant un itinéraire fréquemment prévisible. Pour assurer la sûreté de l’ensemble, la tendance est d’aligner les directions d’opérations (engagement des forces sur un théâtre), les lignes d’opérations (relient les centres aux forces) et les directions d’engagement (direction d’une force pour une action donnée)[44]. Une alternative possible réside dans la multiplication de centres temporaires d’opérations, permettant de multiplier et modifier les actions possibles. Dans le cadre d’une imbrication de plus en plus importante, la question de la transmission de la compréhension de la situation tactique des unités au contact vers les capacités de soutien devient prégnante[45]. Certains envisagent, ainsi, l’emploi de véhicules autonomes pour remplacer une partie des vecteurs[46].

 

LA CONVERGENCE DES MODÈLES DE COMBAT

Le but essentiel de la manoeuvre, pour une force régulière, est de provoquer la destruction ou la mise hors de combat des moyens de l’adversaire. Face à elle, le modèle irrégulier refuse la concentration pour éviter la fixation, tout en recherchant l’imbrication de manière systématique. L’esquive devient un principe absolu de sûreté, qui prend, de plus, un caractère interne très marqué. La manoeuvre se développe sans réel axe de polarisation. Le renseignement n’améliore pas le rendement du combat, mais en détermine l’emploi. C’est la connaissance, avant la capacité, qui est à l’origine de la liberté d’action. Or, ces modes d’action semblent devoir, étant donné les évolutions technologiques modernes, se retrouver dans la manœuvre future.

 

Les difficultés majeures semblent donc, pour les forces terrestres, résider dans le contrôle des espaces et, peut-être plus encore, des peuples. Dans un tel cadre, l’évaluation de la taille et de la configuration optimale de l’espace de bataille initial devient fondamentale. L’objectif central devient le suivant : briser la liberté d’action de l’adversaire en le coupant de ses sources d’informations. Les problématiques de combat au milieu des peuples se rencontrent dans ce créneau, tandis que les forces isolent les zones, quadrillent le terrain et sont en capaci-té d’intervenir directement au profit de la fonction renseignement. En bref, on provoque la surprise par la dilution des attentions, on assure sa sûreté via l’éclatement des dispositifs, tout en poussant l’adversaire à la concentration. Il devient peut-être possible, dans un même modèle, de réunir l’aptitude à faire face aux deux types de combat[47]. A cet égard, l’observation des modes d’action que développent nos adversaires pour se soustraire à nos capacités est riche d’enseignements. A titre d’exemple, l’État Islamique est capable, profitant des conditions météo, qui l’abritent des moyens ISR de la coalition, de monter des contre-attaques motorisées coordonnées[48]. De la même façon, il est possible d’envisager une organisation en tandem, entre forces légères mobiles, plus nombreuses, et forces lourdes plus réduites[49]. Certaines logiques du combat couplé[50] peuvent, ainsi, trouver à s’appliquer, notamment, dans l’exploitation de la robotisation. Le couplage permet de mailler une zone donnée, tout en adjoignant à la masse de combattants, de manière ponctuelle, des manœuvres techniquement très évoluées. Pour peu que l’ensemble soit suffisamment coordonné, les avantages offerts par les uns et les autres entrent en synergie[51].

 

C’est dans cette logique de connaissance que peut être abordée, entre autres, la question de la création d’une filière de spécialité en milieux interculturel. La création d’un commandement spécialisé pour l’assistance militaire opérationnelle de l’armée de Terre va dans ce sens[52]. Le but de la structure est, outre de proposer l’expertise de personnels spécialement aguerris ou formés, de fournir une vision globale en termes d’anticipation et de planification. Sur le temps long, la question de la gestion de ce vivier de cadres, au savoir-faire spécifique, se pose avec acuité. Un nouveau paramètre de complexité pourrait s’ajouter aux problématiques existantes, avec l’écart doctrinal et technologique que SCORPION entraînera, de fait, avec certains partenaires[53]. De même, l’usage de tels systèmes pour former et entraîner des forces partenaires peut avoir le défaut de faire naître des dépendances techniques au départ inexistantes. Le combat couplé avec des forces partenaires demeure, à cet égard, une piste intéressante. En dépit de toutes les contraintes, les opérations contemporaines démontrent son indéniable accroissement[54].

 

CONCLUSION

Toute adaptation doit avoir en tête la nécessité de la cohérence capacitaire du système de force, matérialisé par l’acronyme DORESE (Doctrine, Organisation, Ressources humaines et formation, Entraînement, Soutien et Equipement)[55]. Toutefois, le risque est réel de penser que l’accroissement des capacités d’adaptation, aussi effectif soit-il, masque le besoin de changements structurels[56]. Le général Hubin a lui-même, depuis, reconnu s’être trop avancé sur l’imbrication des dispositifs, l’absence de linéarité, et sur le rythme de l’implémentation des évolutions technologiques[57]. Par exemple, si vouloir systématiquement remplacer la masse humaine par des feux indirects est tentant, force est d’admettre que le volume de nos moyens d’artilleries ne nous le permet pas[58]. De même, la mise en condition opérationnelle doit rester un point central d’attention. Du fait de lacunes dans ce domaine, malgré une nette supériorité numérique théorique, les forces ukrainiennes ne seront jamais capables d’engager plus de 60% de leur volume, face à un adversaire plus manoeuvrier[59].

 

Force est de constater que d’autres administrations, ou secteurs d’activités, voire d’autres armées (Air) sont confrontés à cette problématique. Par exemple, l’autonomisation de certaines tâches, les plus exposées, comme la fortification de positions avancées, est déjà une réalité dans le secteur minier[60]. En termes d’organisation du commandement, le ministère de l’intérieur fournit un exemple intéressant. Il repose, en situation de crise, sur un échelon local, auquel une cellule interministérielle de crise (CIC) fournit des moyens exceptionnels dépassant ses capacités propres (logistiques, sécuritaires, sanitaires). Elle agit, ainsi, plus comme un organe de coordination que de commandement[61]. Même si les exemples précités ne sont pas directement transposables à l’armée de terre, ils méritent néanmoins une attention particulière. Enfin, nos alliés, ne sont pas en reste, comme en témoigne le programme britannique Agile Warrior[62].

 

In fine, éviter la perte de la notion d’effet majeur, en raison d’un entrisme tactique rendu possible par la visualisation des différents échelons via la technologie, est un réel défi[63]. Quel que soit le modèle retenu, une clarification du lien entre la prise de décision (processus), les moyens (états-majors, outils d’aide à la décision) et le décideur (le chef opérationnel) demeure nécessaire[64]. Si la décentralisation du Général Hubin présente peut-être trop d’inconvénients à l’heure actuelle (perte de cohérence, vulnérabilité des réseaux, prise en compte insuffisante des contraintes importantes de la zone urbaine), SCORPION retient une solution médiane. Les liaisons tactiques sont horizontalisées, mais une hiérarchie structurée, de manière pyramidale, est conservée pour la conduite et la planification[65]. L’étude tactique, contrainte par le volume de données qu’elle oblige à assimiler, ne serait-ce que pour un embryon de réflexion, peut sembler rébarbative. Elle reste pour autant nécessaire, afin d’exploiter au mieux les nouvelles capacités techniques, en se gardant d’un archaïsme de mauvais aloi.

                                            

 

[39] Hubin, Ibid, p.104.

[40] Le coût d’un chasseur Rafale est approximativement le double de celui du Mirage 2000D (mis en service en 1993), le quadruple des premières versions Mirage 2000 (1984) et au moins six fois celui du Mirage F1 (1974, toujours présent dans l’ordre de bataille). Le coût d’un char Leclerc est à peu près le triple de celui d’un AMX-30. Le véhicule blindé de combat d’infanterie (VBCI), qui entre en service en 2008, coûte au moins six fois plus que l’AMX-10P qu’il remplace. La proportion est à peu près la même entre l’hélicoptère Tigre, en version antichar, et son prédécesseur ou entre le futur hélicoptère de transport NH90 et le Puma. Ces chiffres sont issus de plusieurs sources, dont le site ; les rapports à l’assemblée nationale n°385 et 1775 disponibles sur .

GOYA Michel, « Dix millions de dollars le milicien. La crise du modèle occidental de guerre limitée de haute technologie », Politique étrangère 2007/1 (Printemps), 2007, p. 191-202, p. 197.

[41] Hubin, Ibid, p.105, 106,108,110, 113.

[42] Colonel Sébastien de Peyret, Art. Cit., p.29.

[43] ATF, p.35.

[44] Hubin, Ibid, p.117, 123,130, 128.

[45] CDEC, Op, cit., p.21.

[46] Hubin, Ibid p.55.

[47] Ibid, p.164, 166, 167, 170, 177, 178.

[48] Matteo Puxton, « Puissante contre-offensive de l’État Islamique dans le désert syrien », octobre 2018

[49] A rapprocher, en partie, des modes d’actions développés par le colonel Brosollet dans « Essai sur la non bataille », 1977.

[50] Terminologie développée par Thomas Huber qui désigne le couplage de forces régulières et irrégulières. HUBER Thomas M., « Compound Warfare : A Conceptual Framework », in Thomas M. Huber (dir.), Compound Warfare : that Fatal Knot, Fort Leavenworth, KS, U.S. Army Command and General Staff College Press, 2002, p. 1-10.

[51] HENROTIN Joseph, « Faire coexister une force régulière et une force irrégulière, le combat couplé », DSI Défense et sécurité internationale, 2017, p. 20-25, p. 20.

[52]https://www.defense.gouv.fr/terre/actu-terre/trois-questions-au-general-philippe-delbos-commandant-l-etat-major-specialise-pour-l’outre-mer-et-l’etranger.

[53] CDEC, Op. Cit., p.34.

[54] L’opération américaine en Afghanistan « Enduring Freedom » (liberté immuable), en particulier sa première phase, de fin septembre 2001 au printemps 2002, représente un cas d’école. Ce schéma fut également employé en Irak, afin de lutter contre l’insurrection qui apparait après l’invasion de 2003. L’opération « Allied Force » (Kosovo, 1999), relevait également de cette logique. L’opération Harmattan (Libye, 2011), consiste elle aussi, de facto, en un combat couplé. L’Occident n’en a pas le monopole, puisqu’en 2007, en Somalie, les forces éthiopiennes s’y livrent également. Récemment, au moins 250 à 300 membres des forces spéciales françaises étaient présents en Irak et en Syrie, accompagnant les différentes forces en présence contre l’Etat Islamique.

[55] Colonel Sébastien de Peyret, Art. Cit, p.11.

[56] CDEC, p.45.

[57] Mickael Shurkin, Senior political scientist de la RAND Corporation, entretien avec l’auteur, mai 2019

[58] La France ne dispose, à titre d’exemple, que de 77 canons Caesar. Une seule année d’engagement au Moyen-Orient, avec environs 10 000 obus tirés, en aurait consommé près de 35%.

Nicolas Maldera, « Combat de haute intensité : où en sommes-nous ? », Fondation IFRAP, mars 2018.

[59] Sénat, Art. Cit.

[60] CDEC, p.55.

[61] Idem, p. 89.

[61] Chef de bataillon Stéphane Jay, Art. Cit., p.50.

[63] CDEC, Idem, p.96.

[64] Colonel Fabrice Clée, « La prise de décision opérationnelle dans l’armée de Terre », Revue militaire générale, 53/2019, p.17.

[65] Chef d’escadron Stéphane Jay, Idem, p.53.

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Titre : ESQUISSE DE LA MANOEUVRE FUTURE
Auteur(s) : Monsieur Hugo-Alexandre QUEIJO, chercheur associé du pôle études et prospective du CDEC
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