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L’utilisation des drones dans les domaines de la logistique: un potentiel à exploiter…

Cahiers de la pensée mili-Terre
Sciences & technologies

(c) ECPAD
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Les drones sont utilisés au sein des armées avec succès depuis les années 60. L’armée de Terre a engagé différents systèmes d’armes de cette nature en opérations extérieures, notamment en Afghanistan. Leur utilisation est actuellement testée dans le domaine de la logistique pour lequel ils ouvrent d’intéressantes perspectives.

 


L’utilisation massive des drones par l’armée américaine lors des conflits en Irak et en Afghanistan a démontré toute l’importance prise par ce système d’armes depuis le début des années 2000. D’abord cantonné à des missions de reconnaissance et de renseignement, le drone est aujourd’hui capable de détruire un objectif. La France possède, elle aussi, ses propres systèmes de drones: SDTI[1] et DRAC[2] pour l’armée de Terre, SIDM[3] et REAPER[4] pour l’armée de l’Air. Ces vecteurs demeurent strictement non armés. Leur valeur a été particulièrement mise en lumière lors de l’engagement en Afghanistan à la suite de l’embuscade d’Uzbeen. Ils y ont rempli des missions de renseignement, de reconnaissance et d’appui au profit des troupes engagées, leur apportant une aide considérable et une présence rassurante[5]. Ils sont à présent engagés au sein de l’opération Barkhane. Si les drones remplissent aujourd’hui leur rôle au sein des armées, leur emploi dans le domaine civil connaît un développement quasi exponentiel dans de nombreux domaines, dont celui de la logistique. Il apparaît ainsi pertinent d’étudier quelle plus-value pourrait apporter l’emploi des drones à la logistique de l’armée de Terre.

 

Les travaux en cours sur l’utilisation des drones dans la logistique, tant dans le milieu civil qu’au sein de plusieurs forces armées étrangères, permettent d’affirmer que l’armée de Terre française pourrait tirer d’importants avantages du développement et de l’utilisation de systèmes de drones pour sa logistique, au prix de seulement quelques adaptations, compte tenu de l’expérience déjà acquise dans leur mise en œuvre.

 

De nombreux travaux sont en cours

 

  • Dans le milieu civil

Les entreprises privées, notamment celles de transport, étudient avec intérêt l’utilisation des drones pour la livraison de leurs produits. Amazon et Google ont fait part de leur intention de mettre en œuvre ce type de service. DHL est déjà passé à la pratique[6]. La Poste et sa filiale GeoPost ont expérimenté la livraison par drone[7]. Un premier essai a eu lieu en septembre 2014 sur le site du Centre d’études et d’essais pour modèles autonomes (CEEMA) dans le Var, seule zone d’exclusion aérienne en France habilitée par la DGAC à faire voler ces appareils téléguidés. Le test a permis de valider, dans des conditions météorologiques favorables, le transport par drone d’un colis de deux kilos sur une distance de 1.200 m. Le CEEMA a développé un engin doté de six rotors électriques capable de transporter de façon autonome dans un rayon de 20 km des colis de grande taille (40 cm x 30 cm x 20 cm) pouvant peser jusqu’à quatre kilos.

 

  • Dans l’armée américaine

L’US Marine Corps et l’US Navy envisagent d’utiliser des drones de transport, comme le K-MAX UAS conçu par Lockheed-Martin et Kaman. Cet appareil, qui a fait l’objet d’un contrat de 45,8 millions de dollars, a été développé sur la base de l’hélicoptère K-Max, conçu par Kaman pour transporter des charges sous élingue. Programmé avant le vol avec les données du point à atteindre, de vitesse et d’altitude, il est capable de transporter 2,7 tonnes de matériel avec un plafond de 15.000 pieds (4.500 m) et un rayon d’action de 556 km, maxima liés à la nature de la charge emportée. Un opérateur au sol en prend le contrôle au moment de la livraison. Détail qui a son importance en ces temps de rigueur budgétaire, l’heure de vol ne coûte que 1.100 dollars (environ 1.000 euros). Le K-Max, qui vole de manière autonome depuis 2007, a effectué une campagne d’évaluation qui a dépassé les attentes et a conduit l’armée américaine à en déployer deux exemplaires en Afghanistan[8].

 

D’autres projets du même ordre sont à l’étude ou connaissent déjà des applications. Ainsi, le Fire Scout, un drone hélicoptère de reconnaissance conçu par Northrop Grumman pour la marine américaine, peut également transporter du matériel: doté de capacités inférieures à celles du K-Max, il est surtout utilisé pour livrer en urgence des marchandises.

 

De son côté, l’US Air Force travaille aussi sur un appareil de ce type. Enfin, en février 2010, le constructeur Sikorsky a annoncé avoir mobilisé un milliard de dollars pour transformer son Black Hawk en drone.

 

L’armée de Terre pourrait tirer d’importants avantages de leur utilisation

 

  • Dans le domaine de l’acheminement

L’utilisation de drones pour la livraison des vivres, des munitions et des pièces détachées permettrait à l’arme du train de s’affranchir des problèmes liés à la praticabilité des routes et d’appliquer le principe de juste besoin en assurant un renouvellement aisé du ravitaillement. Les convois de ravitaillement, qui constituent des cibles relativement faciles à atteindre, pourraient ainsi être réduits en nombre.

 

  • Dans le domaine de la maintenance

L’utilisation des drones permettrait de préserver le potentiel des vecteurs logistiques et de limiter ainsi les opérations de maintenance préventive. Les véhicules, moins utilisés, seraient moins souvent en panne et la disponibilité opérationnelle s’en verrait grandement améliorée. En effectuant par drone la livraison de pièces de rechanges sur la zone où un véhicule est en panne, les unités opérationnelles retrouveraient rapidement leurs capacités de combat. L’utilisation du drone est également envisageable pour automatiser les opérations d’inventaire dans les magasins d’approvisionnement (un drone inventoriste est actuellement en cours de développement pour le monde de l’entreprise).

 

  • Dans le domaine médical

L’utilisation de drones permettrait l’évacuation rapide des blessés vers l’arrière sans risquer l’équipage d’un hélicoptère. Elle permettrait également la livraison de médicaments et de sang dans des délais très courts auprès des victimes. Elle permettrait enfin aux troupes d’obtenir une assistance médicale à distance, via des équipements installés dans le drone.

 

  • Un obstacle reste cependant à surmonter

Aujourd’hui, la cohabitation des drones et des autres engins pilotés est très contrainte. La réglementation française relative à l'insertion et la gestion des drones dans l'espace aérien a fait l’objet de deux arrêtés ministériels en date du 17 décembre 2015[9]. Dans les faits, pour la classe d’activité correspondant aux utilisations logistiques généralement considérées dans cet article, un espace spécifique doit être dévolu, garantissant une séparation totale (dans le temps ou dans l'espace) avec les autres circulations aériennes. Cela est dû au fait que la règle «voir et éviter» ne peut pas être mise en œuvre. Le défi est donc aujourd’hui de développer un système embarqué de taille appropriée avec un poids et une consommation d’énergie compatibles avec les drones. Des recherches sont en cours, notamment en Australie. Les chercheurs de l’université du Queensland ont, en effet, développé et testé au début de l’an dernier un système embarqué de détection d’autres appareil en vol pour les mini-drones[10].

 

Une mise en place qui ne demande que quelques adaptations

  • La formation

Les structures de formation existent déjà:

  • le Centre de formation délégué au 61ème régiment d’artillerie de Chaumont assure la formation du personnel mettant en œuvre les drones;
  • l’École supérieure et d’application du matériel (ESAM) assure la formation des maintenanciers.

 

  • La maintenance

La structure intégrée de maintien en condition opérationnelle des matériels aéronautiques de la défense (SIMMAD) assure la maîtrise d’ouvrage déléguée et est en charge de la politique de soutien de ces matériels. Le commandement de l’aviation légère de l’armée de Terre assure quant à lui la maîtrise d’œuvre et conduit la maintenance des matériels dont il a la responsabilité.

 

Deux cas sont possibles:

  • une maintenance effectuée par l’industriel: les sous-ensembles en panne sont démontés et envoyés à l’entreprise pour réparation et fourniture d’un sous-ensemble en état de fonctionnement pour réparer le drone ? c’est actuellement le cas pour le DRAC;
  • une maintenance assurée par l’institution, de type SDTI, avec un NTI1 et un NTI2.

 

  • L’exploitation

La mise en place de drones au sein de la logistique peut être envisagée de deux façons:

  • un détachement drone par régiment logistique avec personnel et matériel: cette solution est coûteuse en termes de personnel et de matériel, mais permet une plus grande flexibilité pour les relèves OPEX et le soutien réel;
  • un détachement spécialisé aux ordres de la brigade logistique ou du commandement de la maintenance des forces: cette solution a un coût humain et matériel plus avantageux, mais ne permettrait que difficilement d’honorer le contrat opérationnel.

 

En OPEX, le détachement drone serait aux ordres du bataillon de commandement et de soutien, unité qui assure l’ensemble des prestations logistiques d’une opération.

 

En conclusion

 

Si le drone, dans ses missions initiales de renseignement et d’appui aux troupes au sol, a connu un développement phénoménal, son utilisation pour les tâches logistiques fait son chemin. Elle fait actuellement l’objet d’importantes recherches, tant dans le milieu civil que dans les armées, et son futur paraît prometteur. Elle permettra non seulement une économie des coûts et des moyens, mais également, une plus grande rapidité d’acheminement et une réactivité plus importante, autant d’avantages qui pourraient séduire l’armée de Terre qui peut s’appuyer sur son expérience ainsi que sur les structures et l’organisation d’ores et déjà en place au profit des drones tactiques.

 

Certaines entreprises françaises telles que La Poste ou Hardis Group sont très en avance dans ce domaine et sur ces matériels: ce serait l’occasion d’échanger

 

[1] SDTI: système de drone tactique intérimaire

[2] DRAC: drone de reconnaissance au contact

[3] SIDM: système intérimaire de drone male

[4] REAPER: en anglais «la faucheuse» ou Predator-B

[5] «Le rôle des drones dans les armées», rapport d’information du Sénat

[6] «DHL inaugure le premier service régulier de livraisons par drones», par Erwan Lecomte pour Sciences et avenir.

[7] «GeoPost: projet de drone», Groupe La Poste service de presse

[8] «Le drone de transport K-Max donne satisfaction en Afghanistan», par Laurent Lagneau pour www.opex360.com

[9] Arrêté du 17 décembre 2015 relatif à la conception des aéronefs civils qui circulent sans personne à bord, aux conditions de leur emploi et aux capacités requises des personnes qui les utilisent.

[10] «Sécurité: “Voir et éviter” testé sur un drone », dronologue.fr

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Titre : L’utilisation des drones dans les domaines de la logistique: un potentiel à exploiter…
Auteur(s) : Commandant Yann PANAGET
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