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L’arc anglais face à l’arbalète et face à la chevalerie : vraies fausses leçons de tactique 1/2

Revue de tactique générale - La bataille
Histoire & stratégie
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On peut lire sur une page « histoire » d’un site régional1 le jugement suivant : « La victoire des Anglais à Crécy fut une victoire de l’obéissance sur l’indiscipline, de l’organisation sur l’imprévoyance, de l’arc anglais sur l’arbalète génoise… La bataille de Crécy constitue pour l’histoire  un événe- ment considérable dans la mesure où pour la première fois la chevalerie sera battue par l’infanterie. » Ce résumé n’a rien d’extraordinaire ni ne prouve une particulière incompétence : on en entend de pareils très régulière­ ment dans nos amphithéâtres et nos salles de travail. Ordinairement, le but du propos est de faire passer d’avance pour « rétrograde » l’argumen­ taire de toute personne se hasardant à mettre en cause la pertinence des doctrines tactiques que nous qualifierons « d’avant­garde », doctrines reposant au moins en partie sur l’idée que les nouveautés techniques régleront les problèmes tactiques.

 


Nous focaliserons ici notre propos sur l’arc et l’arbalète et sur la cavalerie face à l’infanterie, deux questions dont les vraies et les fausses leçons tactiques, fondées sur une « histoire bataille » très superficielle assaison­ née de fausses vérités serinées depuis l’école primaire, hantent toujours aujourd’hui le prétoire de l’histoire et les coursives des centres de doctrine.

 

L’épreuve des guerres de Galles et d’Écosse

Chassés de leurs possessions continentales au siècle précédent par la reconquête de Philippe­Auguste et de ses successeurs, les Plantagenêt consacrèrent leurs efforts à assujettir les Gallois (de 1277 à 1282) puis les Écossais au prix de guerres longues et dures qui transformèrent profondé­ ment leur appareil militaire. Les armées galloises consistaient essentielle­ ment en levées de piétons, majoritairement armés d’arcs dans le sud et de piques dans le nord, et menaient une guérilla en se retranchant dans les terrains difficiles, marais, taillis, etc. Ils employaient l’arc comme une arme individuelle et tiraient le plus souvent au but à courte distance des flèches capables de perforer un haubert. Les Anglais profitèrent très vite des dif­ férents entre Gallois pour recruter parmi eux des soldoyers, dont la plupart venaient du sud et étaient donc archers. À Orewin Bridge (11 décembre 1282) le tir groupé de ces archers désorganisa la formation serrée et sta­tique des piquiers gallois, et la força hors de la position qu’elle occupait.

 

Les guerres d’indépendance de l’Écosse (1296­1357) confirmèrent progres­sivement l’intérêt de l’emploi groupé d’archers nombreux tirant à grande cadence et à longue distance. Les armées écossaises étaient constituées d’une petite chevalerie peu nombreuse et relativement mal équipée et d’une forte proportion de paysans sans instruction ni protections, armés de piques grossières, qui se rangeaient en formations serrées, les schiltrons, sur une éminence, derrière un terrain défavorable à la chevalerie, renforcé éven­ tuellement de pièges et d’obstacles, d’où ils pouvaient aussi bien découra­ ger une charge qu’attaquer si l’occasion s’en présentait. Instruits par leurs désastres à Falkirk (1298) et Bannockburn (1314), les Anglais combinèrent très progressivement toutes ces leçons dans le but de désorganiser des formations de piétons serrées, mal protégées et relativement peu mobiles et permettre leur abordage par les gens d’armes à cheval ou à pied. Leurs armées comptèrent un nombre et une proportion croissante d’archers, de plus en plus anglais et non gallois, équipés d’arcs améliorés et soutenus par une « logistique » adaptée. Ils prirent l’habitude de les déployer à l’avant puis sur les ailes, sur deux lignes de trois rangs, protégés par des pieux ou par un terrain fort, éventuellement aménagé (marais, terres basses et grasses ou inondées, bois, haies, fossés, etc.). Souvent, en infériorité numé­ rique et toute retraite interdite, ils firent mettre pied à terre à une partie de leurs gens d’armes pour leur faire soutenir les gens de pied.

 

À Boroughbridge (1322), l’armée de Lancastre vient butter sur celle d’Andrew Harclay, rangée en schiltrons encadrés par les archers aux débouchés d’un pont et d’un gué sur l’Ure : ralentie par le passage de l’obstacle, elle est désorganisée par le tir massif puis assaillie par les piquiers. À Dupplin Moor, dix ans plus tard (1332), l’armée du « préten­dant » John Baliol, sous Henri de Beaumont, en nette infériorité numérique et menacée d’être encerclée par une deuxième armée écossaise, franchit de nuit la rivière Earn et se fortifie sur une colline où elle attend l’assaut, ses gendarmes démontés au centre et ses archers aux ailes : les piétons écossais, mal protégés et attaquant en montée, sont accablés et décimés par les archers puis chargés dans la pente par les gens d’armes démon­ tés et les piétons. À Hallidon Hill (1333), le jeune Édouard III applique la« recette » de Beaumont pour arrêter l’armée écossaise du comte de Douglas qui tente de lui faire lever le siège de Berwick. Il retranche ses hommes en trois batailles, chacune encadrée d’archers, au sommet d’une colline escarpée précédée de terres basses inondables : ralentis et épuisés par la traversée du bourbier puis par la pente, les Écossais, plus nombreux d’un tiers, sont de nouveau désunis et décimés par le tir des archers avant d’être chargés.

Donc dès leur première chevauchée de 1339, le Roi Édouard et ses capi­taines disposent d’une tactique éprouvée pour affronter en défensive une armée supérieure en nombre et forcée à l’offensive mais sensiblement inférieure aux plans de l’organisation, de l’équipement et de la tactique. Mais cette tactique surtout défensive sera­t­elle adaptée aux conditions de la campagne offensive dans laquelle ils s’engagent ? Nul ne peut le dire encore.

 

Les armées au XIVe siècle

Quelles que soient les prétentions qu’ils agitent pour justifier leur guerre, Édouard III et ses successeurs n’essayent pas de conquérir le trône de France, royaume cinq fois plus peuplé et beaucoup plus riche et développé que le leur, un objectif totalement hors de portée. Leur but, limité, est d’ob­ tenir la souveraineté sur la Guyenne, et éventuellement de l’agrandir, avec la complicité des nobles et des bourgeois aquitains, notamment bordelais et gascons, qui préféreraient évidemment l’autorité d’un roi faible et loin­ tain à celle d’un souverain proche et puissant. Pour cela ils vont multiplier les chevauchées, expéditions  de pillage qui ont un multiple avantage. Elles ruinent l’ennemi, directement par les dommages causés et indirectement par les dépenses occasionnées pour le maintien d’une défense quasi per­ manente de tout le territoire. Elles nécessitent une armée réduite, mobile et légèrement équipée. Leur durée n’excède que rarement la durée du ser­vice militaire dû au souverain par ses vassaux. Et le butin, de toute façon, paie l’armée. La guerre se caractérisera donc par une dissymétrie abso­lue, aussi bien des buts de guerre que des moyens nécessaires à la mener.

 

Il n’y a à l’époque ni impôt ni armée permanente. Les armées, aussi bien anglaises que françaises, sont constituées pour la durée d’une campagne (une saison) par des levées féodales, fondées sur le service d’ost par lequel les vassaux doivent à leur suzerain l’assistance militaire pour une durée variable – pour le domaine royal français, généralement une quarantaine de jours – au-delà de laquelle le service devient complètement facultatif et de toute façon payant. Les rois complètent leurs forces et tentent de se donner une plus grande liberté d’action de diverses manières : solder, c’est­à­dire payer, leurs gens au­delà de la durée du service, voire en permanence (les gens ainsi payés sont appelés soldoyers) ; imposer par la loi un nouveau service à certaines catégories sociales (ce que font les rois anglais en imposant aux collectivités rurales de fournir des archers entraînés) ; recruter des mercenaires en passant contrat avec des entre­ preneurs de guerre (Arnaud de Cervoles dit « l’archiprêtre », les frères Bureau, etc.); trouver des alliés (les Génois à l’Écluse et à Crécy).

 

Le cœur de la puissance militaire est fourni par les gens d’armes, la cava­lerie lourde regroupant les chevaliers et tout ce qui y ressemble par son équipement (sergents, bacheliers, écuyers, etc.). Ils s’arment et se montent à leurs frais, ou aux frais de leur maître, d’où d’importantes disparités dans leur capacité tactique. Quels que soient leur origine et leur statut2, ils sont armés à l’identique, s’entraînent quasiment en permanence, et pra­ tiquent la même tactique. Leur tactique offensive consiste essentiellement à charger  en haie, la lance en arrêt, pour maximiser l’effet du premier choc, puis à combattre à l’épée dans la mêlée, aussi bien à pied qu’à cheval. En défensive et dans les sièges, ils combattent essentiellement à pied et ne dédaignent pas d’user d’arcs et d’arbalètes, armes dont l’emploi fait partie de leur formation traditionnelle. Au milieu du XIV e siècle, l’équipement du chevalier et de sa monture est de plus en plus adapté à la recherche du choc initial décisif : armure de plates, bassinet, arrêt de lance et allongement de celle­ci, abandon de l’écu, etc. Parallèlement les tournois ont décliné au profit des joutes, d’où un entraînement plus individuel et technique et moins focalisé sur la manœuvre et la combinaison des différentes « armes ». Les défenses de plus en plus sophistiquées protègent assez efficacement le chevalier des traits, surtout de front, mais les montures ne seront caparaçonnées qu’au début du XVe  siècle.

 

Les gens de pied sont pour une bonne part des intermittents mal armés, mal protégés et pas entraînés. L’inefficacité des levées de l’arrière­ban a d’ailleurs conduit les rois, d’un côté à renoncer à convoquer les milices et de l’autre côté à multiplier le recours aux soldoyers et aux Grandes Compagnies, et à des alliés plus ou moins techniquement spécialisés. Seuls ces professionnels sont capables de résister à la chevalerie en bataille, ils restent en campagne tant qu’on les paie mais leur emploi est onéreux.

 

Enfin il faut noter que la dissymétrie des buts et des moyens de guerre que nous avons déjà signalée se traduit au plan tactique par une dissymétrie très importante dans la composition des armées et dans les contraintes qui s’imposent à leurs chefs. Les batailles de la Guerre de Cent ans ne sont pas livrées entre une armée française et une armée anglaise. Elles sont presque toujours livrées entre une armée royale française obéissant à toutes les contraintes politiques, sociales et économiques de l’époque, et une chevauchée « anglo­française », expédition de brigandage très inférieure en nombre et en armement, reposant sur l’intérêt immédiat et l’instinct de survie des parties, donc déliée de toutes les contraintes en usage.

 

Les gens de trait

Toutes les armées de l’époque, anglaises et françaises comme les autres, comprennent des archers et des arbalétriers. Dans leur emploi classique et le plus répandu d’armes de jet individuelles et de précision, leurs missions sont à peu près similaires et l’arbalète démontre une évidente supériorité de précision et de puissance vulnérante, pour un coût en entraînement très inférieur. L’arc est nettement moins cher et présente une nette supériorité de la cadence de tir, mais au détriment de la précision, et il exige un entraî­nement long, entretenu, socialement et politiquement coûteux : paradoxa­lement, ces défauts vont faire sa force dans le contre­emploi dans lequel vont désormais le cantonner les Anglais.

 

Le longbow anglais du milieu du XIV e siècle résulte de l’amélioration pro­ gressive de l’arc gallois. Il est taillé d’une pièce, le plus souvent dans du bois d’if d’importation, mesure environ deux mètres et nécessite couram­ ment une traction de 40 à 80 kilogrammes3. Ces caractéristiques inter­ disent de l’employer à cheval ou dans une position autre que debout, exigent une sélection et un entraînement particulièrement rigoureux, et imposent des contraintes techniques pour éviter le bris de l’arc ou les dommages physiques au tireur : car l’arme est d’emploi délicat et produit des chocs violents susceptibles de blesser gravement le tireur maladroit.

Les rois anglais ont compris dès les guerres d’Écosse le rapport coût/efficacité remarquable offert par cette arme relativement archaïque mais bon marché et n’exigeant qu’une main­d’œuvre robuste, abondante et obéissante, caractéristiques des yeomen. Ils s’appuient sur la capacité unique qu’a le Parlement de voter et percevoir un impôt permanent et sur les dispositions de l’Assize of arms de 1251 qui imposent à tout le peuple un service militaire. Dès le règne d’Édouard Ier, ils légifèrent pour orga­ niser l’entraînement et la sélection d’archers de plus en plus nombreux, développent et réglementent la production d’arcs, de cordes et de flèches, prohibent l’arrachage des ifs, organisent progressivement une logistique adaptée.

Si le grand arc perce à 60 mètres en tir tendu, avec des flèches à empen­nage long et pointes perforantes carrées, un haubert ou les défenses secondaires d’une armure de plates (les flancs ou le dos, moins épais et non profilés), ses performances dans cet emploi restent inférieures à celles des arbalètes à cranequin et diminueront à mesure que progressera la technologie des forgerons d’armures.

Mais dans son emploi privilégié, un archer envoie entre 200 et 300 mètres environ, en tir plongeant et sans précision, à une cadence de 10 à 12 traits par minute, des flèches à empennage court et à pointe plate, dévastatrices sur les piétons et les chevaux non protégés. Groupés en compagnies, tirant sur ordre, pourvus en flèches en grandes quantités directement sur le champ de bataille par des personnels dédiés à la logistique, ils pro­ duisent un effet tactique nouveau dont on ne prendra que progressivement conscience. Toute formation tactique, peu ou mal protégée, stationnant ou se déplaçant lentement à portée de leurs tirs, subit des pertes et une désorganisation irréparables qui la forcent à sortir rapidement du champ de tir, donc à se retirer ou à charger. Il leur suffit dès lors de choisir une position forte derrière un terrain difficile à la portée de leurs armes, d’interdire l’abordage par des obstacles (escarpement et pieux à Crécy, pieux, haies et vignes à Nouaillé­Maupertuis, fossé, ruisseau, etc.), d’appuyer leurs flancs aux gens d’armes, à un obstacle ou à des chariots.

Le développement de l’archerie anglaise est donc un choix économique et anti­technologique, qui aura des conséquences sociales et politiques importantes sur le long terme. Seule l’Angleterre en Europe a pu disposer des conditions nécessaires à la réalisation d’un tel « système d’armes ». Les autres puissances ne disposaient pas de l’autorité politique néces­ saire et étaient réticentes à armer massivement les paysans libres dans le contexte de la Grande Peste et des grandes jacqueries.

 
 

1    Site   Nordmag :     http://www.nordmag.fr/patrimoine/histoire_regionale/Crecy/bataille_crecy.htm

2   On distingue parmi les milites ou chevaliers : barons, chevaliers chasés (pourvus d’un fief), chevaliers de maisnie (appartenant à un seigneur dont ils constituent la maison militaire permanente), chevaliers stipendiés ou soudoyés. Les non nobles sont les sergents.

3   Alors que la force de traction exigée par les arcs de compétition contemporains ne dépasse pas 30 kg

 

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Titre : L’arc anglais face à l’arbalète et face à la chevalerie : vraies fausses leçons de tactique 1/2
Auteur(s) : Colonel Christophe de LAJUDIE
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