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Les Mémoires du maréchal Mannerheim (1882-1946)

Traduit et adapté par Jean-Louis Perret
Histoire & stratégie
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L’objectif de cette fiche est de comprendre comment l’emploi d’une technique de combat particulière telle que le « Motti » en environnement boisé, enneigé et gelé, avec son intégration dans une stratégie de bataille à long terme, permet de compenser une infériorité numérique et opérationnelle, à l’aune des observations personnelles du Maréchal Mannerheim.

 


- Présentation de l’auteur : 

 

Carl Gustaf Emil Mannerheim est né le 4 juin 1867 à Askainen dans le SudOuest de la Finlande. Il est le troisième enfant d’une famille aristocratique finno-suédoise d’ascendance hollandaise et anoblie en 1768. Il porte ainsi le titre de baron. Il décrit lui-même son renvoi du corps des Cadets de Finlande à l’âge de 16 ans comme un moment "décisif" de sa vie. Blessé dans son amour propre, il se lance dès lors le défi de devenir "officier des chevaliers-gardes" (garde impériale) en intégrant l’Ecole de Cavalerie de Saint-Petersbourg.

 

Admis en 1889, à l’âge de 22 ans, il débute en tant que cornette au sein du 15e régiment de dragons de l’impératrice Alexandra. Après le couronnement de Nicolas II, le Général von Grünwald, commandant des chevaliers-gardes, est nommé grand écuyer de la Cour et offre à Mannerheim un poste important dans l’administration des écuries impériales. En 1903, promu au grade de capitaine, il demande à devenir instructeur à l’Ecole des officiers de cavalerie à Saint-Petersbourg où il prend le commandement de "l’escadron-modèle". La guerre russo-japonaise (1904-1905), où il sert en tant que lieutenant-colonel est la première des cinq campagnes auxquelles il participera. Régent de Finlande entre décembre 1918 et juillet 1919, il reçoit le titre de maréchal en 1933 et prend la tête du Conseil de la défense nationale de la Finlande. Il devient commandant en chef des troupes finlandaises à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Qu’il s’agisse de la guerre d’Hiver (1939-1940) ou de la guerre de Continuation (1941-1944), Mannerheim incarnera à la fois le rôle de chef politique et de chef militaire.   En 1942, le gouvernement lui accorde le titre de maréchal de Finlande. Elu président de la République par le Parlement le 4 août 1944, il démissionnera en mars 1946 pour des raisons de santé.   

- Date de publication : 1952
 
- Sujet et enjeux de l’ouvrage : au-delà des considérations politiques concernant le rôle joué par le maréchal Mannerheim dans l’indépendance de la Finlande, cet ouvrage est d’intérêt par la description qu’il fait de la technique du motti durant la guerre d’Hiver. En effet, Mannerheim, qui détaille les différentes étapes du conflit qui opposa l’URSS à la Finlande entre le 30 novembre 1939 et le 13 mars 1940, nous offre sa vision personnelle de l’emploi d’une telle technique. A ce titre, nous nous sommes concentrés sur les chapitres I (De l’Ecole des Cadets au grade de Colonel), III ("La Guerre d’indépendance en Finlande"), IX ("La Guerre d’Hiver") et enfin XII ("La guerre reprend") de son ouvrage. Le « Motti » est l’application finlandaise de la technique du combat en essaim, maintes fois mise en pratique à travers l’histoire (les Turcs contre les Croisés à la bataille de Dorylaeum en 1097, ou encore les Zoulous contre les Britanniques à la bataille d’Isandhlwana en 1879).

 

Dans ses Mémoires, le maréchal Mannerheim dépeint avec précision les opérations militaires qu’il a commandées et nous offre une analyse personnelle des réussites et des échecs de l’armée finlandaise face à son ennemi soviétique. L’Armée de Terre peut en retirer des enseignements tactiques et techniques adaptables à la guerre moderne, surtout lorsqu’on parle d’emploi en essaim. En outre, dans sa volonté d’expliquer comment les forces finlandaises ont pu tenir tête à un ennemi qui paraissait pourtant pouvoir l’emporter haut la main (avec un RAPFOR de 4 contre 1), Emil Mannerheim éclaire sur la manière dont une Armée peut tirer avantage de son environnement, de ses faiblesses pour rester agile et endurante. Enfin, à la lumière de l’échec soviétique face aux Finlandais, cette étude montre qu’une connaissance poussée de son ennemi demeure l’une des clés de la victoire et le mépris de l’ennemi et des réalités du terrain une cause majeure de défaite.
 
 
- Thèmes abordés dans le livre : 

• Rôle du maréchal Mannerheim dans la construction politique de la République de Finlande ;

• Rôle du maréchal Mannerheim en tant que stratège militaire et chef de guerre ;

• Comment affronter une armée ennemie qui est en position de supériorité, à la fois numérique et opérationnelle ?


 
I-  La tactique du Motti  

 

a) Définitions

"Le motti consiste, dans des conditions climatiques extrêmes et sur une topologie des lieux particulièrement hostile, à harceler les colonnes et les convois russes pour les isoler en petits groupes de combat qui se retrouvent encerclés par des unités légères et mobiles d’éclaireurs à ski, sorties de la forêt. Désorientés, coupés du reste de la colonne, les soldats russes tentent de s’enfuir par petites unités à travers les tourbières et les lacs gelés." 1 Cette définition de Serge Lion nous permet de visualiser avec précision le déroulement de la tactique du motti. Cette dernière désigne à la fois une réalité tangible, soit une unité ennemie encerclée - en l’occurrence, une unité russe - mais également une tactique militaire. Le terme de motti (emprunté au suédois mått, "mesure") signifie "stère", essarts. Lorsque le bois de chauffe était ramassé, les bûches étaient débitées en tronçons et entreposées par tas cubiques d'un m³, qui étaient laissés dans la forêt afin d'être récupérés plus tard. Le terme désigne donc le résultat final de l’emploi de cette tactique lorsqu’elle se révèle concluante.   Selon le maréchal Mannerheim, il s’agit avant tout d’une technique de "défense active", reposant sur une "utilisation intelligente du terrain et des conditions naturelles". Dans ses Mémoires, il en donne une définition personnelle lorsqu’il évoque l’ennemi soviétique : il s’agit  "d’attaquer les colonnes, une à la fois" et de "porter des coups décisifs sur leurs flancs et sur leurs arrières, sans compromettre nos liaisons".  
 
 b) Une réussite conditionnée par la combinaison de différents facteurs 

Le motti, qui peut être défini comme un combat de harcèlement, qui s’apparente au combat de guérilla. Son efficacité est conditionnée par la combinaison de différents facteurs :                                                  

 - un milieu d’application privilégié : les régions boisées et enneigées, les forêts peu fournies ; 

- la mobilité des soldats : dans le cas des soldats finlandais, cette grande capacité de mouvement leur a été permise par l’utilisation des skis ; 

- la préparation aux conditions naturelles en amont / une excellente connaissance du milieu d’application ;  - le port d’une tenue camouflée blanche (contrairement aux Soviétiques, très visibles).

 

C’est la combinaison de ces différents facteurs qui permet la mise en œuvre du motti, dont les grandes étapes peuvent se résumer ainsi : 

1- Désarticuler l’ennemi : mener la guerre contre les voies de communication et d’approvisionnement de l’ennemi. Cela permet notamment d’empêcher les unités ennemies de se porter par la suite assistance mutuelle. 

2 - Diviser pour  isoler l’ennemi : c’est la conséquence naturelle de l’étape précédente. Les colonnes blindées ou les groupements tactiques ennemis sont ainsi divisés, cloisonnés en plus petits môles (les mottis). 

3 -  Encercler ces petits groupes par les forces mobiles afin de les combattre séparément et donner l’illusion de la masse.

4 -  En cas de poche trop résistante, la harceler pour l’épuiser jusqu’à ce que, à court de vivres et de munitions, elle se rende.  


 
II- Le motti dans la guerre d’Hiver  
 
 Le motti a été utilisé à plusieurs reprises lors de la guerre d’Hiver. Cette dernière débute le 30 novembre 1939, date à laquelle l’URSS attaque la Finlande. Le principal casus belli est le refus de la Finlande de céder à Staline une portion de l’isthme de Carélie et de lui louer la presqu’île de Hanko pour y établir une base militaire. La guerre d’Hiver durera trois mois et demi et se soldera par la signature du traité de Moscou (1940). Si les Soviétiques réussissent à s’emparer de l’isthme de Carélie, la guerre d’Hiver va profondément écorner l’image des qualités combatives de l’Armée rouge. Cette dernière, qui partait pourtant gagnante sur le papier, va se heurter à un ennemi finlandais bien plus tenace qu’escompté.  
 
 a) Une supériorité soviétique incontestable

L’emploi du motti résulte d’un constat sans appel : au début du conflit, l’armée russe, dont les effectifs sont bien plus importants que les effectifs finlandais, dispose également d’une puissance de feu sans pareil. Le premier jour du conflit, Mannerheim explique cela avec clairvoyance : "le 30 Novembre au matin, les Russes entreprirent des opérations régulières avec des forces considérablement supérieures aux nôtres sur terre, sur mer et dans les airs. Maintenant, chacun comprit qu’il s’agissait, pour le peuple finlandais, d’un combat à mort."
 
Schéma 1 - Comparaison des forces en présence

Tableau 1- Puissance de feu
 
 b) Étude de cas :

la bataille de Suomussalmi Deux batailles de la guerre d’Hiver sont particulièrement symptomatiques de l’emploi du motti : Tolvajärvi et Suomussalmi.  Une analyse tactique de la bataille de Suomussalmi, à partir des observations personnelles du maréchal Mannerheim, peut nous permettre de comprendre comment ce procédé tactique permet de pallier une infériorité numérique et opérationnelle. La bataille, qui s’est déroulée entre le 7 décembre 1939 et le 8 janvier 1940, illustre en effet, par la victoire finlandaise, l’application concrète de la tactique du motti.
 
• Forces en présence 

- URSS : 2 divisions d’infanterie et une division blindée, soit environ 45 000 hommes ;

- Finlande : 3 régiments et quelques bataillons isolés, soit environ 11 000 hommes.  Ainsi, l’Armée rouge, quatre fois plus nombreuse que l’armée finlandaise au début de l’affrontement, dispose d’une supériorité absolue.  

 
Carte 1- déroulement de la bataille
© Edward J. Krasnobowski, Frank Martini, Carte de la bataille de Suomussalmi
 
1 - Offensive soviétique : la 163e division de l’Armée rouge franchit la frontière entre l’URSS et la Finlande et se dirige vers le village de Suomussalmi afin de couper la Finlande en deux. Pour y parvenir, il s’agit de prendre la région d’Oulu, majoritairement forestière et très marécageuse. 

2 - Suomussalmi, défendue par un unique bataillon, tombe aux mains des Soviétiques mais les troupes finlandaises parviennent à détruire le village avant que la division ennemie puisse y trouver refuge (les conditions météorologiques sont très contraignantes). 

3 - Les Finlandais battent en retraite sur les rives opposées des lacs Nislanselkä et Haukiperä. 

4 - Contre-offensive soviétique : mise en oeuvre du motti sous le commandement du colonel Siilasvuo qui ordonne à ses troupes de harceler les flancs des colonnes soviétiques. 

5 - Le motti est complété par l’emploi de bombes incendiaires qui prendront le nom de « cocktail Molotov ». 


6- Si la combinaison du motti et des cocktails Molotov permet la destruction de nombreux groupes de soldats soviétiques isolés, ces derniers, forts de leur supériorité numérique, continuent à progresser mais plus lentement. 

7 - Un mois après le début de la bataille, la 163e division soviétique se débande et ses survivants  fuient, tandis que la 44e division russe (essentiellement composée d’ukrainiens) préfère consolider ses positions plutôt que de porter secours à l’autres division. 

8 - Incident de "Raattentie", au cours duquel une unité de 300 finlandais surprend dans une embuscade la 44e division soviétique (environ 25 000 hommes) sur un chemin forestier, et lui fait subir des pertes très sensibles.

9 - Simultanément, à la tête des 6000 hommes de la 9e division finlandaise, le colonel Siilasvuo applique une nouvelle fois la tactique du motti pour couper la retraite aux Soviétiques. Ce dernier coup porté à l’ennemi offre la victoire aux troupes finlandaises : en quatre jours seulement, l’ensemble de la division soviétique est anéantie. 

• Pertes La comparaison des pertes respectivement essuyées par les deux belligérants nous montre à quel point le motti combiné aux défaillances russes s’est révélé destructeur pour l’URSS. (Les pertes soviétiques sont 28 fois plus importantes que les pertes finlandaises) : - URSS : 23 000 hommes - Finlande : 800 hommes  
 
 c) Bilan : enseignements et limites du motti

A l’aune des commentaires du maréchal Mannerheim, nous pouvons relever plusieurs conditions dont le respect détermine la réussite du motti :  - des adversaires qui avancent en colonnes séparées dans un milieu forestier désert  - une impossibilité de communication et de coopération entre les différentes colonnes ; - des adversaires qui ne connaissent pas le milieu et n’ont pas pu s’y entraîner au préalable ; - des adversaires dont la doctrine d’emploi n’est pas compatible avec l’espace d’application, ni adaptable à ce dernier.  
 
Selon Mannerheim, plusieurs facteurs expliquent la défaite soviétique : 

 

- La sous-estimation de la valeur des divisions finlandaises eu égard à leur faiblesse matérielle ;

 

- Un commandement tactique soviétique non adapté aux conditions météorologiques et à l’environnement géographique. Les troupes soviétiques étaient habituées à combattre dans les steppes ouvertes et non sur des terrains boisés, ce qui explique leur faible compétence tactique ; 

 

- Une méconnaissance du ski et de l’emploi de ce dernier à des fins militaro-stratégiques (selon Mannerheim, cela constitue la plus grande lacune du soldat russe). 

 

Le maréchal évoque également les limites du motti. Des groupes soviétiques isolés sont ainsi parvenus à reprendre l’avantage en se retranchant, puis en créant des points d’appui solides où les chars formaient la ceinture et l’artillerie, le cœur du dispositif.

 

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1 LION Serge, Les grandes batailles de la seconde Guerre Mondiale, Ixelles Editions, Paris, 2012

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Titre : Les Mémoires du maréchal Mannerheim (1882-1946)
Auteur(s) : Stagiaire CDEC/PEP
Éditeur : Paris, Hachette, 1952
Collection :
ISBN : B006F2E3LO
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Schéma 1- Comparaison des forces en présence:
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Tableau 1- Puissance de feu
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Tableau 2- synthèse
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Carte 1- déroulement de la bataille
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