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Formation et entraînement au combat interarmes

la vision de la DEP de l’école d’état-major
Engagement opérationnel

Crédit photo ECPAD
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Le combat désigne l’action des petites unités (1), et l’action interarmes désigne la combinaison dans une même action et sur un même terrain de moyens provenant d’armes (2) différentes aux capacités complémentaires mais aux besoins souvent opposés. Le combat interarmes est mené par les chefs de petites unités d’infanterie ou de cavalerie, parfois de l’ALAT (3), renforcés d’éléments de diverses armes.


 Mener le combat interarmes exige donc que les chefs de petites unités connaissent les capacités, les limites et les besoins des unités de toutes armes qui pourraient venir les renforcer ou qu’ils pourraient eux-mêmes avoir à renforcer, appuyer ou soutenir ; qu’ils connaissent également les bases techniques et tactiques de l’emploi des différents moyens ; qu’ils maîtrisent des procédures permettant de faire agir ensemble ces moyens les uns au profit des autres.  


Tout ceci suppose que les individus, cadre et troupe, aient été initialement formés, c’est à dire instruits des connaissances techniques et tactiques qui leur sont nécessaires, et que ces connaissances aient été ensuite entretenues par un entraînement régulier et rigoureux, individuel et collectif.   


La formation comprend avant tout la maîtrise des techniques, tactiques et procédures propres à l’arme et à chaque spécialité de l’arme car il n’y a évidemment aucune efficacité à attendre de la combinaison de médiocrités spécialisées. C’est pourquoi toutes les armées, à toutes les époques, et quels que soient les degrés de proximité des diverses armes dans le combat, se sont organisées en armes distinctes pour construire leur outil militaire. Il n’y a pas d’interarmes sans les armes ! Cependant chaque arme combat toujours au milieu des autres et en coopération avec elles, et la formation et l’instruction comme l’entraînement aux tactiques et procédures propres de l’arme comprennent inévitablement des connaissances relatives aux autres armes. Mais jamais ces connaissances « interarmes » n’atteindront l’étendue et la profondeur qu’on doit exiger dans chaque arme pour les connaissances propres de l’arme : c’est pourquoi un chef de petite unité doit être formé à conseiller et à dialoguer avec un chef d’une autre arme.

 
Jusqu’ici, le plus souvent, on a schématiquement réparti l’acquisition des connaissances et savoir-faire nécessaires en des formations spécialisées d’arme comprenant l’acquisition des connaissances élémentaires sur les capacités, limites et besoins des autres armes, formations conduites dans les écoles d’armes ; un entraînement spécialisé technique et tactique au sein des unités de l’arme ; et un entraînement réellement interarmes conduit autrefois au cours d’exercices de grandes ou petites unités sur les camps de manœuvre et en terrain libre, et, désormais, uniquement à l’échelon des petites unités (faute de moyens), mais avec des moyens très riches dans des centres spécialisés. Pour prendre une comparaison dans le bâtiment, chaque arme ou corps de métier instruit ses artisans dans leur métier propre et prépare ses « maîtres » à participer à une réunion de chantier, tandis que les formations d’état-major forment des maîtres d’œuvre (4). Et l’entraînement permet, par des exercices répétés, de donner à tous l’expérience et les réflexes d’un travail collaboratif. On forme au métier de l’arme y compris sa dimension interarmes, et on s’entraîne de manière interarmes. Ce schéma a donné satisfaction au point que les tentatives d’organisation de petites unités interarmes ont partout été abandonnées.  


Nos engagements opérationnels accréditent cependant peu à peu l’idée qu’une intégration interarmes toujours plus poussée serait nécessaire à des échelons de commandement toujours plus bas. Cette réalité a pour corollaire une difficulté croissante pour les chefs de petites unités à conduire un combat toujours plus complexe, difficulté qu’on cherche à résoudre d’une part en multipliant les adjoints et les assistants des chefs, d’autre part en augmentant le niveau de qualification et la qualité interarmes de la formation desdits chefs. La première piste a le défaut d’augmenter la proportion des personnels et moyens de commandement au détriment des moyens de combat. La deuxième conduit à l’idée d’approfondir la formation interarmes, plus tôt dans la carrière, et pour les échelons plus bas.  


A cet égard, quels que soient les choix opérés dans l’organisation de notre armée,  la définition de cette formation au combat interarmes devrait être « bordée » par le principe de prévoyance et par celui de réalité. D’une part cette formation ne peut pas se fonder uniquement sur les observations de nos engagements actuels caractérisés par l’application de solutions « d’exception » qui résisteraient probablement mal à tout autre scénario d’engagement futur. D’autre part il n’est pas certain que les difficultés de nos chefs de petites unités puissent être totalement résolues, ni par un surcroit de formation, ni par un surcroit de qualification ou de grade, ni même par un surcroit de technologie. Il est probablement simplement impossible qu’un chef de petite unité gère la complexité qui est normalement le rôle d’un commandant de grande unité assisté justement pour cela d’un état-major.  


Aussi l’amélioration que nous recherchons de la capacité de nos petites unités à mener un combat interarmes - et interarmées – passe-t-elle probablement avant tout par une consolidation du caractère « interarmes » intrinsèque aux formation d’armes, par une amélioration de la cohérence des doctrines d’emploi des armes entre elles, par une amélioration de la continuité entre la doctrine, la formation, et l’entraînement, par l’amélioration et la multiplication des exercices et des échanges inter-écoles, dans la mesure du possible car tout cela coûte avant tout du temps, lequel ne doit pas manquer à l’apprentissage du métier de chacun. En ce sens, on doit considérer que l’idée de réduction des temps de formation est de toute manière incompatible avec la volonté de progrès des capacités interarmes et interarmées. 

 

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1 On appelle « petites unités » les unités inférieures à la brigade, quoique dans l’acception moderne et dans des armées nombreuses comprenant des corps d’armée et des divisions, la brigade elle-même serait probablement plutôt comptée parmi les petites. 

2 Ou « fonctions opérationnelles ».

3 La DEP CDT considère que les hypothèses d’emploi d’unités interarmes construites autour d’unités d’appui se rapportent à des décisions circonstancielles exceptionnelles qui, par définition, ne relèvent pas de la doctrine. Elle considère également que, toutes choses égales par ailleurs, la systématisation d’organisations interarmes adoptées par avance et pour la durée d’une campagne (GTIA, SGTIA, etc.) a toujours pour résultat de priver le commandement d’une partie de sa liberté d’action, que, par conséquent, l’organisation  des éléments d’appui et de soutien en unités homogènes dans la main du chef de la grande unité interarmes doit rester la règle, et que donc les unités du contact ne doivent être « interarmes » qu’en raison de choix du chef interarmes (articulation) et non par nature. L’attribution de moyens d’appuis et de soutien n’est jamais un « droit acquis ».

4 Les écoles d’état-major forment des individus au métier de rédacteur d’état-major, métier exigeant une connaissance étendue et approfondie de la manœuvre des grandes unités et de l’emploi des unités des différentes armes, et la maîtrise des techniques et des méthodes d’état-major.  Pour la distinguer de la formation au combat interarmes, on appellera ces formations « formation au commandement interarmes » puisque les personnels d’état-major sont, par définition, affectés au service d’officiers dits « généraux », c’est à dire interarmes.

 

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Titre : Formation et entraînement au combat interarmes
Auteur(s) : Colonel Christophe de LAJUDIE
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