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HISTOIRE DE LA TACTIQUE, DE GUIBERT À NOS JOURS - Partie 4/6

La période séparant 1870 de 1914 est féconde en réflexions tactiques
Histoire & stratégie

Char Saint-Chamond
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l’armée française pratique lors de la conquête de l’Algérie puis de l’Afrique Occidentale la guerre de colonnes et d’implantation dans des « bordjs ». Contrainte de s’adapter à une forme de guérilla tant en Algérie que plus tard au Mexique, l’armée française y excelle (création et développement des unités de Turcos ) mais, la routine du temps de paix aidant, néglige de s’adapter aux nouvelles formes de guerre mises à jour tant lors de la guerre de Sécession que lors du conflit austro prussien de 1866.


Le réveil est brutal : après quatre semaines de campagne, le 1erseptembre 1870, sur 84 régiments de cavalerie qu’alignait l’armée française un mois auparavant, il n’en reste que 3 ! Le sacrifice de certaines unités s’est révélé inutile : la planification, les chemins de fer, le feu ont montré leur suprématie.

 

La période séparant 1870 de 1914 est féconde en réflexions tactiques. S’inspirant pour une part de l’exemple prussien, l’École supérieure de guerre nouvellement créée participe à ce renouvellement de la pensée militaire en se référant à la fois aux campagnes de l’Empire, à la récente guerre franco-allemande, mais aussi à celles du Transvaal et de Mandchourie. Au-delà des principes, pérennes par essence, la doctrine tactique s’attache à rechercher des « recettes », en minimisant toutefois trop les conséquences des évolutions de l’armement qui, par sa violence démultipliée, donne au feu une suprématie incontestable.

 

On évoque souvent, comme explication à ce hiatus, l’existence parallèle de « deux armées », l’une coloniale, habituée aux opérations contre des adversaires moins bien équipés sur de vastes superficies, l’autre métropolitaine, cantonnée dans un apprentissage académique de l’art de la guerre en l’absence de terrains de manœuvre… Le propos est sans doute réducteur, mais en pêchant par dogmatisme, au mépris des enseignements des conflits les plus récents, la pensée tactique française se fourvoie jusque dans l’excès de « l’offensive à outrance » 9.

 

Il ne faut cependant pas perdre de vue que ce « retour offensif » doctrinal est à la fois dû en grande partie à la réfutation de l’attitude défensive observée par Bazaine lors des combats sous Metz à la mi-août 1870, qui lui font manquer toutes les opportunités de succès notamment à Rezonville le 16 ; et qu’il s’agit d’une idée très largement partagée par toutes les grandes nations européennes avant 1914, comme en témoignent les règlements d’emploi allemands, russes, austro-hongrois ou britanniques 10.

 

L’observateur ne peut que constater que toutes les armées européennes considèrent l’offensive comme l’alpha et l’oméga de leur doctrine. Ce retour offensif de la pensée militaire française n’atteint cependant jamais le niveau caricatural qui lui est prêté plus tard, dans la mesure où il est toujours indissociable de la notion de sûreté. La mauvaise compréhension des excès oratoires du colonel de Grandmaison ont pu impressionner les jeunes officiers, ils n’ont probablement pas atteint dans les mêmes proportions une grande partie du haut commandement.

 

Joffre fait procéder aux premières manœuvres automobiles et logistiques, Foch insiste sur cette question de la sûreté. Partant de l’exemple de Nachod, prélude à la campagne de 1809, et du contre-exemple de la surprise de Beaumont le 30 août 1870, prémisse du désastre de Sedan, il montre comment un chef agit en sûreté dès lors qu’il dispose d’avant-gardes ayant pour fonction de le renseigner, mais surtout, en prenant le contact avec l’ennemi, de le forcer à dévoiler son dispositif.

 

La pensée militaire française pouvait difficilement prendre le contre-pied de ce contexte général et particulier. La sanction en est les pertes énormes du mois d’août 1914 11. La Grande Guerre est ainsi marquée dès les premières semaines par l’échec de tous les plans stratégiques et par une impasse tactique totale : le feu fait sentir sa tyrannie, le mythe de la « percée » ne se réalise jamais. Mais au-delà de cette image trop connue, le colonel Goya 12 démontre comment ce conflit s’est également imposé, sur le plan tactique, comme le premier conflit moderne : la cavalerie montée n’a plus sa place sur le champ de bataille, où elle est irrémédiablement supplantée par le « moteur combattant » ; l’infanterie trouve des structures adaptées et qui perdurent encore aujourd’hui : la plus petite cellule de combat devient organiquement le groupe de combat, commandé par un sous-officier 13 et articulé autour d’une arme automatique.

 

Malgré bien des différences entre appuyées par une artillerie puissante domine globalement les esprits. A contrario, l’emploi des chars en autonome à Berry au Bac le 16 avril 1917 n’ayant pas été un succès probant 14, la doctrine en matière d’emploi des blindés se limite très rapidement à l’accompagnement d’infanterie. En dépit des nombreux écrits d’officiers novateurs qui dès les années 1920, derrière le général Estienne, prônent un emploi autonome en masse des chars, ce souvenir va s’avérer dramatique vingt ans plus tard.

 

La France ne conçoit toujours l’emploi de ses chars qu’au rythme des formations d’infanterie qu’ils sont censés soutenir et ces chars, bientôt vieillissants, mettent un œuvre un armement d’une portée limitée à celle d’un compartiment de terrain battu par un bataillon d’infanterie. S’agissant de l’arme aérienne, la Grande Guerre voit l’apparition de la division aérienne (DAé), capable d’appuyer au sol les grandes unités qui y manœuvrent, mais également en mesure de conduire de façon autonome des actions de bombardement dans la profondeur.

 

Ce dilemme entre l’appui aérien direct des troupes au sol et les actions à caractère stratégique sur les arrières ennemis défendues par Douhet pollue le débat sur l’emploi de l’arme aérienne durant l’entre-deux guerres et se complique d’oppositions politiques à la suite de la création du ministère de l’Air : pour pérenniser la nouvelle armée de l’Air, il convient d’éviter tout ce qui pourrait ressembler à une subordination à l’armée de Terre et de privilégier ce que l’armée de l’Air seule peut faire…

 

L’armée de l’Air n’a finalement ni moyens adaptés, ni doctrine d’emploi cohérente en 1939. Enfin, la Grande Guerre est le premier conflit durant lequel les questions logistiques pèsent de tout leur poids. Si l’on peut en la matière distinguer la logistique de production (marquée par la constitution préalable à l’engagement de stocks) et celle de consommation (organisation des flux pendant la bataille visant à approvisionner la ressource ou évacuer personnels ou matériels), toutes deux se révèlent particulièrement contraignantes.

 

La première, qui ne relève pas du domaine tactique, constitue une véritable entrave à la conduite des opérations, notamment en matière d’artillerie. La seconde, au moins sur le front occidental, a pu être progressivement surmontée grâce un maillage toujours accru des infrastructures ferrées ou routières offertes par le confinement du théâtre des opérations dans le nord et le nord-est du territoire.

 

En revanche, sur le front d’Orient, si des flux maritimes aussi réguliers que possible à partir de la métropole permettent d’assurer la permanence des communications inter théâtres, celles-ci sont fortement pénalisées au niveau intra théâtre par la rareté des voies de communication, souvent de peu de capacité et endommagées ou détruites au cours des opérations.

 

Ayant eu à souffrir entre les deux guerres d’un magistère bleu horizon, contrepartie inévitable de la victoire et d’un rajeunissement important du haut commandement 15 en 1918, l’armée française doit également surmonter toutes les difficultés morales et psychologiques de la société dans son ensemble par rapport à la guerre, la crise des classes creuses et celle des finances publiques.

 

Malgré un tardif redressement dans une ultime phase, elle aborde donc le second conflit mondial avec une doctrine tactique qui n’est ni en phase avec les potentialités de son armement (chars et avions notamment), ni surtout cohérente par rapport à celle de l’ennemi : l’on a pu dire que si ce sont les Français qui ont inventé les chars, simultanément avec les Britanniques, ce sont les Allemands qui leur ont donné leur doctrine d’emploi avec la Blitzkrieg 16 : trinôme char avion et poste radio 17.

 

À force de se focaliser sur les effets du feu, la doctrine tactique française perd de vue l’avantage que procure la mobilité. Par les ambiguïtés qu’elle entretient sur ce plan, l’Instruction générale sur les grandes unités de 1936 est tout à fait significative. Avant de subir le plus grand désastre qu’elle ait connu depuis Azincourt, l’armée française a renoué entre les deux guerres avec la guerre irrégulière en Syrie et au Maroc qui avait vu la constitution des groupes mobiles.

 

La guerre du Rif au Maroc, donne lieu à un conflit doctrinal entre les deux maréchaux Lyautey et Pétain : fidèle à son principe de pacification par « tache d’huile » en ralliant peu à peu la population, qui permet à la fois de se satisfaire d’effectifs limités et de garantir leur sécurité, Lyautey entend ne pas y déroger pour réduire l’insurrection rifaine.

 

A contrario, le maréchal Pétain, dépêché sur place par le gouvernement du Cartel, préconise le recours aux modes d’action d’une guerre classique, sans se préoccuper des inévitables dégâts collatéraux, ce qui présuppose un accroissement considérable du volume des moyens militaires engagés. Le gouvernement retient cette dernière option : ce sera « l’armée des 100 000 hommes », « la massue pour écraser une mouche ». Cette « querelle » entre partisans de la seule option militaire et adeptes d’une solution de pacification plus large se retrouvera dans des termes proches, en Indochine et en Algérie après la Seconde guerre mondiale, et pour des raisons similaires (dont la faiblesse chronique des effectifs du corps expéditionnaire en Indochine par rapport aux besoins sur le terrain n’est pas la moindre). 

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9 Non sans quelque opposition. Les aphorismes de bon sens de Pétain (« Le feu tue ») ou ironique de Lanrezac (« Attaquons, attaquons… comme la lune ! ») sont connus.

10 On se reportera utilement, pour des comparaisons éclairantes, aux différents numéros de la Revue Militaire des Armées Étrangères, publication de l’état-major français qui analyse toutes les évolutions des principales armées voisines.

11 / 300 000 tués d’août à décembre 1914, mois le plus sanglant de toute la guerre.

12 Michel Goya, La chair et l’acier, Tallandier, Paris, 2004. 13 C’est la première fois que les sous-officiers subalternes, en recevant un commandement effectif sur le terrain, se voient chargés d’un rôle tactique.

14 Quoique le groupement du commandant Bossut soit parvenu à dépasser la troisième ligne allemande. Mais, son infanterie d’accompagnement, le 151eR.I., n’ayant pu suivre, il est contraint au repli au prix de pertes énormes.

15 En 1918, la moyenne d’âge des généraux commandant d’armées dépassait à peine 50 ans. Pétain sera vice-président du Conseil Supérieur de la Guerre jusqu’en 1931 et exercera ensuite un véritable pouvoir moral sur l’armée. Gouraud sera membre du CSG jusqu’à sa retraite en 1937 et Degoutte jusqu’en 1935 ! Debeney, major général des armées en 1918 commandera l’École de Guerre, puis le CHEM avant d’être chef d’état-major de l’armée jusqu’en 1930.

16 Sans entrer ici dans le débat suscité autour des thèses de Frieser, il est clair que l’armée française a besoin de temps pour achever sa modernisation et sa montée en puissance, alors que l’Allemagne doit vaincre rapidement.

17 Les généraux allemands disposent dans leurs véhicules de commandement des deux réseaux radio « Haut » et « Bas », alors que les Français restent fidèles aux liaisons filaires.

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Titre : HISTOIRE DE LA TACTIQUE, DE GUIBERT À NOS JOURS - Partie 4/6
Auteur(s) : Colonel Claude FRANC - CDEC / division Doctrine
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