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La chair et l’acier – L’invention de la guerre moderne (1914-1918)

Commentaires : Chef de bataillon – BEAUDOIN Hubert – 121° promotion
Histoire & stratégie
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Dans cet ouvrage, l’auteur analyse, de manière détaillée, l’effort d’adaptation des moyens et des méthodes de combat durant la Première Guerre mondiale. Grâce à cet effort, principalement conduit pendant la guerre, l’armée française allait devenir l’armée la plus moderne du monde en 1918, alors qu’elle combattait encore en 1914 suivant des schémas proches de ceux des armées du Premier Empire.


1/ L’AUTEUR

Officier des troupes de marine, le lieutenant-colonel Michel GOYA est né le 19 avril 1962. Marié et père de trois enfants, cet officier a écrit ce livre en 2004 lorsqu’il était chef de bataillon au bureau enseignements de la division recherche et retour d’expérience du Centre de la Doctrine et d’Emploi des Forces. Sous-officier direct EAI, il sert comme chef de groupe au 170°RI de 1983 à 1988. Major de sa promotion à l’EMIA, il choisit les Troupes de marine en 1990. Affecté au 21°RIMa comme chef de section, il rejoint ensuite le RIMaP-NC toujours dans la même fonction puis en qualité d’officier adjoint. Commandant d’unité au 2°RIMa puis rédacteur au BOI, il a pris part à de nombreuses opérations notamment au Rwanda, à Sarajevo et à Bangui. En 2001, il intègre major à l’EMSST dans la filière Science humaine. Au-delà de sa carrière militaire, il dispose d’un bon bagage universitaire puisqu’il obtient un DEA d’histoire contemporaine en 2003. Il publie de nombreux articles concernant l’armée française au moment de la Grande Guerre notamment dans La Revue Historique des Armées.

 

2/ SYNTHESE DE L’OUVRAGE

 

  1. Esprit de sacrifice, querelles et léthargie pendant l’entre-deux guerres 1870-1914

 

  1. Doctrine

L’armée française a vécu un terrible traumatisme en 1870 – «l’année terrible » - qui la conduit à développer un sentiment contradictoire empreint de désir de revanche sur l’armée allemande et de complexe d’infériorité par rapport à cette dernière. Dès lors, les règlements militaires français s’inspirent des écrits réglementaires allemands, les officiers français apprennent la langue germanique. Pourtant, l’immédiat après-guerre, s’il est propice à la réflexion militaire sans censure, ne débouche pas sur une réelle doctrine faute d’organe centralisateur stable (43 ministres de la Guerre entre 1871 et 1914, instabilité ministérielle couplée à la dissociation des fonctions de généralissime et de chef de l’état-major). En effet, la jeune III° République, soucieuse de prévenir tout coup d’état, a mis à la tête de ses armées une organisation tricéphale, qui empêche la centralisation d’une pensée militaire.

La pensée militaire de cette époque est influencée par les sciences humaines, dont le courant culturaliste. C’est alors que se développe le mythe du Français ardent, fougueux et plein d’initiative face à l’Allemand soi-disant rigide.

A la fin du XIX° siècle, l’Ecole Supérieure de Guerre devient le cœur de la réflexion militaire. Le dogme de l’offensive à tout prix, seule option victorieuse, s’y impose. Différents courants s’affrontent dans le monde militaire : les généraux de corps d’armée particulièrement conservateurs (Second Empire), les « Jeunes Turcs » adeptes de l’offensive à outrance saluant le « sacrifice, seule issue face à l’illusion technologique » qui en résulte, et enfin ceux qui entrevoient, avec l’arrivée de nouvelles armes, l’importance que va prendre la puissance de feu, qui remettra en question les tactiques napoléoniennes. 

 

  1. Instruction

L’instruction pose d’importants problèmes entre 1870 et 1914. Ainsi Raoul Girardet, historien de la guerre de 1914-1918, qualifie l’enseignement dans les écoles d’officiers de purement scolaire, favorisant la docilité et non l’imagination, ni l’autorité et encore moins l’audace. Quant aux généraux, ils n’ont quasiment jamais l’occasion de commander à l’entraînement des unités de la taille de celles qui leurs seront confiées en temps de guerre. 

De nombreux règlements sont rédigés avant la guerre, mais leur caractère éphémère rend leur assimilation difficile ; un grand décalage sera constaté dès le début du premier conflit mondial entre ce qui est écrit et ce qui est maîtrisé ! Les grandes manœuvres annuelles ressemblent parfois à des promenades en forêt où l’exercice ne dure pas plus d’une demi-journée et où les soucis d’intendance l’emportent sur toute autre considération.

En outre, le manque de moyens d’instruction – camps, champs de tirs etc. – est criant surtout si on le compare aux infrastructures allemandes.

Par ailleurs, l’instruction complémentaire et la mise à jour des réservistes sont totalement négligées durant l’avant-guerre. Les réserves allemandes, plus jeunes et mieux instruites, se révèleront  bien supérieures à leurs homologues français.

Enfin, en France jusqu’en 1917, la troupe suscite la méfiance et par voie de conséquence, on conçoit l’instruction comme un dressage qui interdit toute initiative au soldat. Ainsi, pour le tir, c’est le chef qui décide des objectifs où il fait se concentrer les feux.

 

  1. Les hommes

L’armée française souffre d’une pénurie d’hommes, mais on continue à privilégier le nombre de corps à leur densité. Ce phénomène déforme l’encadrement qui persiste à commander à la voix des cellules sous-dimensionnées en temps de paix par rapport à leur volume en temps de guerre.

De nombreuses querelles d’hommes marquent les armées françaises : les armes dédaignent l’interarmes ;  les Saint-Cyriens, au goût pour les armes de mêlée,  et les Polytechniciens, orientés vers les armes savantes, sont en concurrence ; les officiers directs – véritable aristocratie – méprisent officiers rang et réservistes.

 

  1. Matériel

La période qui a précédé la guerre de 1914-1918 est marquée par de nombreuses innovations techniques : artillerie à tir rapide, automobile, mitrailleuses, aéroplanes etc. Au même moment, les conflits de Mandchourie et du Transvaal montrent combien la puissance de feu s’est accrue et tend à limiter la manœuvre. Mais en France, l’aristocratie saint-cyrienne, majoritairement constituée de fantassins et de cavaliers peu réceptifs aux nouvelles technologies, ne fait pas évoluer la doctrine et omet de se doter de certains équipements qui feront la supériorité allemande pendant les trois premières années de la guerre, comme l’artillerie à tir rapide.  

 

  1. Ténacité, grande faculté d’adaptation et intelligence du commandement pendant le conflit 1914-1918
  2. Doctrine

La guerre commence selon la doctrine exclusivement offensive, parfois en oubliant l’appui artillerie : c’est l’hécatombe ! Mais dès la mi-août 1914, le Grand quartier général (GQG) réagit et s’oppose à ce type d’action. Si la doctrine n’est pas immédiatement remise en cause, l’artillerie devient déjà indispensable. Très vite c’est la réalité du front qui exerce une pression sur la hiérarchie pour faire évoluer la doctrine et orienter l’offre industrielle. Le rythme d’évolution doctrinale devient vite très élevé avec un nouveau règlement de manœuvre tous les ans (tous les dix ans avant le conflit).

La première étape de l’évolution de l’armée française se situe dans l’adaptation tactique. A travers l’adaptation réciproque des tactiques entre adversaires et la demande permanente d’innovations, la recherche est conduite par le front.

Petit à petit, la guerre de position s’impose et l’espoir d’une guerre courte s’amenuise.

Dans ce nouveau type de guerre, une nouvelle reine des batailles s’impose : l’artillerie. En 1914, l’artillerie française compte 400 000 hommes et 8 modèles de canons ; en 1918, on compte trois fois plus de modèles de canon ; les effectifs et la dotation matérielle ont quant à eux doublé.

S’enchaîne alors une succession de doctrines pour tenter de prendre l’ascendant sur l’adversaire :

  • La percée par attaque brusquée jusqu’en 1915.
  • La conduite scientifique de la bataille (Somme 1916).
  • L’école de Verdun avec tentative d’offensive décisive appliquée sur l’Aisne en 1917.
  • Le champ de bataille interarmes 1917-1918 : combinaison d’une grande mobilité stratégique avec des actions tactiques limitées associant le trio artillerie-infanterieaviation. Il s’agit d’une doctrine très efficace mais qui réclame d’importants moyens et un entraînement très poussé. Avec cette dernière évolution doctrinale, l’armée française surclasse l’armée allemande.

Malheureusement dès la fin de la guerre, on assiste en France à un appauvrissement  du débat doctrinal et des moyens d’apprentissage : l’armée française se condamne peu à peu à devoir s’adapter à nouveau dans l’urgence.

 

  1. Instruction

L’instruction, parent pauvre de l’armée française avant-guerre, devient, avec l’arrivée de Pétain à la tête du GQG, le facteur d’efficacité essentiel des troupes françaises. L’auto-instruction en vigueur jusque-là est abandonnée, notamment en raison du rythme élevé de production réglementaire et de fortes pertes humaines. L’instruction est alors centralisée et organisée. Sont créés de nombreux centres d’instruction destinés aux cadres, à la troupe, aux instructeurs. 

Les principales innovations en la matière sont la création d’instructions spécifiques en vue des opérations, la combinaison de l’instruction d’arme et interarmes et les cours de perfectionnement des chefs de corps et des généraux.

 

  1. Les hommes

Dès 1914, le haut commandement prend ses responsabilités et n’hésite pas à limoger de nombreux généraux incompétents. Le commandement se sera finalement montré habile en combinant fermeté, intelligence de situation et écoute des unités au contact.

Au sein des forces armées, les hommes ne changent pas aisément de mentalité. Ainsi, malgré les pertes effroyables, les préjugés persistent : répugnance au retranchement, ardeur offensive, phobie du terrain perdu.

Ce sont ces mêmes hommes qui vont connaître l’enfer des tranchées. L’image qui en reste aujourd’hui n’est que partiellement juste : si la peur, les visions de cauchemars, le stress des bombardements et la cohésion des Poilus constituent une réalité, les combats au corps à corps à la baïonnette tiennent plus du mythe que du quotidien des fantassins.

 

  1. Matériel

Dès que les fronts se sont figés,  de nombreuses micro-innovations dans les tranchées imaginées par des soldats ingénieux (toute la nation est en armes y compris les ingénieurs qui mettent leurs compétences au profit du progrès du matériel militaire…) sont relayées par les généraux divisionnaires jusqu’à leur industrialisation.

Ce conflit est le théâtre de nombreuses révolutions technologiques : moteurs à explosion pour équiper avions et chars, gaz de combat, mines… Le cheval, inadapté à la guerre moderne, disparaît progressivement des champs de bataille. 

C’est dans ce contexte que l’aviation devient incontournable : tout d’abord pour renseigner et régler les tirs d’artillerie, puis pour bombarder et enfin pour chasser les avions ennemis.

Bien-sûr, le char vient débloquer l’immobilisme en résolvant le problème d’abordage des tranchées. Mais son développement sera chaotique avant de devenir le complément inséparable de l’infanterie. Cette dernière n’est pas en reste et connaît aussi une industrialisation : c’est la fin des baïonnettes au profit des grenades à main, à fusil, des obusiers, des mitrailleuses, des FM etc.

 

3/ AVIS DU REDACTEUR

Cet ouvrage propose une étude objective de la préparation puis de la conduite de la guerre. Il présente un réel intérêt historique, fruit d’un travail minutieux et particulièrement documenté. Nous nous proposons d’appliquer cette même démarche dépassionnée aux armées actuelles, afin d’en tirer des enseignements quant à la préparation des forces à l’engagement opérationnel.

Tout d’abord, arrêtons-nous sur le rapport entretenu par la troupe avec la doctrine. L’a priori sur les états-majors persiste et la supériorité – supposée –  de l’expérience justifie souvent la réticence face à la doctrine. On notera aussi que le volume – excessif – des règlements, qui rendait difficile l’appropriation de cette doctrine, demeure aujourd’hui plus qu’hier un obstacle, probablement en raison des volumes encore plus importants.

L’autre enseignement majeur est relatif à l’utilisation de nouveaux matériels, qui chez les militaires, naturellement portés au conservatisme, suscite souvent la critique. Retenons simplement la phrase du colonel Estienne, l’inventeur du char : « Réaliser, c’est se résigner délibérément à faire œuvre imparfaite » et ne craignons pas la modernité !

Il est également intéressant de constater que les armées françaises de 14-18 ont fait montre d’une grande faculté d’adaptation mais qu’elles n’avaient guère su anticiper. Aujourd’hui encore, l’armée française peine à planifier et excelle dans la conduite. En cas de conflit de haute intensité, le laps de temps consacré à la réaction peut être coûteux en vies humaines. Une meilleure planification épargnera la vie de nos soldats.

Enfin, la prise d’ascendant sur l’ennemi à l’arrivée de Pétain est en partie due à l’effort d’instruction, répondant à la complexité technique et tactique de la guerre interarmes. Aujourd’hui, cette complexité s’est accrue. Il est aisé d’en déduire qu’il est impératif de donner la priorité à l’instruction, et non se contenter de déclarations d’intention, afin de tirer les bénéfices de la technologie et de la doctrine.

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Titre : La chair et l’acier – L’invention de la guerre moderne (1914-1918)
Auteur(s) : Michel GOYA
Éditeur : TALLANDIER septembre 2004
Collection : Contemporaine
ISBN :
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