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L’arc anglais face à l’arbalète et face à la chevalerie : vraies fausses leçons de tactique 2/2

Revue de tactique générale - La bataille
Histoire & stratégie
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« Leçons » et adaptations

À Crécy­en­Ponthieu (1346), le tir des archers anglais retranchés sur une éminence commandant une prairie basse et détrempée met en grand désarroi les arbalétriers génois, statiques et incapables de s’en protéger comme de les contrebattre4. La charge désordonnée des gens d’armes, à cheval, ralentie par le bourbier, offre une cible quasi­fixe idéale aux tirs de saturation.


Parce que les Anglais, acculés dans une position strictement défensive, avaient aussi démonté leurs gens d’armes, les contemporains semblent en avoir tiré l’idée que ces derniers ne pouvaient pas charger sous le tir des archers et seraient plus efficaces dans l’attaque à pied. Le diagnostic étant faussé, le résultat se révéla décevant : si ce mode d’action évitait de faire inutilement massacrer les chevaux qui, à l’époque étaient encore très peu protégés, il faisait des gens d’armes, lourdement équipés pour combattre à cheval, un objectif plus statique et donc beaucoup plus facile à battre encore que lorsqu’ils chevauchaient.

 

1re leçon : attaquer à pied

À Poitiers (ou Nouaillé­Maupertuis, 1356), les anglo­gascons ayant disposé de deux nuits et une journée de trêve pour se retrancher dans le bois de Nouaillé, dans les haies et vignes qui le précèdent, et dans le marais de Villeneuve aux abords des gués du Miosson, leurs archers peuvent facile­ ment mettre à mal la bataille du maréchal d’Audrehem lorsqu’à l’aube elle charge à cheval vers les gués pour intercepter l’échappée des Gascons avec le butin. Les archers ont sans doute également participé à déconfire la charge du maréchal de Clermont sur le bois puis les attaques succes­ sives des batailles françaises à pied, gens d’armes et piétons mêlés. Il n’est pas certain cependant que leur rôle ait été décisif. La force relative de la position des Anglo­gascons, leurs travaux de retranchement, la plus grande capacité qu’avaient évidemment leurs gens d’armes à combattre à pied en défensive statique contre des adversaires obligés d’attaquer au travers de nombreux obstacles, l’obligation qu’avait leur ennemi de les attaquer, tous ces facteurs cumulés eurent le poids essentiel. À quoi il faut ajouter l’obligatoire cohésion d’une petite troupe jouant sa vie et son butin contre l’armée, grande mais fragile, d’un grand état en construction : car les très nombreuses défections de corps entiers n’ayant même pas combattu eurent du côté français un rôle essentiel dans le résultat5. C’est pour les endiguer que le Roi va placer sa bataille de réserve en évidence sur la hauteur du champ Alexandre, qui domine les gués et où il espère rallier les fuyards et les indécis. Ce que voyant, les Gascons du Captal­de­ Buch, appâtés par la perspective d’une bonne prise, repassent le gué et débouchent derrière le Roi, déclenchant  une attaque générale.

Les Français reprendront pourtant en de nombreuses occasions ce mode d’action de l’offensive à pied par les gens d’armes, supposés plus solides que les piétons ordinaires : à leur avantage à Roosebeke (1382)6, pour leur malheur à Azincourt.

 

2e leçon : se débarrasser d’abord des archers : facile à dire…

À Azincourt (1415), les Anglais, de nouveau acculés, auraient déployé leurs archers en V aux deux ailes, retranchés derrière des pieux, face encore une fois à un bourbier encadré par deux bois. Les Français se sont déployés en trois batailles, les deux premières à pied, encadrées par deux ailes à cheval dont la mission semble avoir été de neutraliser les archers dès le début de l’action, la troisième en réserve à cheval, avec les gens de trait et la petite chevalerie. La charge initiale des deux ailes contre les archers échoue. Avançant lentement à pied sur un terrain gras, les gens d’armes français sont pris de flanc par les traits des archers qui les mettent en grand désordre malgré leurs excellentes armures. Les deux premières batailles tentent d’avancer pour se soustraire au tir, s’imbriquent dans une cohue indescriptible. Le désordre est tel que les archers anglais eux­ mêmes, plus lestes, suivis par leurs piétons, attaquent et commencent à massacrer les chevaliers sur place avant même l’intervention de leurs gens d’armes. La tentative de neutraliser les archers par une action de cavalerie ne semble pas absurde par elle­même, d’autant qu’en ce début de bataille le terrain, certes détrempé, ne devait pas encore être un bour­ bier. Cette manœuvre, partant d’un ordre de bataille qu’on voit déjà en d’autres circonstances (par exemple face aux Flamands à Roosebeke) réussit et faillit décider de la victoire à Verneuil (1424), le terrain trop sec ayant interdit aux archers anglais de planter leurs pieux, les livrant à la charge des ailes de cavalerie. Mais c’est à Patay (1429), que les Français réussissent enfin à prendre une armée anglaise en flagrant délit de mou­ vement et à la charger « bille en tête » avant que ses archers aient pu se retrancher : le succès de cette charge dans la foulée lancée par une avant­ garde dément évidemment toutes les explications caricaturales mettant systématiquement les désastres précédents sur le compte exclusif de l’indiscipline et de la fureur offensive des chevaliers français opposée à une prétendue sagesse et discipline anglaise.

 

3e leçon : les faire sortir de leur trou…

À Cocherel (1364), les deux partis se tiennent strictement sur la défen­ sive, les Anglo­navarrais du Captal de Buch retranchés à leur habitude sur une forte colline. Du Guesclin rompt l’équilibre en feintant la retraite et en envoyant les chariots de son convoi franchir l’Eure, provoquant la charge de l’aile anglaise de John Jouel, y compris ses archers, avant de la contre­attaquer. Où on voit que les Anglais n’étaient ni plus ni moins disciplinés que les Français, les Poitevins, les Écossais, les Bourguignons, les Gascons, etc. Le butin était alors un des buts mais aussi le moyen essentiel de la guerre7, les armées étaient fort mal nourries et n’étaient payées qu’exceptionnellement : les bagages de l’ennemi exerçaient un attrait irrésistible.

Cette tactique s’imposera d’ailleurs dans presque toutes les batailles de la Guerre des Deux Roses, guerre dans laquelle des corps d’archers importants se neutraliseront mutuellement avec force pertes et où les deux camps tenteront systématiquement de forcer l’autre à l’offensive. À Blore Heath (1459), les Lancastre feignent la retraite attirant les York à attaquer. À Northampton (1460), c’est le contraire. Mais un nouvel acteur qui jusque­là n’avait guère fait parler de lui que dans les sièges va mettre tout le monde d’accord.

 

4e leçon : l’invention de la contre-batterie

À Formigny (1450), les archers anglais se trouvent forcés de charger pour neutraliser deux couleuvrines qui écharpent leur ligne avant que l’oppor­ tune arrivée des Bretons d’Arthur de Richemont sur leurs arrières oblige les Anglais à sortir de leurs retranchements. Pour la première fois, on a réussi à forcer les archers hors d’une position fortifiée. Le canon remplit ici précisément le rôle qu’avaient tenu les archers à Orewin Bridge contre les piquiers gallois…

À Tewkesbury (1471), les Lancastre sont à leur tour forcés à sortir de leurs retranchements et à attaquer pour se soustraire au feu des canons adverses (et des archers), et sont attaqués de flanc par la cavalerie.

Castillon (1453) fournit un exemple différent puisque le vieux Talbot y est incité à attaquer dans la foulée le camp retranché français par la feinte d’une retraite pour se faire massacrer dans ses attaques frontales par le tir de nombreuses bouches à feu.

Que conclure  au terme de ce survol rapide d’une période de plus de 175 ans que beaucoup de gens compétents traitent en dix lignes et deux ou trois phrases lapidaires  ?

L’archerie anglaise présente un intéressant exemple d’innovation, incrémentale dans son concept, de rupture dans son emploi. L’archer gallois de 1277, comme l’arbalétrier à toutes les époques et quelle que soit sa nation, est un combattant individuel qui tire sur des cibles individuelles. Les archers anglais de la Guerre de Cent ans et de la Guerre des deux Roses, bien qu’ils servent une arme évidemment individuelle, constituent un système d’arme collectif d’appui à ce qui va bientôt s’appeler l’infante­ rie (gens de hast et gens d’armes démontés) et la cavalerie (gens d’armes à cheval). Ils ne visent pas une cible mais battent collectivement un objec­tif : ils tiennent donc avant l’heure le rôle tactique de l’artillerie.

Deux observations  significatives corroborent cette interprétation : c’est finalement par le canon et non par les arquebuses que les archers seront chassés du champ de bataille ; et la durée de leur emploi dans les batailles après 1453, alors que se multiplient les bouches­à­feu de tous calibres, s’explique par le rapport coût­efficacité extrêmement avantageux par rapport au canon. Si les archers sont peu à peu remplacés homme pour homme par les arquebusiers puis les mousquetaires, ils sont remplacés dans leur emploi tactique par l’artillerie et c’est celle­ci et non l’arme à feu individuelle qui les élimine du champ de bataille.

À y regarder de plus près, on peut même dire qu’ils jouent à la fin de la période un rôle hybride comparable à ce que sera celui des dragons : de plus en plus équipés à la mode des gens de pied en complément de leur arc, les archers anglais vont souvent entrer eux­mêmes délibérément dans la mêlée une fois leur tir terminé. Ils seraient donc tactiquement un hybride tactique entre artillerie et infanterie, comme les dragons entre cavalerie et infanterie.

Dans son emploi d’artillerie de saturation, en tous points comparable par ses objectifs et par ses effets, au concept d’emploi tactique du système LRM face aux masses blindées soviétiques, l’archerie anglaise use le potentiel de son adversaire, préparant son attaque décisive par les autres « armes ». Elle fait apparaître avec plusieurs siècles d’avance l’observation selon laquelle les blindés, comme la cavalerie avant eux, sont vulnérables au feu à l’arrêt. Ce que confirmera, pour n’en prendre qu’un exemple, le sort réservé à la cavalerie hollandaise de l’aile gauche alliée à Fontenoy, écharpée et forcée de se retirer par le feu des quatre pièces de siège en batterie sur la rive gauche de l’Escaut au sud d’Antoing.


 

4   Ils perdaient de la portée en raison de la différence d’élévation, leurs arbalètes, employables en tir tendu, avaient de toute façon une portée moindre, et leur cadence de tir n’excédait pas 4 viretons par minutes quand les archers en envoyaient trois fois plus. De plus la pluie avait détendu leurs cordes en nerfs quand elle tendait au contraire les cordes en chanvre des arcs.

5   Les défections en pleine bataille sont alors monnaie courante, elles sont juridiquement autorisées, comme résultant du droit de guerre privée, et elles sont rarement considérées comme une trahison : Arnaud de Cervoles quitte l’armée juste avant Cocherel avec sa com­ pagnie, le comte de Tello, frère du roi Henri de Trastamare, fait défection dès le début de la bataille à Najera (1367). Les règles du temps autorisent même à se départir d’une bataille ordonnée. Et l’usage place les fidélités familiales au­dessus des fidélités vassaliques.

6   Où il n’y avait pas d’archers anglais, le Roi d’Angleterre n’ayant pas répondu à la demande d’assistance de Jan Van Artevelde.  On peut penser que le choix d’attaquer à pied était surtout lié ici au souvenir cuisant de la Bataille des Éperons d’Or (Courtrai, 1302).

7   C’est lui qui perd les Franco­écossais à Verneuil.

 

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Titre : L’arc anglais face à l’arbalète et face à la chevalerie : vraies fausses leçons de tactique 2/2
Auteur(s) : Colonel Christophe de LAJUDIE
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