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Napoléon est dans l’optimisme d’une conquête facile

2/3 - Revue militaire n°55
Histoire & stratégie
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Il écrit à de Pradt, archevêque de Malines : « …si cette entreprise devait me coûter 80 000 hommes, je ne la tenterais pas. Mais elle ne m’en coûtera pas 12 000. C’est un enfantillage. Les Espagnols ne savent pas ce que c’est qu’une armée française. Croyez-moi, cela finira vite ».


L’erreur de Napoléon est de limiter la résistance des Espagnols à la seule force de leur armée, c’est-à-dire un effectif de 117 000 hommes. Or, et c’est une réalité, elle est mal équipée, peu entraînée et son matériel est médiocre. Quant aux officiers, ils sont peu instruits. L’insouciance du souverain apparaît évidente lorsqu’on analyse les troupes envoyées en 1808 dans la péninsule sous les ordres des maréchaux Moncey et Murat. Cette armée est formée à partir des dépôts du sud de la France qui reçoivent l’ordre de former individuellement quatre compagnies de conscrits. Ces unités de 560 hommes sont regroupées par quatre pour former un « régiment provisoire ». On forme ainsi vingt régiments qui n’ont aucun soldat ancien dans leurs rangs, ni âme, ni esprit de corps, ni instruction et encadrés par des officiers pratiquement tous en demi-solde, rappelés au service et par de jeunes sous-lieutenants. On accole à cet ensemble peu homogène, six « régiments de marche ». Ces derniers sont formés de compagnies, de sections… véritables résidus des dépôts du Midi. On compte aussi un grand nombre de troupes auxiliaires des royaumes vassaux : Suisses, Italiens, Napolitains, Portugais, Prussiens, Westphaliens, Hanovriens, Irlandais se côtoient au nombre de 14 000. Quant à la cavalerie, elle est tout aussi hétérogène, formée elle aussi de « régiments provisoires », également alimentée à partir des dépôts méridionaux8. Au total, au mois de mai 1808, sur les 116 000 hommes envoyés au sud des Pyrénées, seul un tiers (34 000 hommes) appartient aux vieilles unités de l’armée française. Pour sa part, le général Dupont, dont la masse de fantassins représente 19 000 hommes, ne compte que 1 700 hommes de vieille troupe. Il s’agit pour le reste de conscrits qui n’ont pas une année sous les armes. Telles sont les racines du désastre de Baylen9 (19-22 juillet 1808). À l’automne 1808, pour réparer les dégâts du début de la campagne, ce sont cette fois les meilleurs régiments de l’armée française qui sont envoyés en Espagne et Napoléon est à leur tête. Alors, la situation s’améliore. Napoléon remporte quatre victoires : Burgos (10 novembre 1808), Espinosa (11 novembre 1808), Tudela (23 novembre 1808) et Somo-Sierra (30 novembre 1808). Au cours de ces combats, il annihile le corps de bataille espagnol et un peu plus tard, il fait rejeter à la mer (la Corogne) un corps d’armée anglais. Il s’imagine alors la situation rétablie.

Force est d’ailleurs de constater que tout au long du conflit, Napoléon fait preuve d’un certain aveuglement. Selon lui, la situation n’est pas si mauvaise que ça en Espagne. Et en effet, les armées régulières espagnoles sont progressivement anéanties les unes après les autres. Par ailleurs, il pense ne rien devoir redouter des Anglais dont il mésestime les qualités militaires et auxquels il ne reconnaît que des « vertus navales ». Enfin, Napoléon méprise les guérilleros pour lesquels il n’a que répulsion. La terreur qu’ils font régner l’indigne, mais il n’en saisit pas la portée réelle : l’humiliation, la démoralisation du soldat français.

 

La distance trop étendue entre le donneur d’ordres et l’exécutant

       Napoléon doit composer avec la situation internationale

C’est le désastre de Baylen et la signature du traité de Tilsit (8 juillet 1807) qui fige la situation en Europe centrale, qui déterminent Napoléon à intervenir directement en Espagne. Il a ces mots : « partout où je ne suis pas, on ne fait que des sottises ! ». On peut en effet imaginer que s’il avait été sur place, Napoléon aurait rectifié les erreurs de Dupont à Baylen. On trouve çà et là écrit que Napoléon n’avait pas su comment finir cette (sale) guerre. Mais quand on lit sa correspondance, il saute aux yeux qu’il a tout compris. Il écrit à Savary : « dans une guerre de cette sorte, il est nécessaire d’agir avec patience, calme et d’après des calculs bien établis. Dans les guerres civiles, ce sont les points importants que l’on défend. Nous ne devons pas aller partout ». Son intervention est d’ailleurs couronnée de succès. Mais combien de temps reste-t-il en Espagne ? Deux mois et demi10, la faute à une situation internationale qui commence à se dégrader : l’Autriche qui sait ne rien devoir craindre de la Russie, murmure. Il n’en faut pas plus pour que l’Empereur file à Paris. Son erreur est alors de négliger de désigner en partant, un commandant-en-chef sur le théâtre d’opérations espagnol.

 

       Le grand capitaine s’imagine alors pouvoir tout contrôler

Il laisse en Espagne huit corps d’armée qui sont regroupés en cinq armées largement autonomes. Leurs chefs, et c’est assez incroyable, reçoivent leurs ordres directement de l’Empereur ! C’est une faute que signale Marbot dans ses mémoires. Pourtant, ce principe connaît quelques succès pour lutter contre la guérilla et pour défaire les armées des juntes provinciales. Dans l’esprit de l’Empereur, cette situation est provisoire. Dès la signature du traité de Vienne (14 octobre 1809), il a à nouveau les mains libres. Son intention est alors d’en finir avec les affaires d’Espagne qui selon lui, traînent trop en longueur. Au mois de novembre 1809, il décide de l’envoi d’un renfort de 120 000 hommes de troupe de qualité, dont huit nouveaux régiments de la Garde. Il projette d’ailleurs lui-même de revenir en Espagne à la tête de ces renforts au printemps de 1810, une fois qu’il aura réglé son divorce avec Joséphine et son mariage avec Marie-Louise. Les renforts rejoindront la péninsule mais pas lui, car cette fois c’est la Russie qui s’agite... À partir du moment (1810) où les Espagnols acceptent de servir aux côtés des Anglais et des Portugais sous le commandement en chef de Wellington, le système des armées autonomes devient inadapté ; il aurait alors fallu un coordinateur sur place, Napoléon ne s’y résout pas et laisse les coudées franches à ses maréchaux.

 

       Que valent les chefs ?

Loin de Paris et du maître, ils laissent apparaître leur humeur personnelle, indocile, ambitieuse ou jalouse. Le caractère « des chefs », ailleurs comprimé sous la main du souverain, s’épanouit librement en Espagne. On peine à croire que Napoléon ignore les humeurs de ses subordonnés. Comment peut-il méconnaître la haine que se vouent Soult et Victor, maintes fois signalée ? que Lannes déteste Murat parce qu’il aimait Caroline et que le brillant cavalier avait eu sa préférence ? qu’il s’entend d’ailleurs fort mal avec Bessières avec lequel à Essling il avait eu des mots, que Marmont est en conflit avec Soult et est brouillé avec Bessières parce qu’il avait été nommé maréchal avant lui, que ce dernier n’aime pas Masséna et est par ailleurs détesté par Berthier, que Gouvion-Saint-Cyr fait l’unanimité contre lui parce qu’on le trouve trop individualiste ? Soult, en dépit de ses qualités est avant tout à la recherche d’un trône au Portugal. Joseph, Murat, Eugène… pourquoi pas lui11 ? Le résultat de ces enfantillages compromet l’oeuvre entreprise. Ainsi, les opérations communes entre Soult et Victor sont mal coordonnées et ce même Soult abandonne Ney en Galice, arrive sciemment trop tard à Talavera de La Reina (28 juillet 1809) parce qu’il ne veut pas offrir à Joseph la victoire, que selon lui, il ne mérite pas12 ! C’est encore lui qui s’attarde sans raison, au siège de Badajoz (22 avril-12 mai 1811) au lieu de secourir Masséna. Ce dernier peut aussi, avec juste raison, se plaindre d’être mal soutenu par Ney au Portugal. D’ailleurs, Ney et Reynier entrent en rébellion contre le prince d’Essling. À la bataille d’Espinosa (10-11 novembre 1808), Victor et Lefebvre se signalent eux aussi par leur mésintelligence tandis que Bessières, chose incroyable, refuse de faire donner la cavalerie à Fuentès de Onoro (5 mai 1811). On n’en finirait pas de rapporter toutes les mésententes entre les maréchaux pendant cette guerre. L’Espagne donne le triste spectacle de chefs en désaccord qui se ruinent mutuellement et qui se trouvent finalement confondus dans une défaite commune.

 

                                         

8 En 1808, sur les 12 000 hommes qui composent la cavalerie, on ne compte que trois vieux régiments (1 250 sabres).

9 Pour la première fois, une armée française capitule en rase campagne. Cette catastrophe encourage les Anglais qui effectuent dans la foulée, un débarquement anglais au Portugal de 19 000 hommes sous le commandement d’Arthur Wellesley, futur duc de Wellington. Ceci étant, cette défaite est salutaire dans le sens où Napoléon se résout à intervenir direc­tement… et va rétablir la situation.

10 Du 5 novembre 1808 au 17 janvier 1809. En rejetant définitivement les Anglais à la mer, les guérillas privées d’aide morale et matérielle se seraient progressivement affaiblies tandis que la population lassée, aurait fini par céder au dialogue (comme en Vendée).

11 Ce serait une belle promotion pour ce fils de petit notaire.

12 « On s’arrêtait à chaque instant sous prétexte de faire réparer l’artillerie » rapporte un témoin.

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Titre : Napoléon est dans l’optimisme d’une conquête facile
Auteur(s) : le lieutenant-colonel Georges HOUSSET
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