Numéro 33
novembre 2020




 

 


 

 




 

“SpearUAV unveils Ninox 40 handheld encapsulated drone system”

Army recognition, 8 octobre 2020

(source recoupée)                                                                                         

L’entreprise israélienne SpearUAV a dévoilé ses nouveaux modèles de « drones encapsulés » pouvant être lancés par un lance-grenade ou depuis un véhicule terrestre. Une fois lancés, ces drones se déploient automatiquement, se stabilisent dans les airs sans intervention de l'opérateur et fournissent immédiatement des capacités ISTAR (Intelligence, Surveillance, Target Acquisition, Reconnaissance) grâce à une caméra à vision diurne et nocturne. Conçus pour un usage unique, ils disposent d’une autonomie allant de 40 à 60 minutes selon les modèles. Leur poids très léger (de 250 grammes à 1,5 kilogrammes) facilite un emport individuel par chaque soldat et leur lancement en quelques secondes permet une grande réactivité sur le champ de bataille.

 



 

 

“US Army to upgrade bigger units with new electronic warfare gear”

 

C4ISRNET, 1er octobre 2020

 

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La perspective du retour des conflits symétriques entraîne un regain d’attention vers des échelons supérieurs à la brigade. L’U.S. Army souhaite donc mettre à niveau ses équipements de guerre électronique pour conduire des opérations au niveau divisionnaire. Ainsi, de nouvelles capacités, regroupées sous le nom de Terrestrial Layer System-Echelons Above Brigade (TLS-EAB), sont en cours de développement pour permettre aux forces terrestres de délivrer à longue portée des effets cyber et électromagnétiques pour contrer, dégrader, perturber ou manipuler les forces ciblées. Le TLS-EAB devrait donc contrer les stratégies de déni d’accès (A2/AD) en détectant, localisant et ciblant les systèmes ennemis dans la profondeur.

                                                                                  



 

 

“The U.S. Military Is About to Launch Its Largest 5G Experiments Yet”

 

Defense One, 8 octobre 2020

 

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Au sein de cinq sites militaires américains, le Department of Defense va expérimenter à grande échelle des technologies 5G en association avec une douzaine d’industries. Cette expérimentation permettra de coordonner les différents services et armes du Pentagone, en rendant le C2 (Command and Control) plus mobile. Par ailleurs, le but est aussi de tester la réutilisation des bandes de fréquences 4G pour la 5G,  technologie appelée le “dynamic spectrum sharing”.

 




 

“Вертолет с гибридной силовой установкой разрабатывают в России”

(La Russie développe un hélicoptère à moteur hybride)

 

TASS et rg.ru, 30 septembre 2020

 

(source recoupée)    

                                                                                          

L’industriel russe Vertoletov Rossii (« Hélicoptères russes ») développe un hélicoptère à motorisation hybride, capable d’alterner entre consommation de kérosène et d’électricité. La gestion de l'hybridation de la turbine serait assurée par une intelligence artificielle. Cet hélicoptère servirait principalement pour des missions de reconnaissance et de secours et disposerait d’une autonomie de vol de près de sept heures. La phase de construction du prototype est amorcée.

 




 

“Russia's combat helicopters to be armed with suicide drones”

 

TASS, 2 octobre 2020

 

(source recoupée)   

                                                                                          

L’industriel russe Zalson développe un module de missiles à sous-munitions (« en grappe ») qui permettrait aux hélicoptères de combat Mi-28NM de lancer des mini-drones ISR et des drones-suicide en essaims. Le module B8V10-UV se distingue par un nombre ajustable de tubes lance-missiles. Bien qu’il soit originellement destiné à équiper les hélicoptères Mi-28NM, il pourrait être utilisé par d’autres hélicoptères équipés d’un système informatique de programmation de mission (Mi-28, Ka-52 et Mi-8 d’attaque).

 



 

                                         


 

 

 

 

 

 

 

 

«  À la recherche du soldat augmenté : espoirs et illusions d’un concept prometteur »

 

Jean-Christophe NOËL (chercheur associé au Centre des Études de Sécurité de l'Ifri), Focus stratégique, n° 99, septembre 2020

 

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L’objet du Focus stratégique est d’examiner les technologies en cours de développement relatives au soldat augmenté, d’étudier leurs limites du point de vue éthique et leurs impacts sur la manière dont le soldat opère. La réflexion porte, non pas sur les technologies d’armement, mais sur celles qui permettent au corps d’interagir avec son environnement, de s’y déplacer ou de minimiser les contraintes liées à la violence ou au stress des combats. Pour l’auteur, le « soldat amélioré » bénéficiant d’avancées dans de nombreux domaines (connectivité, vision nocturne, IA, camouflage, drones, etc.) ne deviendra véritablement un « soldat augmenté » capable d’accomplir des performances extra-humaines qu’avec des progrès sensibles dans le domaine des sciences de la vie et l’introduction de techniques nouvelles d’augmentation dans le corps du soldat (pharmacologie, génie génétique, implants, prothèses, etc.). Néanmoins, les « augmentations » physiques ou intellectuelles impliquent également un grand risque pour l'équilibre physiologique du soldat. La réversibilité des « augmentations » et l'assurance que les droits de l'individu et de la guerre soient toujours respectés sont donc des principes qui pourraient protéger les militaires. En outre, l’auteur identifie deux conséquences opérationnelles majeures à moyen terme : la connectivité accrue des fantassins améliorera la fluidité des manœuvres mais entraînera leur dispersion sur le champ de bataille et un risque de surinformation ; et le commandement tendra naturellement vers plus de subsidiarité afin de profiter des opportunités offertes.



 

 

 

 

 

« Chief of the Defence Staff, General Sir Nick Carter launches the Integrated Operating Concept »

Ministry of Defense, 30 septembre 2020

 

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Le 30 septembre 2020, le général Carter, Chief of the Defence Staff, a présenté le nouveau concept d’emploi des forces armées britanniques. Cette nouvelle doctrine s’inscrit dans un environnement marqué par une compétition stratégique permanente dans tous les domaines, à l’image des stratégies de « zones grises » qui brouillent les limites traditionnelles de la notion de conflit. Le Royaume-Uni estime que ses adversaires sont engagés dans une forme de conflit plus politique que cinétique, à travers des opérations non militaires, notamment dans les champs immatériels (informationnel, cyber et électromagnétique) pour demeurer sous le seuil susceptible d’entraîner une riposte par le feu. Pour le Ministry of Defence, cette évolution du contexte stratégique implique donc une réponse qui intègre les effets de tous les instruments du leadership politique (statecraft) : idéologie, diplomatie, finance, politique commerciale et puissance militaire. En outre, il est nécessaire de combattre sous le seuil du conflit armé et d’y obtenir la supériorité, afin de prévenir une escalade et d’empêcher les adversaires d’atteindre leurs objectifs. L’accent est notamment mis sur la supériorité dans les champs informationnels afin de déstabiliser les capacités ennemies par des moyens non-létaux.



 

 

 

 

The Defense Department just published a summary of the National Defense Strategy’s Irregular Warfare Annex. Here’s why it’s so significant”

 

Modern Warfare Institute, 2 octobre 2020

 

(source recoupée)

Le 2 octobre 2020, le Department of Defense (DoD) des États-Unis a publié l’annexe à la National Defense Strategy de 2018 relative à la guerre irrégulière. L’attention renouvelée aux conflits conventionnels ne doit pas signifier l’abandon des outils et savoir-faire en matière de guerre irrégulière. La préparation à un conflit de haute intensité et la maîtrise d’une technologie et d’une puissance de feu supérieures sont insuffisantes pour préserver l’influence et la crédibilité des États-Unis contre des adversaires qui rivalisent sous le seuil du conflit armé. Ainsi, le document souligne que l’expérience acquise en contre-insurrection et contre-terrorisme durant les deux dernières décennies peut fournir d’importants avantages contre des adversaires symétriques dans le cadre d’une stratégie hybride.

                    



 

 

 

 

 

 

 

“How the Defense Department is reorganizing for information warfare”

Mark Pomerleau (journaliste), C4isrnet, 26 juillet 2020.

 

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En août dernier, le commandant de U.S. Army Cyber Command (ARCYBER) a exprimé son intention de renommer l’ARCYBER « Army Information Warfare Command ». Cette perspective est révélatrice d’un changement de paradigme au sein de l’armée américaine : la guerre de l’information réunit désormais sous sa coupe les domaines d’opérations cyber, électronique, psychologique et l’espace. Cette évolution marque aussi la volonté d’adopter une « approche par les effets » et d’intégrer la guerre de l’information au Multi Domain Operations (MDO). Par ailleurs, une réorganisation des forces dans ce sens est déjà en cours dans les différents corps d’armées, déclinée jusqu’à l'échelon tactique. L’U.S Army a doté sa brigade de guerre électronique de capacités cyber, tandis qu’un commandement « guerre de l’information » a été créé au sein de la 16e base aérienne. De plus, le corps des Marines a créé des groupes expéditionnaires distincts, les Marine Expeditionary Force (MEF) Information Groups, chargés de produire des manœuvres tactiques « mixtes » combinant des effets simultanés sur l’ensemble des champs cyber, informationnel et électromagnétique. Cette restructuration du département de la Défense autour de la guerre de l’information fait suite à une évolution de la perception américaine des menaces, néanmoins chaque service préserve sa propre approche face à l’“information warfare”.



 

 

 

 

 

 

 

 

Antifragile Adversaries : How to Defeat Them ?

 

Samuel Zilincik (doctorant à la Masaryk University), Military Strategy Magazine, volume 7, issue 2, summer 2020

 

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L’auteur propose des idéaux-types d’adversaires en les plaçant sur une échelle allant de « fragile » à « antifragile », en passant par « résilient ». Il les définit selon leurs comportements face aux stratégies adverses. Les adversaires antifragiles sont ceux dont l’attrition renforce les capacités militaires ; ils tirent un bénéfice à être défiés. Pour ces derniers à l’instar des muscles le challenge, l’effort, stimulent les aptitudes (des tissus musculaires pour l’un et des capacités militaires pour l’autre). L’auteur distingue quatre manières de vaincre les adversaires antifragiles. La première option repose sur la temporalité adoptée lors de la conduite de la stratégie : ne pas laisser le temps à l’adversaire de devenir plus fort. La seconde option est d’imposer un défi insurmontable, une bataille décisive, détruisant les capacités militaires de l’adversaire. La troisième option est de cumuler différentes stratégies pour accabler l’ennemi, notamment avec des attaques continues sous le niveau des capacités de l’adversaire. Cette stratégie reste toutefois limitée : si l’adversaire y voit une raison de s’engager militairement, il accroîtra ses aptitudes. Enfin, la dernière option repose sur l’imposition de la paix.



 

 

 

 

 

 

 

“This Is What Ground Forces Look Like To An Electronic Warfare System And Why It's A Big Deal”

Joseph Trevithick (chercheur associé - GlobalSecurity.org), The Drive, May 11, 2020.

 

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Le 11e régiment de cavalerie blindé de l’U.S. Army a remis en question l’usage de certaines méthodes de déception modernes en postant sur les réseaux sociaux la signature électromagnétique de ses troupes camouflées. En effet, bien que le camouflage physique des matériels reste efficace, il devient obsolète s’il n’est pas doublé d’un camouflage électronique. Avec la mise en service de systèmes de « guerre électronique » de plus en plus robustes et intégrant des fonctionnalités cyber, le risque d’être révélé est démultiplié. Ainsi, créer des leurres virtuels qui apparaissent sur les capteurs ennemis, ou directement sur leurs systèmes de guerre électronique, devient une manœuvre de déception très judicieuse. Par ailleurs, la possibilité de géolocaliser un ennemi permet de lancer des frappes, dont l’effet sera démultiplié si elles sont combinées avec des manœuvres d’agression cyber et électronique. Les techniques de renseignement ne sont pas seulement applicables aux matériels militaires, elles peuvent aussi cibler des appareils civils emportés par les militaires et ainsi révéler leurs signatures électromagnétiques. Ce type de manœuvre est une composante importante de la doctrine tactique russe, de même que l’usurpation des signaux GPS. Pour contrer cela, il est possible d’utiliser les capteurs de renseignement sur nos propres troupes afin d’en détecter les vulnérabilités.



 

 

 

 

 

 

Grand Strategy Is Total: French Gen. André Beaufre on the Nuclear Age

 

Michel Shurkin (chercheur à la Rand Corporation),  8 octobre 2020

 

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D’après l’auteur, le général André Beaufre (1902-1975) représente mieux que personne les deux traits faisant la richesse de la pensée militaire française contemporaine. En premier lieu, l’échec, car ce général a combattu en 1940 et en 1956 deux défaites ayant poussé sa génération à repenser les conflits modernes. Le deuxième trait se rapporte à une tradition intellectuelle ancienne. La pensée cartésienne du général Beaufre lui a en effet permis de construire un système de structures intellectuelles très rigoureuses. Du point de vue américain, les écrits du général Beaufre constituent une clé pour envisager différemment les conséquences des conflits contemporains. Poussé par son désir de comprendre la nature de la guerre dans le paysage nucléaire moderne, Beaufre propose aux États-puissances une nouvelle méthode stratégique intégrant le fait nucléaire. En France, il a notamment partagé ses recherches avec les généraux Ailleret, Gallois et Poirier, considérés comme les architectes de la stratégie nucléaire française et surnommés « les quatre généraux de l'Apocalypse ».



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Climate Wars and Jus ad Bellum”, parties I et II

 

Craig Martin (Professeur à la Washburn University School of Law), Opinio Juris, 13 août 2020

 

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Selon l’auteur, les pays qui contribuent de manière excessive au changement climatique constitueront bientôt des « climate rogue states » (« États voyous climatiques »). En effet, concomitamment à l’intensification annoncée des désastres écologiques, ce ne seront plus seulement les conséquences du changement climatique qui seront perçues comme une menace par les Etats, mais ses causes elles-mêmes. Considérés comme une menace pour la paix et la sécurité internationales, les « climate rogue states » seront donc les cibles potentielles d’une action collective allant de la menace à l'emploi de la force. A cet égard, le blâme des États-Unis contre la Chine après la pandémie de coronavirus (invocation de la loi de la responsabilité des États) fournit l'exemple le plus récent d’une stratégie visant à désigner un bouc émissaire puis à s’appuyer sur le cadre légal existant pour se défausser de toute responsabilité. Cette logique est susceptible d’entraîner une modification significative du jus ad bellum. Dans la mesure où certains des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies comptent parmi les pires contributeurs au changement climatique, il est probable que les appels à l’action contre les « climate rogue states » émanent plutôt de l’Assemblée générale de l’ONU. C. Martin envisage ainsi l’apparition d’une clause d’« intervention atmosphérique » qui permettrait une nouvelle interprétation de l’article 39 de la Charte de l’ONU. Celui-ci dispose actuellement que des mesures peuvent être prises en cas de « menace contre la paix », « rupture de la paix » ou « acte d’agression » ; une révision de cet article élargirait considérablement le spectre des interventions sous mandat onusien.




 



« Alphonse de Neuville : Les dernières cartouches »

 

Musée d’Orsay


Les balles pleuvent contre une auberge fracassée : voilà l’état de La Maison Bourgerie en ce lugubre 1er septembre 1870. A l’intérieur, les troupes de marine du commandant Lambert résistent tant bien que mal. Les blessures s’aggravent à mesure que les cartouches s’amenuisent. Ce que le tableau ne montre pas, c’est que seuls quinze marsouins sur les cinquante retranchés à Bazeilles (village des Ardennes) vont se rendre à l’envahisseur prussien. Cette défaite précipite la capitulation de Napoléon III à Sedan, dès le lendemain. C’est pourtant bien en hommage au courage de ses compatriotes qu’Alfred de Neuville a représenté cette lutte acharnée au dénouement tragique. « Quoi qu'on en dise, nous n'avons pas été vaincus sans gloire, et je crois qu'il est bon de le montrer ! », argue le peintre. Par cette huile sur toile, la fierté nationale l’emporte sur l’humiliation. Les dernières cartouches inspirent les plus grands artistes français du XIXe siècle, d’Emile Zola aux Frères Lumière.

 


 





L’Éclaireur est une veille orientée vers des sujets d’intérêt pour les études prospectives sur les opérations aéroterrestres, actuellement conduites par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC).
Ce document est uniquement réalisé à partir de sources non classifiées. Il a vocation à permettre un rapide tour d’horizon bimensuel des informations diffusées dans les média et susceptibles d’intéresser le monde de la défense. Les brèves rassemblées se limitent à des synthèses brutes des documents analysés et recoupés à chaque fois que possible par des entretiens conduits par ses rédacteurs. Il revient donc à chaque lecteur de contextualiser ces informations, notamment lorsqu’elles ont pour origine des sources étrangères officielles, en fonction de l’usage qu’il souhaite en faire et de la nature des conclusions qu’il lui appartient d’en tirer.