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Maîtriser

Gagner la bataille conduire à la paix- les forces terrestre dans les conflits aujourd'hui et demain
Histoire & stratégie
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Prise en compte dès la conception de la mission, la protection de la force est un équilibre nécessaire entre des équipements dédiés et des unités en charge de cette mission ; elle impose sur le terrain des tactiques adaptées. Si la protection est un impératif, elle ne doit cependant pas conduire les forces terrestres à s’isoler d’un environnement dont la bonne appréhension participe à leur sûreté.

Pour tenter d’éradiquer la violence ou d’en maîtriser les effets, l’emploi de la force peut-être nécessaire. Face aux foules hostiles ou pour contenir leurs excès, les forces terrestres doivent disposer d’une gamme étendue de moyens et de modes d’action. Le développement des techniques de contrôle de foule comme des armes et des munitions à létalité réduite renforce la capacité opérationnelle des forces terrestres au sein des populations.


1 - MAÎTRISER LA FORCE

 

1.1 - Une force nécessaire, une maîtrise essentielle

Dans le cours du conflit, l’usage de la force demeure intimement lié aux objectifs politiques et militaires. Il doit pouvoir être ajusté à tout moment et être adapté à la phase du conflit, à la violence qui y règne et à l’environnement des troupes.

En intervenant par la force, les forces terrestres doivent dominer les forces adverses afin d’atteindre l’objectif en les contraignant à cesser le combat. Aussi, emploient-elles toute la puissance nécessaire  pour  dominer  l’ennemi,  le  sidérer  et  vaincre militairement  au meilleur  coût.  A  l’issue  de  la  phase  des combats, l’usage de la force perd une part de son efficacité du fait du changement de situation et de la définition d’objectifs nouveaux. Aussi, pendant la stabilisation du théâtre, un emploi limité et pertinent de la force conduit plus sûrement au succès que ne le ferait son usage immodéré. Veillant à ne pas nourrir une  violence  qu’elle  cherche  à  maîtriser,  une  troupe  doit chercher à imposer sa force, si possible en ne l’utilisant pas. Cependant,  la  réversibilité  doit  être  conservée  de manière permanente. Dans la fureur des combats, il peut paraître utile de détourner les armes pour que le succès emprunte un chemin de paix ; à l’issue de ceux-ci, le retour brutal ou progressif à l’emploi de la force est parfois nécessaire et ne doit pas être exclu. S’il peut être imposé ou choisi, ses moyens doivent en être tout le temps disponibles.

Par sa seule présence, une force terrestre permet de faire évoluer la situation dans le sens souhaité et d’influer sur les évènements pour éviter, quand ceci est encore possible, que l’instabilité ne se transforme en une situation d’affrontements généralisés. Cette capacité d’apaisement est, le plus souvent, fondée sur le caractère dissuasif d’une puissance destructrice mise au service de la paix. Elle nécessite, cependant, que la force déployée conserve, vis-à-vis de l’extérieur, une crédibilité de tous les instants. Elle est fondée sur la puissance et la volonté d’en user, si nécessaire, et sur des limites clairement fixées aux protagonistes. Elle s’appuie, aussi, sur des règles d’engagement comprises par tous. Cependant, alors que cet effet dissuasif ne vaut que pour ceux qui le reconnaissent comme tel, l’adversaire asymétrique se place, justement, en dehors d’une rationalité commune et cherche à le contourner.

Mais la maîtrise de la force n’est pas de la pusillanimité dans l’action. Engager une force terrestre impose de disposer des moyens suffisants pour atteindre l’objectif fixé. Intervenir par la force, stabiliser au moyen de la force, c’est pouvoir supplanter l’adversaire par la supériorité tactique, la qualité des combattants – leur endurance, leur entraînement, leur détermination – la performance des équipements et la maîtrise de l’information comme de l’environnement.

A l’issue de la phase des combats, l’usage de la force perd une part de son efficacité. Un emploi limité et pertinent fondé sur une capacité dissuasive est un principe à privilégier afin de ne pas nourrir une violence excessive.

 

1.2 – S’attacher la population, isoler l’adversaire et combattre l’ennemi

La population représente le centre de gravité de la plupart des opérations ou, au moins, un des points clés du succès. Aussi, doit-elle toujours être au centre de la conception et de la conduite des opérations. Il est essentiel de la dissocier de l’adversaire déclaré, de la rallier – au moins de ne pas se l’aliéner – et d’éviter de faire obstacle à des attentes légitimes. De même, en coordination progressive avec d’autres acteurs, il est nécessaire de pouvoir répondre rapidement à la population qui ne demande, bien souvent, qu’à vivre dignement et en sécurité suivant sa propre normalité.

  • Isoler l’adversaire

Tout autant que vaincre et défaire l’adversaire au cours de la phase d’intervention ou des missions de combat en phase de stabilisation, l’un des objectifs des unités terrestres est d’amener la population à ne pas soutenir celui-ci, voire à le rejeter. Résistant aux pièges de l’ennemi, à l’engrenage de la violence qu’il cherche à alimenter, il faut convaincre la population de notre succès en frappant l’adversaire avec détermination chaque fois que nécessaire. Il faut aussi épargner à celle-ci les souffrances du combat pour qu’elle trouve son intérêt dans notre réussite et, ainsi, la pousser à prendre partie en notre faveur.

  • Limiter les destructions

En outre, les contraintes imposées dans l’emploi de la force pour préserver les populations, les infrastructures, les lieux cultuels et culturels sont les gages des succès futurs, car les souffrances médiatisées d’une population civile mêlée à un combat urbain influencent toujours les opinions publiques dans un sens défavorable à l’intervenant.

Menant la guerre parmi la population, la force terrestre doit se contraindre à une limitation des destructions pour des raisons politiques, économiques, humaines et opérationnelles et à une indispensable rapidité des actions de force sous peine d’être désavouée et de perdre les soutiens indispensables à son action.

  • Produire de la sécurité

Pour ceux qui, sur un théâtre d’opérations, vivent dans la crainte de la violence, des exactions, des massacres parfois, le soldat qui veille au coin de la rue, la patrouille qui sillonne la zone ou la section installée dans le poste dominant le quartier sont vus comme les garants de leur sécurité. Plongées dans la guerre et le malheur, les populations réclament l’ordre et la justice qui, pour elles, se traduisent d’abord par la sécurité des biens et des personnes. Elles l’attendent des troupes qui, après être intervenues, cohabitent avec elles, même si celles-ci courent rapidement le risque d’être aussi considérées comme une armée d’occupation et peuvent devenir des cibles privilégiées.

La sécurité des populations peut être une mission explicite des troupes ou n’être qu’une conséquence de leur présence. Aussi, s’agit-il pour les unités – et en premier lieu pour le commandement – d’en évaluer correctement le besoin et de définir tout autant les modes d’action applicables que les limites de l’action. Tout échec, même ponctuel – intrusion dans une enclave protégée, agression d’un membre d’une minorité, attaque d’un village, tuerie – est porté au débit de la Force dans son ensemble et peut remettre en cause la légitimité de sa mission.

Préoccupation majeure des populations, en particulier après les combats initiaux de la phase d’intervention, la sécurité est le plus grand défi qui se pose aux forces terrestres. Elle est la condition première de toute reconstruction politique et socio- économique. Le retour à la confiance entre les belligérants, donc la dynamique qui conduit à la paix, est toujours lié à la sécurité générale de la zone et au sentiment de vulnérabilité de l’une ou l’autre des parties en conflit. En outre, les difficultés à imposer ou à maintenir cette sécurité, les retours en arrière, les sentiments d’échec ressentis par les uns ou les autres jouent profondément sur le moral des militaires engagés et peuvent avoir un impact sur leur engagement.

En fait, au delà d’une sécurité des personnes, souhaitable mais toujours relative et ne relevant pas de la seule force militaire, la population a besoin d’un sentiment général de sécurité. Il relève de l’action conjointe des forces armées et des forces de police (locales ou internationales) tout autant que de celle des autorités légitimes.

  • Favoriser l’amélioration des conditions de vie

L’amélioration de la situation générale de la population est un facteur important du retour progressif à la stabilité. En favorisant l’accroissement de la sécurité, les forces terrestres agissent indirectement sur les lignes d’opérations non militaires (économiques, humanitaires… ) en permettant à d’autres de rétablir les services essentiels à la vie des populations (eau potable, énergie, transports, soutien médical…). L’amélioration concrète de la vie quotidienne ainsi initiée réduit ce véritable terreau   de   la   révolte   que  constitue   la   désespérance d’une population dont l’adversaire se nourrit grâce au soutien logistique et au vivier de recrutement qu’il y trouve. En outre, le rétablissement des services de base soutient la reconnaissance de la légitimité des autorités locales et le rétablissement de l’autorité de la loi.

La force terrestre vise tout autant à rallier la population à sa cause qu’à défaire l’ennemi. Pour cela, les contraintes qu’elle s’impose dans l’emploi de la force sont le gage du succès et l’assurance d’un soutien à son action. C’est dans le domaine de la sécurité et de l’amélioration des conditions de vie que les attentes d’une population généralement meurtrie sont les plus profondes vis-à-vis des forces d’intervention. Elles représentent un défi véritable dont l’échec peut remettre en cause la légitimité de l’action.

 

1.3 – Règles d’engagement et de comportement

Vaincre un ennemi et gagner la bataille, combattre un adversaire aux modes d’action fondamentalement différents de ceux des forces militaires, maîtriser une violence imprévisible, assurer la protection des forces, accroître la sécurité des populations mais savoir, aussi, s’opposer à elles, etc. ; cette grande diversité dans les conditions d’emploi de la force impose de bien définir les lignes de conduites, c’est-à-dire des règles d’engagement et de comportement qui permettent à tout militaire d’agir dans la complexité des situations et de l’environnement juridique.

Il est nécessaire que les forces engagées au sol s’appuient sur des règles simples qui puissent demeurer applicables quelles que soient les conditions extrêmes ou d’isolement que vivent les soldats et leurs chefs. Ces règles doivent, en outre, être suffisamment souples pour permettre aux forces de remplir leur mission dans un cadre légal, d’assurer leur protection de manière permanente et de conserver le caractère dissuasif d’un emploi éventuel de la force.

Le cadre juridique parfois mal défini de conflits qui ne relèvent pas des normes conventionnelles du droit des conflits armés peut rendre complexe l’élaboration des règles de comportement et peser sur leur pratique quotidienne. En particulier, le traitement des personnes capturées par les forces ou momentanément détenues sous leur autorité du fait des vicissitudes des opérations demeure une véritable difficulté pour les troupes qui y sont confrontées ; il est à l’origine de bien des interrogations dont aucun théâtre d’opérations n’est épargné.

La maîtrise des règles d’engagement et de comportement est un véritable enjeu pour les forces terrestres. Face à la complexité des situations et des réglementations, comme des conséquences que peuvent avoir les erreurs d’un seul, cette maîtrise repose sur la capacité à affronter des circonstances exceptionnelles sans s’affranchir de règles éthiques partagées par tous et qui demeurent le socle de la formation individuelle et collective.

L’emploi de la force se fonde sur des règles d’engagement et de comportement dont la maîtrise est un enjeu essentiel. En dépit de la complexité des situations, ces règles doivent être simples et applicables par tous.

 

2 - MAÎTRISER LA TECHNOLOGIE

2.1 – La technologie, un multiplicateur d’efficacité

La technologie est un multiplicateur d’efficacité pour nos forces terrestres et leur permet de conserver l’ascendant sur l’adversaire. Elle procure les avantages les plus significatifs dans la lutte dissymétrique et favorise la victoire militaire grâce au surcroît de puissance et à la supériorité qu’elle offre.

La maîtrise des technologies de l’information en est l’aspect le plus fondamental et le plus prometteur. Elle permet l’intégration de systèmes, la mise en réseau des moyens d’acquisition, de traitement et d’agression et une capacité sans cesse accrue dans le partage d’informations. La réduction significative des délais de réaction et de frappe et la capacité d’emploi de systèmes pouvant alors agir non plus de manière séquentielle mais simultanée permettent aux forces terrestres de bénéficier d’une intégration interarmées croissante. Elles leur donnent la faculté de réduire voire d’annihiler les capacités de réaction des forces ennemies. L’usage des nouvelles technologies de l’information optimise la manoeuvre et facilite la désagrégation de forces armées adverses.

Au service de la protection, la technologie peut très fortement réduire la vulnérabilité des troupes. Elle renforce la performance des équipements de protection et des blindages et assure, ainsi, une meilleure survie des individus et des équipages d’engins ou d’aéronefs face à tous les types de menaces. En outre, le déport de certaines fonctions hors des menaces directes et, lorsque ceci est  possible,  le  remplacement de  l’homme  par  la machine (drones, robots) contribuent à préserver la vie ou l’intégrité des combattants.

Cependant, le haut niveau technologique d’une force terrestre se traduit parfois par des problèmes d’interopérabilité au sein de coalitions dans lesquelles les alliés peuvent avoir des standards différents. Ceci limite les capacités d’actions communes et les contraint à se tenir en deçà des possibilités des équipements des unités technologiquement les plus avancées.

 

2.2 – La technologie au défi de l’asymétrie

La forme asymétrique des conflits, actuellement prépondérante, et la place primordiale prise par les phases de stabilisation ne permettent plus de mesurer la capacité des forces terrestres à la seule sophistication de leurs armes. Confronté à la supériorité parfois écrasante d’une force militaire, l’adversaire bascule généralement dans un combat d’une autre nature qui tend à rendre vaine la suprématie technologique qui lui est opposée. Se disséminant dans le milieu, refusant de tenir le terrain et de servir d’objectif, il oppose l’absence de cibles aux capacités croissantes d’acquisition et de traitement détenues par les forces armées et contraint souvent celles-ci à demeurer en deçà du seuil d’utilisation des équipements les plus performants. Il développe la lutte dans d’autres domaines que ceux sur lesquels la force terrestre s’efforce d’agir. Aussi, sans renier les avantages incontestables qu’elles apportent, doit-on, tout à la fois, bien mesurer l’apport des nouvelles technologies et en orienter l’utilisation au service de la lutte dans le contexte asymétrique.

Adversaires potentiels et ennemis déclarés bénéficient, eux aussi, du progrès technique, y compris dans le domaine militaire, dont la large diffusion modifie la physionomie de certains engagements. La banalisation et la circulation d’armes modernes sur tous les théâtres d’opérations accentuent les menaces directes ou indirectes sur les forces engagées. De plus, à l’image de la lutte permanente de la lance et du bouclier, ceux qui s’opposent aux forces militaires exploitent des technologies à usage civil qu’ils parviennent à détourner à leur avantage.

Laissant, pour un temps, les forces sans parade, ils réussissent à conquérir certaines formes de suprématie locale et contraignent celles-ci à une adaptation coûteuse et difficile, comme l’illustre l’emploi de plus en plus général des engins explosifs commandés à distance.

Cependant, en fournissant des ripostes aux menaces nouvelles, le progrès technologique permet aux forces de lutter dans les mêmes champs que l’adversaire et, ainsi, de réduire l’asymétrie. Le retour d’expérience renforce cette aptitude. Il s’appuie sur un cycle dont la maîtrise, la continuité et la rapidité contribuent à développer une capacité d’adaptation réactive orientée sur la satisfaction des besoins opérationnels des forces terrestres et, en particulier, des troupes qui luttent sur le terrain. Parfois contradictoire avec des modes d’acquisition d’armes et d’équipements fortement encadrés, cette capacité est une nécessité pour conserver l’ascendant sur un adversaire en évolution constante.

 

2.3 – L’homme et la technologie

La technologie ne supprime pas le rôle fondamental de l’individu dans la résolution des conflits et il semble même exister un paradoxe de la modernité stratégique qui veut que le progrès technique renforce la responsabilité personnelle. Certaines erreurs individuelles peuvent influencer l’environnement stratégique comme ce peut être le cas quand la faute de comportement d’un seul conduit le commandement ou les autorités politiques à s’engager publiquement ou quand l’utilisation du réseau internet entraîne la diffusion accidentelle ou malveillante de documents à caractère opérationnel. L’interconnexion croissante des systèmes interarmées et la numérisation  de  l’espace  de  bataille conduisent  parfois  à « écraser »  les  échelons  de  décision  ou  amènent  certains individus à agir à des niveaux bien supérieurs aux leurs, à l’exemple de l’observateur au sol à qui peut revenir l’initiative de la délivrance de feux navals ou aériens puissants.

Cependant, constituées d’hommes et de femmes plongés dans la violence extrême ou agissant parmi les populations, les forces terrestres sont, plus que d’autres, confrontées à une dimension humaine qui prend souvent le pas sur les outils techniques. Dans l’âpreté des opérations, au combat parfois, les soldats se retrouvent d’autant plus face à leurs propres limites physiques et psychologiques que la violence et la misère qu’ils croisent, la fatigue, le stress ou la peur qui les guettent sont éloignés de leur mode de vie habituel. En particulier, à tous les niveaux, les chefs sont les plus exposés à des situations dans lesquelles l’initiative nécessaire et la décision vont de pair avec l’isolement et la pression nerveuse.

Par ailleurs, la multitude et la diversité des missions à conduire dans des villes ou des espaces de plus en plus vastes nécessitent des volumes de forces importants sans que les progrès de la technologie ne s’avèrent généralement en mesure de permettre de fortes économies d’effectifs.

Cependant, entre individus et équipements, il ne s’agit pas de choisir l’un au détriment de l’autre. L’homme et la technique sont également nécessaires aux forces terrestres pour affronter les conflits actuels. Il leur faut maintenir un équilibre indispensable entre leur aptitude à déployer des volumes de troupe importants et leur capacité à se doter des équipements au niveau technologique élevé mais aussi justement évalué.

 

3 - MAÎTRISER LE TEMPS

La supériorité militaire incontestée des armées occidentales – et au premier chef, celle de l’armée des Etats-Unis – a conduit à la disparition du mode d’action symétrique par défaut d’ennemi. Par ailleurs, alors qu’il n’est pas un conflit de nature dissymétrique qui ne glisse plus ou moins rapidement vers l’asymétrie, le raccourcissement des phases d’intervention au profit des phases de stabilisation paraît devoir être une tendance solide. Ainsi, pour les forces terrestres, l’action s’inscrit dans un rythme nouveau qui ne correspond plus seulement au temps accéléré des opérations conventionnelles modernes. La gestion et la maîtrise du temps en deviennent essentielles.

 

3.1 – Agir dans l’urgence

Indépendamment du temps de la décision politique, celui de l’engagement est généralement marqué par l’urgence, au moins pour une partie des forces. Celle-ci se fonde sur des qualités acquises sur une longue période et maintenues par un effort quotidien.

La réactivité des forces terrestres est la première d’entre elles. Elle est une composante de la réactivité générale interarmées avec laquelle elle doit demeurer cohérente et reste étroitement liée à celle des autres armées. Un dispositif d’alerte sur le territoire national, la présence d’unités outre-mer et dans des zones d’intérêt ou celles de forces temporairement déployées à proximité de régions en crise en sont les aspects essentiels. Cependant, les procédures adaptées dans les domaines du soutien, du transport ou de l’équipement des forces en sont, aussi, des conditions indispensables.

L’anticipation permet à la réactivité des forces terrestres de trouver sa pleine expression. Elle doit se fonder sur une capacité de planification « froide » et une organisation de l’armée de Terre qui permette d’engager une partie des forces sans déstructurer l’ensemble.

Capacité indispensable pour l’adaptation de la force à sa mission et au contexte politique et militaire, la flexibilité offre aux autorités de l’Etat et au commandement la possibilité d’exercer à tout moment les choix nécessaires dans l’engagement des forces. Elle implique de conserver une indispensable diversité des fonctions opérationnelles et leur disponibilité.

Cependant, l’urgence ne peut s’affranchir de l’aptitude à durer que doivent posséder les troupes qui s’engagent dans ce cadre. La rusticité en est le socle, car elle seule permet de se maintenir au meilleur niveau et de conserver la supériorité opérationnelle en dépit des conditions éprouvantes de l’engagement initial nécessairement marqué par la faiblesse des dispositifs de soutien.

Enfin, la capacité d’adaptation permet aux forces terrestres de passer d’un dispositif initial d’urgence à une force organisée pour une mission pouvant s’inscrire dans le temps et élargir son domaine d’action. Elle nécessite une capacité de renforcement et d’évolution des structures opérationnelles.

L’armée de Terre a développé ces qualités et les maintient au meilleur niveau en dépit des fortes contraintes qu’elles génèrent. Armée d’emploi présente sur de nombreux théâtres, elle a une capacité opérationnelle fondée sur son aptitude à l’engagement d’urgence. S’appuyant sur un dispositif d’alerte permanent offrant au commandement un large éventail de ses capacités opérationnelles, elle est capable d’agir rapidement avec une force dimensionnée non pas au plus juste mais en fonction de l’objectif et de l’incertitude de la guerre. Elle peut prendre sa part  d’une  « force  en  premier »  avec  des  capacités  de commandement, de contact, d’appui et de soutien et l’aptitude permanente à s’intégrer dans une force multinationale ou à accueillir des modules de forces alliés. Elle possède une diversité d’unités spécialisées et entraînées pour des opérations au caractère interarmées accentué, indispensables à l’entrée ou à l’action sur des théâtres difficiles d’accès : opérations amphibies, opérations aéroportées, opérations spéciales. Enfin, elle agit en cohérence avec les capacités des autres armées et services qui mettent en œuvre les moyens nécessaires à la projection stratégique et de théâtre comme au soutien des forces terrestres.

Cependant, la limitation des moyens nationaux de projection impose d’établir un juste équilibre entre la puissance de la force engagée dans l’urgence, les délais de projection nécessaires et les contraintes d’alerte. Si l’urgence se mesure parfois en heures, l’impératif d’y répondre ne doit pas conduire à précipiter l’action ou à maintenir en alerte un volume de forces disproportionné au besoin. L’urgence a un coût humain et financier. L’objectif à atteindre et la force nécessaire s’accommodent souvent d’une échelle de temps plus longue. Il est souvent préférable d’échanger une rapidité superflue contre une protection indispensable, une puissance nécessaire et un soutien suffisant des troupes.

La capacité opérationnelle de l’armée de Terre est en partie fondée sur l’aptitude à l’intervention d’urgence qui repose sur une organisation adaptée et ne peut se maintenir sans un effort permanent. Mais l’urgence a un coût ; elle ne doit pas conduire à maintenir en alerte des volumes de forces disproportionnés au besoin réel.

 

3.2 – S’engager dans la durée

Agissant dans l’urgence et usant de toute la puissance disponible sur une courte durée, les forces terrestres s’inscrivent aussi dans le cours de conflits qui durent des années. Ceci est vrai pour un même théâtre, dans la succession des phases qui s’enchaînent. Cela l’est, aussi, simultanément sur des théâtres différents, quand engagée ici en stabilisation, l’armée de Terre doit agir dans l’urgence ailleurs, puis s’apprêter à y demeurer. Elle doit donc posséder la capacité de faire évoluer le volume et les équilibres capacitaires d’un contingent présent sur un théâtre en fonction de la situation du moment.

Mais la durée se mesure aussi, et surtout, à l’aune des moyens disponibles. L’engagement continu dans des conflits qui s’éternisent nécessite de disposer d’hommes et de femmes en nombre suffisant tout autant que d’équipements techniquement disponibles et correctement entretenus.

Or, employés dorénavant de manière intensive, sur de longues durées et dans des conditions extrêmes, les matériels s’usent plus vite et exigent la prise en compte de tâches de maintenance plus nombreuses que ce qui pouvait être envisagé dans le cadre de conflits violents et de courte durée. Aussi, la capacité des matériels à durer doit s’appuyer sur une évaluation aussi juste que possible de leur profil d’emploi et sur une organisation disposant des moyens nécessaires à l’absorption des inégalités d’un  rythme  opérationnel imprévisible.  Elle  peut,  aussi, entraîner une évolution dans la gestion quotidienne de parcs coûteux même si cet aspect présente un défi important et touche directement à la capacité opérationnelle d’ensemble. Mais les militaires eux-mêmes sont les pivots de cette capacité. Or, le nombre de combattants déployés est en corrélation étroite avec la capacité à peser sur la résolution de crises fondées sur l’affrontement des volontés et l’action dans le milieu humain. Dès qu’elle s’engage dans un conflit, l’armée de Terre doit pouvoir organiser la relève de ses soldats selon un cycle qui ménage le maintien de l’efficacité opérationnelle de la force déployée,  la  préparation  des  unités  sur  le  sol  national  et l’équilibre personnel et familial de chacun. L’entraînement et l’endurance physique, tout autant que morale, d’hommes et de femmes en nombre suffisant sont les garants de l’aptitude à durer.

Souvent contraintes à l’intervention inopinée, les forces terrestres s’inscrivent aussi dans le cours de conflits qui durent des années

Dans des conflits qui s’éternisent les équipements s’usent vite. Il est nécessaire d’adapter leur conception et leur gestion aux irrégularités d’un rythme opérationnel imprévisible.

Mais ce sont les hommes, surtout, qui demeurent les pivots de la capacité des forces terrestres à durer. Leur entraînement, leur endurance et une organisation des relèves qui ménage l’intérêt opérationnel et l’équilibre personnel en sont les garants.
 

4 - MAÎTRISER LA VIOLENCE

4.1 – Une violence multiforme dirigée contre tous

En dehors de la phase des combats, la violence peut viser directement les forces terrestres ou prendre pour cible les autres acteurs  du  conflit.  Souvent  atomisée  et  sporadique, sa rationalité est parfois difficilement perceptible par les forces. Fondée sur l’utilisation du terrorisme comme mode d’action principal, la guérilla urbaine représente la réponse la plus facile et la plus efficace, donc la plus probable, dans le combat du faible contre le fort. C’est celle à laquelle les forces terrestres sont confrontées chaque fois qu’un ennemi s’oppose à leur action. L’objectif de l’adversaire est de nous défaire en pesant sur la volonté politique de la France faute de pouvoir en vaincre les forces.

L’opposition de la population, ou d’une partie de celle-ci, peut être manipulée ou résulter d’incidents mettant en cause les forces engagées. Elle se manifeste alors par des obstructions aux missions des forces terrestres ou des explosions de haine et de violence de foules plus ou moins nombreuses contre tout ce qui symbolise l’intervention étrangère : forces déployées, représentations diplomatiques, représentations internationales, intérêts nationaux (entreprises, écoles, commerces) ou expatriés. Ces actions peuvent être spontanées. Plus souvent, elles visent à décrédibiliser nos forces ou à les pousser à l’erreur en cherchant à provoquer une réaction démesurée pouvant être exploitée.

La lutte d’un groupe contre un autre sur des critères ethniques, politiques ou religieux se traduit par des assassinats, des attentats, des attaques contre la population, des massacres, des enlèvements qui peuvent avoir lieu sur toute l’étendue du théâtre d’opération. La barbarie caractérise nombre de ces actions qui visent à faire le maximum de victimes. Leur permanence et la difficulté de les prévenir présentent un redoutable défi. Ici aussi, on peut chercher à atteindre la crédibilité de la Force ou la légitimité de sa présence. On peut aussi vouloir peser sur la sortie de crise, mettre à mal une évolution positive ou pousser certains groupes à l’exode.

Le refus, l’ignorance pour certains, du droit de la guerre – du droit dans la guerre – caractérisent l’usage habituel d’une violence parfois aggravée par le fanatisme et le déni des valeurs occidentales de la part d’adversaires agissant en dehors de tout cadre étatique. Le rejet absolu d’une telle logique et une grande vigilance en la matière s’imposent aux forces.

Les forces terrestres sont confrontées à une multitude de formes de violence souvent aggravées par le fanatisme et le   déni   des   valeurs   occidentales.   Ces   formes   de violence n’épargnent aucun acteur du conflit.

La guérilla urbaine, les obstructions ou les explosions de haine d’une population hostile ou la barbarie de luttes internes sans merci en sont les manifestations les plus fréquentes. Leur persistance et la difficulté à les prévenir peuvent mettre à mal la crédibilité de la Force et présenter un redoutable défi.

 

4.2 – S’opposer à la violence

Maîtriser la violence sur un théâtre d’opérations consiste, avant tout, à en évaluer la nature et les risques d’occurrence. Ceux-ci dépendent de la situation et des objectifs de chaque camp, mais aussi des moyens dont disposent les forces terrestres pour s’y opposer.

Cette violence pouvant être naturellement dirigée contre les forces, leur protection prend une importance accrue. L’action au sein des populations et l’absence de ligne de front multiplient les formes d’agression et font évoluer le concept même de protection qui concerne désormais l’ensemble de la Force. Pouvant paraître relativement aisée pour des unités de contact équipées d’un nombre important de véhicules blindés, cette protection est plus difficile à réaliser pour les unités de commandement et de logistique, les éléments isolés ou de liaison ainsi que pour les moyens civils travaillant au profit des forces.

La protection des individus préserve non seulement leur intégrité physique et leur vie mais garantit également la capacité politique à déployer la Force, en raison de la grande sensibilité aux pertes des opinions publiques occidentales. Tactiquement, elle participe à la dissuasion, favorise l’audace et permet d’abaisser le niveau de violence en évitant des ripostes inutiles. Cependant, si la Force doit se protéger, elle doit procéder à une analyse raisonnée des risques afin de ne pas se replier sur elle- même et se couper d’un environnement dont la bonne appréhension participe à la sécurité et ne peut se faire sans une nécessaire ouverture. En outre, l’action sous blindage, l’équipement de protection des soldats et la création de camps retranchés, s’ils sont parfois nécessaires, isolent les forces terrestres d’une population qui, en maintes occasions, n’en comprend ni les raisons, ni les buts.

Prise en compte dès la conception de la mission, la protection est un choix de commandement entre des équipements dédiés, des unités en charge de cette mission, une organisation adaptée du terrain ou la mise en œuvre de modes d’action dynamiques. Elle apparaît, aussi, liée au respect de règles de comportement adaptées qui permet d’accroître le niveau d’acceptabilité de la force par une population toujours prompte à manifester son hostilité face à une force étrangère.

Loin de réduire leur action à leur seule protection, les forces terrestres doivent agir contre la violence afin de l’éradiquer chaque fois qu’elles en ont le pouvoir ou, au minimum, d’en maîtriser les effets, localement ou sur le cours du conflit. L’emploi de la force est parfois nécessaire en évitant cependant que son excès ne vienne nourrir la radicalisation d’un ennemi que ne bride aucune règle. L’équilibre est toujours difficile et précaire  pour  le chef  militaire  entre  l’emploi  d’une  force nécessaire, parfois brutale, et une violence inutilement élevée contre un adversaire.

Face à la foule, il faut pouvoir lutter contre ses débordements et parfois agir en dépit ou contre elle. Ces actions peuvent être offensives. Elles peuvent, aussi, avoir un caractère éminemment défensif et réactif quand des éléments isolés se retrouvent inopinément face à l’hostilité ambiante. Pour cela, ne se limitant pas au seul usage de leurs armes de guerre, les soldats doivent pouvoir employer toute la palette des techniques et des moyens qu’il est possible de mettre à leur disposition. L’adoption de modes d’action terrestres adaptés, une dotation en équipements spécifiques et un entraînement nécessaire sont indispensables pour permettre aux forces de toujours ajuster la nature de leur riposte à l’hostilité de la foule et à l’apparition des menaces. Le développement des armes et des munitions à létalité réduite renforce ainsi la capacité opérationnelle des unités au sein des populations.

 

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Titre : Maîtriser
Auteur(s) : extrait du FT-01
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