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La transformation de la guerre

cahier de la pensée mili-Terre
Histoire & stratégie
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L’auteur Martin Van Creveld est historien militaire et étudie la guerre en tant que comportement social. Il enseigne à l’université hébraïque de Jérusalem.

Considéré comme le promoteur de la réflexion sur la mutation militaire depuis une vingtaine d’année, il est l’auteur notamment de Supply and War (1977), Command and War (1985)[1], Technology and War (1988) ou Les femmes et la guerre[2].

Critique de Clausewitz, Martin Van Creveld est un adepte de l’école dite "du chaos"[3]. Selon lui, les guerres terroristes, mafieuses et civiles deviennent la forme normale du conflit violent et elles ont toutes les chances de se généraliser. C’est ce qu’il prétend démonter dans The transfomation of War rédigé avant la fin de la bipolarité mais paru en France en 1998 sous le titre La transformation de la guerre.

 

[1] Analyse de l’histoire du commandement à travers les âges comme une course sans fin entre le besoin croissant d’information et la capacité des systèmes de commandement à y répondre.

[2] Thèse selon laquelle c'est le déclin de l'organisation militaire qui a entraîné le recrutement des femmes. Ce recrutement accélère le déclin des armées. L’auteur relativise le progrès que constitue l'accession des femmes à la chose militaire et démontre que, là où se joue la guerre, les hommes ont toujours le monopole de la violence puisque ce sont eux qui paient ce que Clausewitz appelait «le tribut de la guerre» et qui «commettent» ce que Tolstoï nomme « l'acte de tuer ».

[3] Théorie du Chaos: la fin de la bipolarité va consacrer une théorie selon laquelle le maître à penser en stratégie ne sera plus Clauzewitz mais Sunzi. De fait, l'ennemi devenant indistinct et ses comportements aléatoires, il ne s’agit plus de livrer des batailles décisives et de détruire l’adversaire mais de gérer des crises et de vaincre sans combat. Cette thèse est aussi défendue par John Keegan, A History of Warfare, (Londres 1993).


En étudiant précisément et avec beaucoup d’érudition toutes les formes de guerres depuis les sociétés tribales de la préhistoire jusqu’à aujourd’hui, Martin Van Creveld théorise la guerre asymétrique qui émerge depuis 1945. Il stigmatise l'inadaptation des anciennes conceptions des pays occidentaux aux réalités nouvelles de la guerre. Il poursuit deux axes de réflexion relativement critique de la pensée clauzwitzienne :

- la guerre décrite par Clausewitz dans Vom Kriege est une guerre entre Etats-nations. Or, aujourd’hui, la guerre à grande échelle inter étatique et conventionnelle est presque obsolète. Elle va être remplacée progressivement par des formes de conflits engageant des organisations politiques nouvelles et par des conflits de basse intensité ethniques ou religieux ;

-dès lors, les civilisations occidentales, aveuglées par l’influence considérable de Clausewitz, n’ont jamais compris la nature même de la guerre. La volonté de se battre de la majorité des combattants n’est pas une continuation de la politique mais est plutôt un phénomène en soi : l’homme combattrait par simple désir de risquer sa vie.

 

La guerre inter étatique est désormais obsolète

La force militaire moderne relève largement du mythe et les conceptions de la guerre sont parvenues à un point mort.

En effet, en examinant attentivement l’histoire des conflits armés, le monde a été dominé par les conflits de basse intensité alors que la guerre totale définie par Clausewitz ne concerne qu’une période de l’histoire somme toute assez réduite qui s‘étend du traité de Westphalie en 1648 jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

De fait, les guerres conventionnelles semblent s’éteindre d’elles-mêmes car l’équilibre des forces entre les deux grandes puissances (ou aujourd’hui le déséquilibre entre la puissance des Etats Unis et le reste du monde) ainsi que la menace nucléaire dissuadent depuis 1945 de toute forme d’affrontement direct.

En outre, la guerre conventionnelle a été progressivement codifiée par la communauté internationale (protection des prisonniers, distinction entre combattants et les non-combattants, limitation des armes et instauration de conventions internationales) car la guerre est violente, brutale et totale. Ainsi, les différents Etats ont volontairement limité la guerre. Désormais, seuls des combattants ne se revendiquant pas d’une entité étatique peuvent mener une guerre totale, eux n’étant pas tenus de respecter ces règles.

Enfin, selon Clauzewitz, toutes les guerres mettent en jeu trois entités : l’Etat, l’armée et la population. De fait, c’est un Etat qui déclare la guerre et c’est l’armée (permanente) qui fait la guerre au nom de l’Etat. La population, quant à elle, reste à l’écart de la guerre et se soumet au vainqueur. Or, une analyse de l’histoire montre que, hormis la période étudiée par Clausewitz dans Vom Kriege, l’enjeu des conflits armés a toujours été la population. C’est surtout vrai pour les conflits de basse intensité[1].

Ainsi, au travers de la critique de Clausewitz, la guerre inter étatique apparaît obsolète. Paradoxalement, il n’y a jamais eu autant de conflits de basse intensité qu’aujourd’hui.

 

La guerre revêtira désormais une nouvelle forme

La guerre aura une nouvelle forme : elle sera terrible, atroce et sans fin et ne sera pas menée sur un champ de bataille par des hommes en tenue militaire utilisant des armes sophistiquées.

Ce sont donc des groupes appelés terroristes, guérilleros, bandits ou voleurs de grands chemins et non les Etats qui feront la guerre de demain. Ces groupes seront guidés soit par le fanatisme, soit par l’idéologie.

Les nations occidentales et leurs armées seront peu capable de faire face à cette menace : les Etats s’affaibliront car ils ne pourront pas assurer la défense systématique de leurs citoyens or c’est bien là leur attente fondamentale. Ainsi, c’est l’existence même de l’Etat qui est sera en danger, et avec lui, les notions juridiques et culturelles de la guerre.

Les armées occidentales, malgré la réduction de leur format, sont inadaptées pour contrer cette menace car elles sont trop soumises à leurs moyens techniques, leurs structures de commandement sont pléthoriques et leurs procédures sont trop contraignantes.

La guerre devient donc un phénomène inéluctable parce que pour l’homme, combattre est aussi essentiel que boire et manger.

 

La guerre perdurera

Quelles que soient les velléités des hommes pour limiter la guerre, celle-ci perdurera car l’homme ne peut se détourner de son pouvoir de distraction, d'inspiration ou de fascination.

En effet, l’homme ne combat pas pour des raisons politiques. La guerre n’est pas la « continuation de la politique par d’autres moyens » mais « la continuation du sport par d’autres moyens ». Ces moyens seraient violents. L’homme combattrait donc par simple désir de risquer sa vie.

La guerre n’est donc pas un moyen, c’est une fin, comme boire, manger ou dormir. Ainsi, elle est la vie. Elle seule permet et exige la mise en œuvre de toutes les facultés humaines, les plus hautes comme les plus basses. La brutalité, la dureté, le courage, la détermination et la force pure constituent en même temps ses causes. La littérature, les arts, le sport et l’histoire l'illustrent de façon éloquente.

En définitive, les nations occidentales doivent s’adapter au plus vite et transformer leurs armées en fonction de la menace car les guerres de basse intensité seront de plus en plus présente et, seule concession à Clausewitz, plus que jamais le « brouillard » de la guerre sera opaque.

 

Commentaire du rédacteur

Riche et très documenté, « La transformation de la guerre » rédigé en 1991 peut apparaître comme une œuvre visionnaire. Martin Van Creveld est néanmoins volontairement polémique et est coutumier du fait. Remettre en cause Clausewitz aujourd’hui peut paraître extrêmement prétentieux. Pour autant, les arguments développés par l’auteur ont le mérite de poser les bonnes questions pour inciter les responsables des nations occidentales à réfléchir sur l’avenir, l’entraînement, l’équipement et le format de leurs forces armées, taillées pour combattre un ennemi conventionnel (ou générique) qui, peut-être, n’existe plus.

Martin Van Creveld est tristement visionnaire lorsqu’il écrit en 1991 « La fascination qu’exerce le djihad n’a jamais été aussi grande qu’aujourd’hui dans l’ensemble du monde musulman. Tout ceci démontre bien que, même à l’heure actuelle, l’idée de guerre conçue comme continuation de la religion, y compris et particulièrement dans ses formes les plus extrémistes, est plus vivante que jamais. Héritiers « spirituels » de Clausewitz, les stratèges occidentaux seraient donc bien avisés d’en prendre conscience, sauf à risquer d’en devenir les premières victimes (p187) ». Plus que jamais confrontés à cette réalité, c’est pour de telles assertions que La transformation de la guerre a été largement diffusée aux Etats-Unis, même en dehors des cercles militaires.

            Il est aussi polémique lorsqu’il prétend que les hommes font la guerre parce qu’ils l’aiment (le général Lee, Churchill ou Patton entre autres, l’ont dit) et lorsqu’il compare la guerre à un délire extatique ou à un simple jeu sportif. Il rejoint néanmoins sur ce point Ernst Jünger qui compare La guerre comme une expérience intérieure[2] et qui prétend que l’expérience du front est une inoubliable liberté. Les hommes se battant par goût du sport, pour survivre ou pour se surpasser, peu importe les buts politiques de la guerre. C’est d’ailleurs pour cette raison, selon Martin van Creveld, que les guerres ne cesseront jamais. Cette affirmation est intéressante car elle remet en cause la vision kantienne[3] du monde c’est-à-dire l’harmonisation des rapports internationaux par le développement économique, vision qui guide les relations internationales notamment depuis 1945 et point de départ de la construction européenne (cf la CECA). La guerre étant inhérente à l’homme, elle devient inéluctable. Pour l’éviter, il faut des Etats forts, la force d’un Etat étant sa légitimité et son efficacité plus que ses moyens militaires ou techniques.

Surtout, la critique de Clausewitz paraît particulièrement pertinente. Les faits semblent lui donner raison. En effet, Clausewitz, fortement marqué par les guerres de la révolution française et les guerres napoléoniennes, n’a décrit dans Vom Kriege que des affrontements du fort au fort avec comme clé du succès une bataille décisive et l’anéantissement de l’armée adverse. Son analyse des cas historiques est volontairement limitée à une très courte période. Martin Van Creveld, au contraire, s’appuyant sur son érudition historique démontre, non sans pertinence, que ce sont les conflits de basse intensité qui ont jusqu’à présent dominé dans le monde et ne font qu’augmenter. Ainsi, il cantonne les enseignements de Clausewitz à une période donnée de l’histoire militaire et prétend que les préceptes de Sunzi sont bien plus intemporels.

            Si d’aventure la thèse de Martin Van Creveld est fondée, il devient urgent d’en mesurer toutes les conséquences car : « L’Etat moderne est dépourvu d’avenir s’il s’avère incapable de se défendre efficacement en cas de conflit de basse intensité interne ou externe, comme cela semble être le cas. L’Etat qui s‘engagera sérieusement dans un affrontement de ce genre devra remporter une victoire rapide et décisive. Mais le combat par lui-même affaiblira ses fondements : à vrai dire, c’est la crainte de se lancer dans une telle aventure qui a freiné la volonté des pays - occidentaux en particulier – d’engager la lutte contre le terrorisme. Ne nous y trompons pas : ce scénario n’a rien d’imaginaire. Aujourd’hui même, dans de nombreux points du monde, les dés sont sur la table et le jeu a bel et bien commencé (P252) ». De fait, les démocraties occidentales génèrent leurs propres faiblesses car lutter contre le terrorisme remet en cause les valeurs fondamentales sur lesquelles elles reposent comme la liberté (individuelle, d’expression ou de circulation par exemple).

Le cours supérieur d’état-major est l’endroit privilégié pour réfléchir à l’avenir de l’armée de terre et sur son adaptation à l’évolution de la menace. L’ennemi générique tel qu’il est défini aujourd’hui fait peser une menace artificielle et bien trop commode intellectuellement sur les armées occidentales : théorisé, l’ennemi est prévisible et devient une abstraction intellectuelle trop éloignée de la réalité. Sur le terrain, les forces armées affrontent des groupes dont les buts et les comportements sont imprévisibles. Face à de tels ennemis des modes d’action existent. En effet, la guerre moderne a déjà été théorisée par des officiers français et les thèses développées sont relativement proches de celles de Martin Van Creveld. Ils s’accordent notamment sur l’importance que revêt désormais la population. La conquête de la population va être le centre de gravité de toutes les futures confrontations. La « petite guerre » définie par H. Coutau-Begarie n’est-elle pas la « guerre » tout simplement ? Peut-être faudrait-il rééditer – autrement qu’en anglais – La guerre moderne du colonel Trinquier[4] ?

 

 

 

 

[1] Terme apparu dans les années 80 que Martin Van Creveld caractérise en trois points :

  • Conflits qui tendent à proliférer dans les régions les moins développées de la planète (dans les pays développés, ils sont généralement désignés sous divers vocable tels que « terrorisme », « maintien de la paix » ou pour l’Irlande du Nord – « troubles » ;
  • Ils opposent très rarement des troupes régulières entre elles, bien que celles-ci y combattent souvent des rebelles, des terroristes et même des civils y compris des femmes et des enfants ;
  • Les armements collectifs qui font l’orgueil et le bonheur de toute armée moderne, n’y sont pas privilégiés.

[2] La guerre comme une expérience intérieure édition Christian Bourgeois 1997

[3] Thèse développée dans Projet pour la paix perpétuelle

[4] Roger Trinquier codifie, en 1961, les principes qui peuvent permettre aux armées occidentales de résister victorieusement aux entreprises subversives de l’ennemi dont l’enjeu sont les masses ; la victoire dans la guerre moderne ne peut être obtenue que par l’éradication de l’organisation adverse en révisant les modes d’actions traditionnels des armées. Cette œuvre est actuellement étudiée au Command and General Staff College à Fort Leavenworth.

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Titre : La transformation de la guerre
Auteur(s) : le Chef de bataillon Cyrille YOUCHTCHENKO
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