Pensées mili-Terre
 
 
 
 
 
 
 




Numéro 28

mars 2020

 

 






 

 

UNSW Art & Design to develop technology for Australian Army

Army Technology, 20 janvier 2020

(source recoupée)

Bien qu’interessée par le modèle de la DARPA dans le domaine de la défense, la recherche australienne dispose d’un budget nettement inférieur : 730 millions de dollars d’ici à 2026, contre 2,9 milliards de dollars annuels pour la DARPA. À titre de comparaison, l’AID française reçoit 730 millions d’euros par an. Pour pallier la limitation de ses ressources, l’Australie s’appuie donc sur son secteur civil et singulièrement sur ses universités. Ainsi, un groupement de 14 d’entre elles s’est récemment vu confier un programme de recherche sur le soldat augmenté par le service Science and Technology du département de la Défense australien. Le projet, confié à cet Human Performance Research Network, sera doté d’un financement d’un demi-million de dollars et réunira des chercheurs en matière de robotique, informatique, physiologie mais aussi sciences cognitives et humaines. Les initiateurs du programme ambitionnent de développer dans les quatre ans à venir des outils technologiques d’optimisation des capacités cognitives, de résilience des troupes, de gestion du stress et d’aide à la décision. 

 

British Military Conducts First Tests of Elbit’s IronVision System

Israel Defense, 20 janvier 2020

(source recoupée)

Le programme Life Extension Project (LEP) du ministère de la Défense britannique (MoD) ambitionne de prolonger la durée de vie du char Challenger 2 jusqu’en 2035 en le modernisant. Cette modernisation serait permise, d’après la presse d’Outre-Manche, par une réduction d’un tiers de la composante chars en service, ramenée à 227 exemplaires en 2019. Ainsi, dans le cadre du projet Streetfighter, la nouvelle version du Challenger 2 sera optimisée pour le combat en zone urbaine par l’ajout du système de réalité augmentée IronVision, développé par l’entreprise israélienne Elbit Systems. L’intégration de cette technologie au Challenger 2 a fait l’objet d’une démonstration le 5 décembre dernier. Le système IronVision repose sur un réseau de caméras électro-optiques et infrarouges disposées à l’extérieur du véhicule blindé. Il transmet en temps réel au casque du chef de char, de jour comme de nuit, une vue à 360° de l’environnement dans lequel évolue le Challenger 2. L’appréciation de la situation par l’équipage embarqué et la létalité du char s’en trouvent améliorées, de même que la coopération infanterie-char grâce au partage du flux vidéo de l’IronVision avec les fantassins qu’il accompagne. 

 

“Russia Developing Two New Unmanned Tanks”

iHLS, 22 janvier 2020

(source recoupée)

Le ministère de la Défense russe a repris à son compte le développement de drones terrestres mis au point par les industriels russes (cf. Éclaireur 26). Il a dévoilé deux modèles blindés de combat, qui seraient semi-autonomes. Le premier char, baptisé Shturm (Tempête), est conçu par l’entreprise Uralvagonozavod. Il serait construit sur le châssis du T-72 russe et disposerait d’un canon de 125 mm. Son armement secondaire comporterait des mitrailleuses, des missiles antichars et un canon de 57 mm. Ayant vocation à s’emparer de points d’appui fortifiés, le Shturm pourrait aussi protéger les formations de combattants ou de drones en combat urbain. Le second char sans équipage, dénommé Soratnik (Allié), est élaboré par Kalashnikov. Plus léger, il serait doté de missiles antichars, de lance-grenades et de mitrailleuses lourdes. Le Soratnik est destiné aux opérations combinant forces terrestres et drones. S’affirmant soucieuse de limiter les menaces pesant sur la sécurité rapprochée de ses soldats, la Russie chercherait à utiliser davantage les technologies autonomes sur le champ de bataille.

 

Artillery seeks robot ammo haulers

Breaking Defense, 27 janvier 2020

(source recoupée)

L’armée américaine assume de plus en plus la densité du feu au combat et accepte de voir son artillerie recourir davantage au tir de saturation. L’U.S. Army ambitionne ainsi de multiplier par deux la cadence de tir de ses M109 Paladin. Pour ce faire, elle a sollicité l’expertise de six industriels afin de mettre au point un panel de mécanismes autonomes permettant d’accélérer chacune des cinq phases de rechargement du Paladin, limitant ainsi la manutention des obus.

 

Rheinmetall to supply laser duel simulators for Puma infantry fighting vehicles” 

ArmyRecognition, 03 février 2020

(source recoupée)

Rheinmetall a décroché un contrat de 142 millions d’euros afin d’équiper très prochainement les unités d’infanterie mécanisée de la Bundeswehr d’un nouveau système de simulation. En exercice, cette technologie équipera les véhicules de combat Puma de capteurs lasers et reproduira virtuellement, pour l‘équipage, l’ensemble des effets de leurs systèmes de combat, y compris les effets visuels. Pour ce faire, Rheinmetall a dû développer un système de calcul balistique très précis pour l’ensemble des systèmes d’armes offensifs et défensifs du Puma.

 

“Army Adding New Arms Stockpile In Europe: Gen. Perna”

Breaking Defense, 04 février 2020

(source unique)

Dans le cadre du wargame Defender 2020 organisé par l’OTAN en mai prochain, l’U.S. Army a décidé d’accroître le volume de ses équipements prépositionnés en Europe centrale et orientale. Les États-Unis font parvenir des stocks d’équipements (nommés APS - Army Prepositioned Stocks), allant du char M1 aux simples fournitures médicales. Ces stocks sont destinés à équiper un éventuel renfort de troupes américaines en cas de crise majeure, tout en continuant d’être entretenus et rétrofités aux derniers standards. Selon les officiers américains en charge du plan, les APS ne sont pas seulement une précaution pratique mais une véritable mesure de dissuasion stratégique contre des ennemis potentiels. 

 

IAI secures new partnership deal in India

Jane’s, 05 février 2020

(source recoupée)


Le 5 février dernier, Israel Aerospace Industries (IAI) a signé un accord avec les sociétés de défense indiennes Dynamatic Technologies et India’s Hindustan Aeronautics à l’occasion de la DefExpo qui se tenait à Lucknow en Inde. Le contrat comprend notamment un projet de développement et de construction conjoint de drones aériens ainsi que la promotion de l’industrie de drones indienne. L’armée israélienne dispose à ce jour d’une longue expérience dans la construction et dans l’usage de drones armés avec notamment le MALE Heron 1 et le Heron TP (Eitan). À ce partage de technologies s’ajoute un accord de maintenance, de réparation et de révision des drones. Pour rappel, l’Inde fait régulièrement face à des tensions sur sa frontière avec ses voisins pakistanais et chinois : un drone indien s’est ainsi écrasé derrière la frontière himalayenne fin 2017 et un drone pakistanais a été abattu par l’Inde en mars 2019.

 

“Australia to acquire Spike LR2 missile system to meet long-range direct fire support capability requirement”

Jane’s, 05 février 2020

(source recoupée)


Le ministère de la Défense australien a annoncé en janvier dernier l’acquisition du système de missiles Rafael Advanced Defense Systems Spike LR2. Le Spike LR2 est une arme d’appui à tir direct longue portée de fabrication israélienne, dotée d’une meilleure précision par rapport aux versions précédentes SR et MR. Armement sol-sol ou bien air-sol (opérable à bord d’un hélicoptère), le Spike LR2 est un missile de type « tire et oublie » muni d’un capteur à guidage thermique, apte à cibler les menaces blindées. Ce missile permettrait aux soldats australiens d’engager des cibles plus rapidement et à une distance d’environ 5,5 km au sol et 10 km en vol. L’armée de Terre australienne prévoit notamment de l’intégrer au véhicule blindé multirôle Boxer dans le cadre de la 2ème phase de son projet Land 400. 

 

 

“DJI drones to cover a square mile in disinfectant to stop coronavirus”

South China Morning Post, 10 février 2020

(source recoupée)

En Chine, les autorités utilisent les drones des sociétés chinoises DJI et XAG pour lutter contre la propagation du coronavirus COVID-19. Des essaims de drones propagent ainsi du désinfectant dans les rues, d’autres contribuent à la dispersion de rassemblements publics, à l'émission d’avertissements sur des haut-parleurs ou à la recherche d’habitants ne portant pas de masque. À Wuhan, l'épicentre de l'épidémie, les ouvriers les ont utilisés de nuit pour fournir de l’éclairage pendant la construction d’un nouvel hôpital. Les drones employés à cet effet seraient capables de couvrir jusqu'à 6 000 mètres carrés de terrain et de tenir 10 heures de service avec une seule charge. Enfin, dans la province de Jiangxi, certains drones ont été équipés de caméras thermiques afin de prendre la température d'habitants sur leur balcon, évitant ainsi les contacts humains directs. L’utilisation massive de drones dans la lutte contre le coronavirus confirme leur potentiel militaire, notamment en contexte NRBC.

 

“Successful Testing of Israeli Laser C-UAS System”

iHLS, 12 février 2020

(source recoupée)

L’entreprise de défense israélienne Rafael a testé avec succès son système d’arme laser Drone Dome. Monté sur un véhicule tout-terrain, il fonctionne selon la méthode du hard kill : après avoir détecté et identifié de petits drones aériens hostiles, il les neutralise en les brûlant grâce à son faisceau laser. Opérable par une seule personne, le Drone Dome peut frapper une cible effectuant une manœuvre. Un enregistrement montre ainsi le système d’arme laser abattre un drone aérien solitaire avant de détruire un essaim de trois drones. Il est très différent du premier Drone Dome dévoilé par Rafael en 2016 : privilégiant le soft kill, celui-ci utilisait les brouilleurs de fréquences pour forcer les drones ennemis à atterrir. Pleinement opérationnel, l’actuel système laser Drone Dome ajoute une quatrième « couche de sécurité » à la défense aérienne israélienne. Il est notamment destiné à la protection des installations militaires et des zones frontalières.

 

“Russia’s Ground Forces Introduce Mobile Counter-UAV Units”

The Jamestown Foundation, 12 février 2020

(source unique)

Après des essais fructueux menés à l’automne 2019 dans le cadre de l’exercice militaire Combat Commonwealth, des unités dédiées à la lutte contre les drones aériens ont été intégrées aux forces terrestres russes. Elles ont été créées en réponse à la place grandissante des drones dans les conflits modernes. Ces unités sont composées d’officiers et de personnels contractuels ayant suivi un entraînement spécialisé. Postées dans les districts militaires Est et Sud, où elles sont affectées à la protection des bases militaires, elles ont vocation à être utilisées dans les cinq districts militaires. Ces unités pourraient aussi être déployées en opérations pour couvrir les forces terrestres. Leur emploi tactique combine radar et guerre électronique : le drone ennemi est repéré et localisé grâce à un radar de petite taille, avant que son système de navigation ne soit brouillé par des interférences électroniques. À terme, les « chasseurs de drones » devraient être dotés de moyens plus directs de neutralisation selon la méthode du hard kill. La création de ces unités participe d’un effort plus large d’amélioration des capacités de défense aérienne et de protection de la force.

 

“Army Kills APKWS Rockets & Mystery Missile, MIRM”

Breaking Defense, 13 février 2020

(source unique)

L’U.S. Army souhaite réduire le budget alloué aux modernisations capacitaires, en commençant par celles de son système de guidage de roquettes pour hélicoptères et du véhicule blindé de combat d’infanterie M2 Bradley. Ces réductions, évaluées respectivement à 122 et 222 millions de dollars, s’inscrivent dans un plan global de coupes budgétaires. Estimées à environ 1,13 milliard de dollars, elles concernent de nombreux projets d’envergure de l’U.S. Army. Parmi les autres réductions prévues : 201 millions de dollars pour le véhicule tactique léger interarmées et l’annulation complète des programmes de développement des missiles Mobile Medium Range Missile (MIRM) et Advanced Precision Kill Weapon System (APKWS). La baisse des dépenses de modernisation spécifiques à l’artillerie s’élève à 427 millions de dollars. D’autres coupes drastiques sont prévues pour les programmes de modernisation du système de missiles tactiques Army Tactical Missile System (ATacMS) de Lockheed Martin, des mines terrestres Close Terrain Shaping Obstacle (CTSO) ainsi que les programmes liés à la lutte contre-insurrectionnelle. Au total, l’état-major de l’U.S. Army aurait annulé pas moins de 41 programmes d’acquisition et réduit les dépenses de 39 autres.

 

 

 

« Livraison des nouvelles jumelles de vision nocturne O-NYX à l’armée de Terre »

Ministère des Armées, 30 janvier 2020

(source unique)

Les premières jumelles de vision nocturne (JVN) O-NYX ont été livrées au 21ème Régiment d’infanterie de marine (21ème RIMa) basé à Fréjus. Ayant vocation à remplacer les jumelles Lucie, les JVN O-NYX, mises au point par Thales, bénéficient d’une meilleure résolution et d’un champ de vision plus large de 51° (contre 40° auparavant). Plus légères, elles améliorent la perception de l’environnement et la mobilité du combattant. Leur autonomie peut atteindre 40 heures. Sur les 3 519 JVN O-NYX commandées par la Direction générale de l’armement (DGA), 3 179 doivent être fournies à l’armée de Terre d’ici la fin de l’année. Le reste de la commande sera livré en 2021 et plusieurs milliers d’exemplaires supplémentaires devraient être fournis d’ici à 2025.

 

« Lancement des premiers développements militaires de l’hélicoptère Guépard »

Ministère des Armées, 07 février 2020

(source unique)

Le marché de pré-développement du futur hélicoptère interarmées léger (HIL) Guépard a été notifié à Airbus Helicopters et Safran Helicopters Engines le 30 décembre 2019 par la DGA. Le Guépard, dont la maquette a été dévoilée au salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris-Le Bourget en juin 2019, est une version militarisée de l’hélicoptère H 160 d’Airbus Helicopters. Il réalisera, dans un cadre national ou interallié, des missions de reconnaissance armée, d’appui feu, d’infiltration de forces spéciales et d’évacuation sanitaire pour les forces aéroterrestres. Le Guépard équipera les trois armées afin d’optimiser l’organisation du soutien, se substituant par exemple aux Gazelle de l’armée de Terre. Les premières livraisons auront lieu en 2026, conformément à l’accélération du planning initial voulue par la ministre Florence Parly en mai 2019.

Disponibilité : 2026

 

« L’innovation numérique pour simplifier la vie du soldat » 

Ministère des Armées, 07 février 2020

(source unique)

Le pôle numérique et coordination de l’innovation (PNI) de l’EMAT a présenté en ce début d’année trois innovations numériques majeures pour l’armée de Terre. Premièrement, le Plug & Play Positioning and Timing system (P3TS), qui permettra de remplacer à bas coût le Defense Advanced GPS Receiver (DAGR) à l’entraînement ou qui équipera les véhicules non-équipés de moyens de navigation. Deuxièmement, la tablette Intradef du cadre (TIC) garantira aux chefs tactiques l’accès à la messagerie Intradef et aux informations RH des subordonnés ainsi qu’au livre d’instruction virtuel. 4 300 exemplaires devraient être livrés à tous les régiments d’ici fin 2020. Enfin, le duo DEDAL et ICAR (systèmes dédiés au recueil des données sur les matériels terrestres) permettra aux maintenanciers de bénéficier de la continuité numérique des processus de maintenance au plus près de l’action. Intégré au sein du système d’information de la maintenance de l’armée de Terre (SIMAT) de la SIMMT, le déploiement d’ICAR se terminera fin 2020. DEDAL sera quant à lui mis en service progressivement d’ici 2022.

 

 

 

 

European Defense: Challenges ahead

Frédéric Mauro, chercheur associé à l’IRIS, 27 janvier 2020

Dans cette tribune de l’IRIS, Frédéric Mauro, avocat aux barreaux de Paris et Bruxelles et spécialiste des questions de défense européenne, revient sur les différentes initiatives que prend aujourd’hui l’Europe en matière de défense. Au cours des deux dernières décennies, l’Union européenne a vu se succéder plusieurs projets de défense commune. Le dernier en date est la proposition, portée par le président français, de créer une « armée européenne ». L’auteur constate cependant qu’une défense « de l’Europe, par l’Europe et pour l’Europe » n’existe pas en tant que telle. Pour répondre à cette exigence, M. Mauro fait état des défis qui incombent aujourd’hui à l’Union européenne. Selon lui, il est nécessaire de passer des déclarations aux actes avec le renforcement d’outils comme la coopération structurée permanente (CSP) et le Fonds européen de la défense. Les pays européens doivent évoluer vers plus d’intégration, en ne comptant non plus seulement sur des accords bilatéraux (Traités de Londres, MGCS, SCAF, « capacité motorisée » franco-belge, etc.) mais sur un réel cadre décisionnel commun. Ce dernier pourrait prendre la forme d’une nouvelle institution créée, soit dans le cadre des traités ou bien hors du cadre de l’Union sur le modèle de l’Eurogroupe, voire d’un conseil de sécurité européen ad hoc fondé sur le vote à la majorité qualifiée.

 

 

« Stratégie quantique : un virage technologique crucial »

Interview de M. Emmanuel Chiva, directeur de l’AID, France 24, 29 janvier 2020

Les ministres des Armées, de l'Économie, de la Recherche et du Numérique ont récemment annoncé leur volonté de faire front commun pour le développement d’une véritable stratégie quantique française. Le 29 janvier dernier, Emmanuel Chiva, directeur de l’AID, était l’invité de la chaîne France 24 pour évoquer le virage technologique que constitue cet intérêt pour le quantique. Véritable game changer selon M. Chiva, le monde quantique est source de nombreuses innovations pour le civil et la Défense, notamment dans les domaines de l’informatique (accroissement de la vitesse de calcul) et de la cryptographie (amélioration de la fiabilité du codage des données). Dès cette année, le ministère lancera au profit de la Défense un appel à projets de recherche sur les capteurs quantiques. Pour l’année 2021, les Armées ont pour ambition de créer un modèle d’algorithme quantique adaptable aux composants électroniques actuels. Plusieurs industriels, dont Thales et Atos, se seraient positionnés sur ces projets. Le directeur de l’AID a également rappelé l’ambition du gouvernement de rassembler tous les acteurs civils et militaires autour d’une véritable BITD (base industrielle et technologique de défense) des innovations quantiques, regroupant les grands champions de l’industrie, des PME et des startups en pointe sur le sujet. Enfin, il a rappelé qu’une coopération européenne sur certains projets est possible, les États européens ayant récemment pris conscience des opportunités offertes par l’informatique quantique. 

 

Enhancing Stability Operations in Under-governed Regions

DARPA, 29 janvier 2020

La DARPA a lancé un nouveau programme baptisé Habitus. Inspiré de la sociologie de Pierre Bourdieu, il vise à aider l’armée américaine à mieux appréhender la connaissance de l’environnement humain des opérations (EHO) en donnant des clés de compréhension socio-économiques, politiques, religieuses et sanitaires aux officiers en opérations. Les forces américaines opérant dans des théâtres d’opérations étrangers sont en effet régulièrement confrontées à des pratiques culturelles et sociétales opaques dont la méconnaissance peut entraîner la prise de mauvaises décisions. Le programme Habitus entend ainsi utiliser les big data pour définir les modèles cognitifs locaux les plus importants d’une zone géographique donnée. Ces modèles doivent pouvoir s’adapter et évoluer en fonction des changements et aider à concevoir à chaque fois des mécanismes d’engagement spécifiques. Le support sur lequel reposera ce projet n’a pas été révélé, mais l’initiateur du programme, Bart Russell, veut s’inspirer de systèmes déjà existants dans le civil, comme l’application Afriscout. Celle-ci permet aux agriculteurs africains de voir l’état actuel des pâturages ou des points d’eau impactés par les changements climatiques.

 

 

« Têtes chercheuses : les voies de l’innovation militaire »

Olivier Schmidt, IRSEM, Podcast le Collimateur, 31 janvier 2020

Olivier Schmidt, directeur du centre des war studies de l’université du Sud-Danemark, commente nos perceptions des processus déterminant l’innovation dans les Armées. L’innovation militaire remplit un certain nombre de critères, ce qui rend sa dynamique difficilement appréhendable, selon que l’on insiste sur les changements doctrinaux, culturels, ou proprement technologiques. Une confusion redoublée par l’entremêlement des logiques d’incitation à l’innovation : intérêts militaires et intérêts civils, inerties institutionnelles, controverses internes, expériences opérationnelles vécues. En somme, il faut se demander si ces différentes interactions nous prédisposent ou non au changement : nos paradigmes paraissent en fin de compte être l'élément déterminant l’accueil que nous réservons à l’originalité.

 

 

War with robots: how battle bots will define the future of ground combat

Todd South, Army Times, 13 février 2020

L’U.S. Army a vu se multiplier ces dernières années des projets de développement de drones en appui aux combattants débarqués. De taille variable, ces robots vont des nano-drones aux véhicules terrestres autonomes de nouvelle génération. Bien que les combattants aient surtout bénéficié de drones aériens comme le Black Hornet (déployé pour la première fois en Afghanistan), ce sont aujourd’hui les drones terrestres qui attirent l’attention de l’état-major américain, ainsi que les opportunités offertes par l’intelligence artificielle pour leur autonomisation. L’U.S. Army avait d’ailleurs créé en 2018 le Robotics Center of Innovation de Fort Benning en Géorgie. Toutefois, les différents programmes n’ont pas tous été couronnés de succès, comme en témoigne l’abandon du programme de remplacement du Bradley (cf. Éclaireur 27). Par ailleurs, ces programmes ne sont pas spécifiquement tournés vers la guerre urbaine, alors qu’elle constitue un théâtre essentiel à appréhender selon certains officiers américains du Urban Warfare Studies of Modern War Institute de West Point. Enfin, malgré tous les avantages que les robots et l’intelligence artificielle embarquée peuvent apporter au soldat, les experts s’accordent à dire qu’il est sûrement dangereux de trop compter sur ces systèmes encore non-éprouvés et la source de vulnérabilités, notamment en termes de dépendance technologique. 

 

 

 

« Le bazooka »

CDEC, Pôle Études et Prospective

Un instrument de musique en cuivre, c’est là ce que désignait à l’origine le terme anglo-américain de « bazooka ». Il a ensuite été utilisé pour renvoyer au lance-roquettes construit par l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, dont la ressemblance avec le trombone mis au point par le musicien et comédien Bob Burns dans les années 1930 était frappante. Première arme antichar portable par un seul fantassin, le bazooka aurait joué un rôle décisif dans la Seconde guerre mondiale, d’après le général Dwight D. Eisenhower. Les 5 000 exemplaires du lance-roquettes de courte portée M1 fabriqués à l’été 1942 n’étaient pourtant pas sans défauts. Leur précision et leur puissance limitées sur les champs de bataille d’Afrique du Nord, notamment contre les chars Panzer et Tiger, causèrent l’interruption de leur distribution dès mai 1943. En revanche, le bazooka M9, élaboré en 1944 et produit à 477 000 exemplaires, équipa massivement les soldats alliés : d’un poids de 6,5 kg et d’un calibre de 60 mm, il disposait d’une portée de 110 m. Le lance-roquettes M20 d’un calibre de 89 mm fit ensuite son apparition lors de la guerre de Corée. Peu coûteux, ce type d’arme antichars a intégré l’arsenal de nombreux pays.

 

 

                

 

L’Éclaireur est une veille orientée vers des sujets d’intérêt pour les études prospectives sur les opérations aéroterrestres, actuellement conduites par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC).

Ce document est uniquement réalisé à partir de sources non classifiées. Il a vocation à permettre un rapide tour d’horizon bimensuel des informations diffusées dans les média et susceptibles d’intéresser le monde de la défense. Les brèves rassemblées se limitent à des synthèses brutes des documents analysés et recoupés à chaque fois que possible par des entretiens conduits par ses rédacteurs. Il revient donc à chaque lecteur de contextualiser ces informations, notamment lorsqu’elles ont pour origine des sources étrangères officielles, en fonction de l’usage qu’il souhaite en faire et de la nature des conclusions qu’il lui appartient d’en tirer.