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La culture française de la contre-rébellion

2/3 - Revue militaire n°55
Histoire & stratégie
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Ce qui relèverait d’une culture spécifiquement française de la contrerébellion est un ensemble complexe fondé sur une histoire longue. Les tentatives de catégorisation, parfois caricaturales, permettent de différencier plusieurs approches10.


Les Britanniques, par exemple, viseraient à travers une stratégie globale et en privilégiant un but politique bien défini, à faire respecter les lois et à détruire l’organisation politique subversive. Ils s’appuieraient plutôt sur une administration indigène rendue loyale, assez proche du modèle national. Les Français auraient une approche plus tactique. Ils chercheraient à développer des rapports avec la population, tout en s’appuyant sur les élites existantes auxquelles ils donneraient un accès subalterne à l’administration. Ils établiraient assez aisément des relations de proximité, notamment à travers le commerce. Il serait toutefois réducteur et dangereux de vouloir se contenter d’établir des idéaux-types en oubliant, d’une part la diversité des situations historiques rencontrées, et d’autre part les possibilités d’évolution d’un système vers l’autre. L’expérience permet de démontrer qu’on ne peut pas appliquer de schémas définitifs et qu’il est nécessaire de les adapter aux conditions locales. Les guerres de décolonisation montreront que la stratégie générale doit être évolutive et, par exemple, que le message politique d’une époque n’est pas forcément audible quelques années plus tard. Il est toutefois plus facile de changer de doctrine que de diffuser une nouvelle culture11. Ainsi, en Afghanistan, les États-Unis sont officiellement passés d’une culture de l’emploi massif de la force à une doctrine de contre-insurrection fortement influencée par le Français Galula12. L’Army Field Manual FM3-24 se réfère fortement à cette oeuvre, mais avec une tendance certaine à vouloir en tirer des leçons directement transposables à la culture militaire américaine, ce qui donne aux ambitions de « conquête des coeurs » un caractère assez artificiel. L’expérience française s’appuie sur un terreau évidemment rendu complexe par les années, avec des nuances qui sont loin d’être anecdotiques13. Le pragmatisme prédomine clairement. Ainsi, lorsque Lyautey prône « l’identité du commandement militaire et du commandement territorial »14, il ne s’inquiète pas tant de savoir si ce rôle doit être tenu par un civil ou un militaire, tant qu’il s’agit de la bonne personne et qu’elle se préoccupe du temps long. Il en est de même des rapports avec les autorités locales traditionnelles. Les Français ont pris l’habitude de s’appuyer sur celles qui sont en place et non de s’imposer contre elles. Les coutumes sont respectées même lorsqu’elles suscitent des cas de conscience15.

Il est toutefois essentiel de souligner que certains pans de l’expérience française en matière de contre-rébellion sont aussi des exemples à bannir. Les normes éthiques qui s’appliquent désormais avec rigueur interdisent explicitement l’usage de « techniques » qui étaient jugées efficaces à une époque et qui visaient à terroriser la population. En premier lieu, on peut citer la brutalité des répressions. De même, l’adoption par l’armée française de la razzia pratiquée initialement par les populations d’Afrique du Nord, est difficilement conciliable avec une logique de réconciliation. La guerre révolutionnaire, telle que promue durant la guerre d’Algérie, a aussi présenté des limites. En effet, alors qu’elle visait à promouvoir un contre-discours à l’encontre des nationalistes arabes et, surtout, des communistes, elle a conduit à une politisation non maîtrisée de l’armée. Le pouvoir politique a finalement dû intervenir pour mettre fin à la puissance des cinquièmes bureaux. Cette remise en cause de la guerre révolutionnaire a jeté un discrédit malheureux, tant sur des méthodes qui étaient la plupart acceptables et efficaces, que sur la capacité des militaires à prendre en charge une responsabilité stratégique. Des aspects entiers de l’expérience française ont été volontairement occultés pendant plusieurs décennies16. La question se pose encore de savoir comment on peut finalement séparer l’ennemi de la population civile sans brutaliser celle-ci, ou contrer des discours politiques ennemis efficacement sans perdre son âme.

Permettre l’épanouissement d’un style français dans les opérations contemporaines

Parue juste après l’opération Serval, la doctrine d’emploi des forces terrestres dans la bande sahélo-saharienne appréhende les nombreux cas de figures. Cette doctrine17 a été élaborée grâce à l’expérience acquise précédemment, qu’il s’agisse de conflits symétriques ou asymétriques.

S’il y a une priorité aujourd’hui, elle est de renouer avec la culture du risque. La difficulté des opérations modernes de contre-insurrection est en effet l’émergence dans les années 1990 d’une culture tenace du « zéro mort ». Certes, pour faire face aux menaces, il est indispensable d’améliorer l’équipement, ce qui est en cours aujourd’hui au travers du programme Scorpion18. Toutefois, à ce jour, l’effort de protection a tendance à rendre la force inopérante, d’autant qu’il a porté essentiellement sur les zones de stationnement.

Les bases aéroterrestres19 pourtant indispensables à la cohérence des dispositifs, suscitent aujourd’hui beaucoup de critiques car elles sont largement responsables de postures statiques. Malgré les moyens technologiques qui sont déployés, le terrain situé autour de ces emprises n’est pas tenu au-delà des capacités de vues directes. Le cumul des fonctions tactiques et opératives a conduit au gigantisme et à l’isolement. Le monde anglo-saxon dénonce même certains aspects psychologiques, insistant sur le manque de cohésion d’une force divisée entre une troupe qui s’expose et des « fobbits » qui vivent de longs mois en totale déconnexion du terrain20. Ces bases ne ressemblent pas aux petits postes avancés qui occupaient le terrain conquis, contribuaient à l’organisation de la population et autour desquels « nomadisaient » les forces de réserve21.

                                          

10 Hervé de Courrèges, Emmanuel Germain, Nicolas Le Nen, op.cit. ou Général Beaufre, op. cit.

11 Il est ainsi arrivé que, pour des raisons d’hygiène édictées au niveau national, les militaires de certains pays aient conservé des gants en plastique pour serrer les mains de leurs interlocuteurs locaux. Ce faisant, ils ne pensaient pas insulter leurs interlocuteurs.

12 David Galula : « Contre-insurrection : Théorie et pratique », Economica, 2008. Penseur plutôt hétérodoxe par rapport à l’école de la guerre révolutionnaire qui dominait en France dans les années 1950-1960, Galula a fortement influencé la rédaction de l’Army Field Manuel FM 3-24, Counterinsurgency, datant de décembre 2006.

13 Par exemple, la notion de « tache d’huile » qui est propre à l’histoire coloniale française, marque un mouvement centripète, fondé sur l’attraction des territoires contrôlés par les Français. Il ne s’agit pas d’un mouvement centrifuge d’extension tel qu’on le conçoit parfois maintenant en voulant suivre des lignes d’opérations qui segmentent les activités.

14 Lyautey : « Du rôle colonial de l’armée », Revue des Deux Mondes n° 157, 1900.

15 Capitaine Aymard : « Les Touaregs », 1911. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. On y trouve une description claire des sentiments d’un officier qui d’abord révolté par la situation des bellahs, esclaves des tribus Touareg dominantes, considère que l’abolition est nécessaire mais passe aussi par un lent changement de mentalité.
16 Pierre Cyril Pahlavi, op. cit.

17 Doctrine d’emploi des forces terrestres en zone désertique et semi-désertique, Centre de doctrine et d’emploi des forces, Division doctrine, 2013.

18 Il faut vraiment relativiser la rapidité de cette évolution en ce qui concerne les véhicules. Il s’avère que des nations contributrices à l’ONU, pourtant bien moins riches, bénéficient en 2018 de véhicules de transport de troupe offrant une meilleure protection de l’équipage pour une mobilité supérieure, comparativement aux forces françaises qui en paient le prix lors des attaques par IED.

19 Philippe Kirscher : « Le rôle des bases aéroterrestres dans la lutte contre la guérilla », Stratégique 2009/1 (N° 93-94-95-96), p. 357-370. Il décrit précisément ces bases qui, depuis l’Afghanistan, sont souvent nommées « FOB » (forward operating base) dans le langage courant des militaires mais qui recouvrent des réalités très diverses. Elles sont surtout conçues comme des points de stationnement, disposant de capacités d’observation et d’appui-feu plus ou moins développées.

20 https://angrystaffofficer.com/2015/11/03/how-forward-operating-bases-created-theillusion- of-war-in-iraq-and-afghanistan/

21 Étienne de Durand : « Francs-tireurs et Centurions – les ambiguïtés de l’héritage contreinsurrectionnel français », Focus stratégique, n° 29, mars 2011.

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Titre : La culture française de la contre-rébellion
Auteur(s) : le chef d’escadrons Paul LA COMBE
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